lundi 23 juillet 2012

Les problèmes psychologiques sont-ils héréditaires ?

Ca c'est une grande question qui tracasse beaucoup de personnes.
Maman n'allait pas bien, est-ce que je vais me taper les mêmes tares ?
Papa était alcoolo, est-ce que je vais le devenir ?

Les gens ont bien une idée sur le sujet des fois.
Lorsqu'une personne sombre dans l'alcoolisme, on dit "son père l'était déjà".
Ca aide.
Lorsqu'une personne ne réussit pas sa vie, on dit "de toute façon sa mère n'était déjà bonne à rien".
Ca aide aussi.

Ces gens ont raison.... et tort.
En fait c'est la question qui est mal tournée, c'est une question de vocabulaire.
En effet, la personne qui pose sa question confond deux choses : troubles du comportement/maladie mentale et éducation/hérédité.

Pour faire simple, quelques petits rappels :

un trouble psychologique est lié à un "mauvais" apprentissage qui donnera lieu à des pensées illogiques, irrationnelles et à des comportements appris qui sont basés sur les irrationnalités.
un trouble psychiatrique est une jolie expression qui remplace "maladie mentale". En fait "maladie" a été supprimée car ce ne sont pas des troubles contagieux ('anorexie ou la dépression ne s'attrapent pas grâce à de vicieuses bactéries). 

L'éducation est un principe général qui recouvre beaucoup d'influences. La façon dont nos parents nous "élèvent", mais aussi ce qui nous arrive dans la vie, les bonnes et les mauvaises choses. Mais aussi ce qu'on apprend, ce qu'on fait, ce qui exerce...
L'hérédité c'est ce qu'on ne peut pas contrôler car c'est potentiellement inscrit dans nos gènes. On naît avec. 

Alors pour répondre à la question de façon directe et claire :
NON, les problèmes psychologiques ne sont pas héréditaires.

Mais....
les troubles psychiatriques le sont.
En effet, les troubles psychiatriques sont ce qu'on appelle des "'maladies mentales". Elles sont basées sur des dérèglements  neurologiques, des problèmes de neurotransmission et j'en passe. Il existe donc des composantes physiologiques. Et les problèmes physiologiques (donc pour faire super simple, de dysfonctionnement cérébral) cela se transmet génétiquement. 
Mais attention, transmission ne veut pas dire développement.
On a coutume de dire que nous sommes tous porteurs de cancer mais que cela se développe chez certains et pas chez d'autres. C'est la réalité. 
Beaucoup de personnes sont "porteuses" d'éventuels troubles psychiatriques. Mais il faut quelque chose pour que cela apparaisse. Ce quelque chose, personne ne sait vraiment ce que c'est. Cela peut être un traumatisme, un environnement, l'éducation.... c'est totalement multifactoriel. Donc dire qu'on a découvert le gène du trouble bipolaire n'a aucun intérêt, car on peut être porteur et ne jamais devenir bipolaire parce que, pour plein de raisons, les déclencheurs ou les catalyseurs qui auraient permis l'apparition de la maladie mentale n'ont jamais été rencontrés sur la route de la vie.
Pour faire bref alors, les troubles psychiatriques sont donc héréditaires mais ce n'est pas pour cela qu'on présentera la maladie mentale. Et s'ils se déclenchent, aucune psychothérapie ne pourra résoudre cela.

