dimanche 20 mai 2012

Un bras robotisé commandé par la pensée

Penser ce n'est pas qu'avoir des images mentales ou calculer les prises de risques pour aboutir à une décision.
Penser c'est aussi bouger, faire des gestes. Même si cela se passe de façon peu consciente ou même totalement automatique.
Qu'on croit.

Ceux qui ont eu l'expérience de travailler avec des patients atteints de sclérose en plaque  savent que se mouvoir demande des efforts de commande cérébrale.

Je donnerai un exemple. J'avais une patiente qui n'arrivait plus à saisir sa petite bouteille d'eau. Dès qu'elle arrivait au but, paf, elle se cognait brutalement dedans du fait des ajustements des mouvements de l'avant bras et elle renversait systématiquement sa bouteille. Ce qui énervait passablement son entourage, mais c'est un autre sujet.
Après avoir discutée avec elle, je me suis aperçue qu'elle continuait à penser ses gestes comme une personne valide. En gros, c'est "je vais attraper la bouteille".Et après vous ne pensez plus à ce que vous faites et vous vous retrouvez avec la bouteille dans la main.
En fait, vous avez "pensé" à tous les gestes nécessaires, vous avez ajusté vos mouvements et cela sans même vous en rendre compte.
Pour un patient atteint de sclérose en plaque, chaque ordre cérébral arrive plus on moins vite et du coup il y a souvent collusion entre les ordres. D'où une partie des tremblements et d'où surtout les grands mouvements d'ajustement.

Alors il faut apprendre au sclérosé à décomposer ses gestes. Ma patient ne me croyait pas. Je lui ai demandé de décomposer ses gestes. Il lui a fallut comprendre ce qu'elle faisait lorsqu'elle attrapait une bouteille.
Tendre le bras c'est bien beau, mais c'est d'abord élever l'épaule, déplier le coude, tendre l'avant bras...
Bref nous avons tout décomposé. Bien sur impossible de contrôler les jeux musculaires (tension du triceps et détente du biceps). Mais cette concentration empêche d'envoyer tous les ordres en même temps. Les tremblements diminuent et surtout en prenant son temps, cette patiente a découvert qu'elle pouvait encore très bien attraper sa bouteille sans se cogner et sans la renverser. Bien sur il faut appliquer cela partout, cela devient vite fatiguant et difficile aussi pour l'entourage car le patient fait tout lentement. Mais il le fait, ce qui est gage d'autonomie et de joie pour le patient.

Mais il arrive un moment où tout cela n'est plus possible. Et le patient devient totalement dépendant des autres.
C'est très difficile à vivre. L'état d'esprit des personnes dépendantes est rarement au beau fixe. Ils sont dépressifs, se sentent dévalorisés. C'est une régression infantile illogique psychologiquement s'entend car elle n'est pas souhaitée ni consentie. Sans compter tous les conflits que cela génère, les valides toujours pressés passent leur temps à rabrouer le dépendant.

Mais bref, la science avance comme j'aime à le dire.
Vous imaginez bien que si on tente encore de compenser les déficits du malade en modifiant son corps (on vient de permettre à un tétraplégique de remuer sa main et de faire une opposition pouce/index ce qui lui permet d'écrire par un simple jeu de "branchement" de nerfs), on tente aussi de palier par une aide extérieure. Mais cette fois en se passant du "gentil" humain valide. D'où la robotisation.
Les patients gravement handicapés ne peuvent souvent plus parler et leur seule façon de communiquer reste les clignements d'yeux et les déplacements oculaires qui permettent de "taper des lettres"... Une communication lente et non représentative de leurs pensées qui, bien que souvent diminuée, reste en fonctionnement.

Alors des chercheurs américains ont créé un bras robotisé qui répond à la pensée.
Les patients pensent à tel mouvement et le bras l'exécute.
Vous verrez dans la vidéo comment une patiente handicapée arrive à amener une canette à sa bouche pour boire.

Pour faire simple son cerveau est couplé à un ordinateur qui lui même envoie les ordres au bras robot.




Vous regarderez les mouvements du bras et les mouvements de la patiente. Vous verrez qu'elle essaie de faire les gestes, Son cerveau envoie-t-il les ordres dans ses propres bras ? Tente-t-elle de faire les gestes par imitation ? Vous verrez aussi les errements du bras. Ce qui correspond d'abord aux difficultés qu'on rencontre chez les patients sur des ajustements fins, mais aussi sur le fait que pour faire un geste nous ajustons et compensons sans cesse sans nous en apercevoir, alors que là il faut donner l'ordre de compenser. (pour faire le test c'est très simple, vous prenez une baguette d'un mêtre de long que vous attrapez à une extrémité et vous essayez de toucher les objets avec. Ca tremble, ça demande des ajustements, le moindre mouvement du poignet génère un grande amplitude de réaction. C'est exactement ce que font ces patients avec leur propre bas qui ne sont après tout que des prolongement de leur cerveau).



Pour en savoir plus un article de la Brown University, Massachussetts.


6 commentaires:

  1. J'ai vu ca aux infos, c'est juste géniale :)
    Comme les exo squelette d'ailleurs ^^
    Une fois que se sera au point (et moins cher) se sera juste géniale pour l'autonomie des patients.

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    1. C'est extraordinaire. C'est intéressant aussi en terme de biofeedback parce du coup les patients apprennent en retour à contrôler leurs pensées.

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  2. Ça motive à faire des sciences.
    N'ayant pas pu marcher pendant plusieurs mois, puis rééducation, je confirme la nécessité d'apprendre à penser différemment les gestes les plus simples. Cela pousse à penser la vie dans sa globalité, en général je ne pense pas trop au futur (en dehors des projets de vacances!) là le présent projette dans le futur. L'impact sur l'environnement proche est également très important.
    Z'aime bien le fond d'écran, c'est Santorin ?

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    1. Dans la rééducation il y a double apprentissage, celui du corps dont il faut remettre en "fonctionnement" les coordinations et capacités musculaires et celui du cerveau qui doit réapprendre car si bouger est devenu automatique le moindre arrêt et le moindre changement (par exemple le port d'une prothèse) modifie en fait totalement la perception cérébrale. La personne en rééducation revit ce qu'elle a vécu enfant lors de ses premiers apprentissage. Et c'est pas facile d'apprendre à marcher, à attraper qqch ou à être coordonné !

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    2. oui oui, c'est Santorin. J'aime l'idée que cette île est amenée est disparaître brutalement.

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    3. mouai pas moi, ce serait trop dommage. C'est magique (hors saison touristique), le genre d'endroit où le temps s'arrête, l'esprit se déconnecte, tout devient léger...

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