Ensuite....
les troubles psychologiques ne sont pas transmissibles.
Par nature, psychologique sous-entend comportemental.
Les troubles psychologiques sont des troubles des apprentissages de la vie.
Ne pas avoir appris comment demander de l'aide ou ne pas savoir monter à cheval ne sont pas des choses codées par les gènes. Ce ne sont que des non apprentissages. 
Voler tout ce qui traine dans les magasins ou se laver les mains 30 fois par jours, ne sont aussi que des apprentissage qui reposent uniquement sur des distorsions cognitives donc des apprentissages. 
Or ce qui s'apprend n'est pas héréditaire. Si tout ce que nous apprenions de positif ou négatif dans la vie se transmettait il n'y aurait pas besoin d'aller à l'école car nous saurions déjà ce que nos parents ont appris. 
Donc tout ce qui comportemental, apprentissage ne se transmet pas... génétiquement.
Par contre, d'un point de vue purement éducatif, oui bien sur que cela se transmet. 
Prenons l'exemple d'un enfant qui voit sa mère toujours angoissée. Sortir de la maison l'angoisse, prendre l'ascenseur l'angoisse, rencontrer des gens inconnus l'angoisse... Qu'apprend la mère à son enfant ? Qu'il faut être angoissée dans plein de situations (voire partout et tout le temps). Mais cette transmission est purement éducative, apprise. Les enfants apprennent en imitant, ils pensent que si les parents pensent/font/disent certaines choses c'est parce qu'eux savent et qu'ils ont raison. Donc les enfant imitent leurs parent et se mettent à penser/faire/dire la même chose que leurs parents. Ils peuvent donc apprendre à être angoissés. Les parents ont transmis. Mais ce n'est pas codé dans les gènes. Et cela se désapprend avec une bonne psychothérapie.

Restez zen, tout n'est pas perdu.


Au prochain article, si je le veux bien !



 Si votre père était un criminel, le serez vous aussi ?




6 commentaires:

  1. Ah les failles que l'on transmet, vaste sujet! J'ai des périodes ou comme ma mère j'ai besoin de supplément en magnésium, là c'est physique mais cela provient aussi d'une sensibilité au stress particulière et là est-ce psycho ou physiologique?

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    1. On ne transmet pas que des failles, on transmet aussi des forces, il ne faut jamais l'oublier.

      Pour ta question, la réponse est : les deux mon capitaine.
      Je ne sais pas en fait si une carence en magnésium peut être génétique (y a t il un gène qui code l'assimilation, le stockage et l'utilisation du magnésium ? Je n'en sais rien, mais on peut supposer que oui très certainement). Ta question pose surtout la SUPRÊME question : quel est l'impact du psychisme sur le corps et réciproquement quel est l'impact du corps sur le psychisme.
      Si on prend ton exemple, il est évident que lorsqu'on manque de magnésium on stresse plus facilement. Mais lorsqu'on stresse, l'organisme a besoin de plus d'oligo élément pour tenir le coup et les capacités immunitaires de l'organisme diminue. Donc quand tu stresses tu dépenses beaucoup (en quantité et sur une courte durée) de magnésium pour tenter de rétablir l'équilibre. Donc si tu n'as pas assez de magnésium, tu stresses, si tu stresses tu as besoin de beaucoup de plus de magnésium... Qui de l'oeuf ou de la poule... ?

      Il est évident qu'il n'y a pas de réponse fixe, car on sait très bien aujourd'hui que corps/esprit sont intimement lié. (voir mon article sur les maladies avec causes psychologiques possibles). Mais qui commence par aller mal des deux ? Pour l'instant impossible à dire.

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  2. Bonsoir,
    Votre article m’intéresse beaucoup, par contre je me pose quelques questions.
    D'après vous, le seul moyen de "guérir" d'une dépression serait de prendre des médicaments ? Et dans ce cas faudrait-il alors prendre des anti-dépresseurs toute sa vie pour ne plus connaitre d'épisodes dépressifs ? Peut-on guérir d'une maladie mentale sans médicaments ?
    Je souffre de dépression et d'anorexie et je ne prends plus aucun médicaments. Je suis suivie par une psychiatre qui ne juge pas bon pour moi de m'en prescrire mais j'avoue me poser de plus en plus la question d'un traitement médicamenteux.

    Piou

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    1. Vaste sujet.Sur le principe on ne guérit pas d'une dépression, d'abord parce que ce n'est pas une maladies (les antibio ça marche pas), mais un trouble mental.C'est à dire que la psychée ne fonctionne pas bien. On peut y mettre tous ce qu'on veut (sécrétions de neuromédiateurs fonctionnant plus ou moins bien, éducation....). La dépression il faut bien comprendre une chose avant tout : ça vient de vous. Certes le milieu d'enfance, certes l'éducation, certes les traumas.... bref beaucoup d'événements peuvent être des déclencheurs, mais sur le principe personne ne vous a demandé d'être dépressive. Si votre psychiatre vous prescrit des médocs, ce n'est en aucun cas pour que vous guérissiez, mais bien simplement pour rétablir une équilibre physiologique qui permet que la dépression s'exprime moins. Aucun traitement ne vous guérira de la dépression et cela à vie.
      Normalement, par contre, vous devez absolument suivre une psychothérapie (et pas avec votre psychiatre qui vous suit). Vous pourrez alors prendre conscience de votre mode de fonctionnement.Car soyons clairs, le dépressif n'accepte pas la réalité. Il rêvait d'une vie professionnelle, personnelle, intime qui n'est en rien celle qu'il vit. Cela lui est insupportable. Quelle intérêt a la vie si elle ne peut être comme dans vos rêves, vous demandez vous. Il y a bien sur des choses sur lesquelles vous pouvez agir et d'autres sur lesquelles vous ne pouvez pas (d'où pour certains dépressifs le recours au suicide qui permettrait -de façon totalement irrationnelle- de se réveiller avec une vie devenue comme on la souhaite (sauf qu'on ne se réveille pas, c'est bête). Il y a deux buts en psychothérapie donc : comprendre votre mode de fonctionnement et accepter l'idée que votre vie ne changera pas que c'est vous qui devez changer d'idéal de vie.
      Si vous cessez votre traitement d'antidépresseurs, chaque épisode de dépression sera de plus en plus profond. Et il sera de plus en plus difficile de vous en sortie au risque que même les hospitalisations avec des remèdes de "cheval" ne fassent plus effet. Le tout est d'arriver à cerner avec le temps (car ce n'est pas facile croyez moi) si vous êtes dépressive, bipolaire ou borderline.
      Votre anorexie est le symptôme que vous avez vécu ou vivez dans un environnement toxique. Votre dépression n'en n'est du coup peut être pas vraiment une.Car dans l'anorexie le cerveau n'étant plus correctement 'alimenté' présente des troubles de fonctionnement (oui il faut du gras et plein d'autre nutriments pour faire fonctionner votre corps et votre cerveau), votre dépression n'étant alors que le résultat de votre privation alimentaire.
      Difficile donc, sans vous connaître de faire la part des choses entre ce qui est la cause et le résultat.
      Mais dans tous les cas, au lieu de vous focaliser sur votre psychisme qui crie toute la journée "j'ai faim, donne moi à manger" et donc être incapable de profiter de la vie, cherchez donc plutôt la cause originaire de tout ceci.Ce qui est bien plus difficile surtout lorsqu'on ne veut pas faire face.

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    2. Bonsoir,
      Je vous remercie de votre réponse éclairante. Je me reconnais dans ce que vous avez écrit, notamment sur un idéal bien trop élevé. Pour ma part j'ai toujours considéré cela "normal" d'avoir un idéal élevé, et j'ai toujours été extrêmement exigeante avec moi-même. Je n'ai jamais connu autre chose. Sauf que je me rends compte que ces exigeantes sont irréalisables et me "bouffent" la vie. Par contre je n'ai jamais pensé que les causes de mon mal-être étaient extérieures, je pense être la seule fautive.
      La dépression était là avant l'anorexie-boulimie, bien que mon comportement alimentaire n'a jamais été très sain. Je fais une analyse avec ma psychiatre, c'est pourquoi entreprendre une psychothérapie me semble impossible pour le moment. Et l'anorexie est apparue quelques mois après le début de l'analyse et y est très liée je pense. Je souhaite simplement pouvoir vivre plus librement.

      Bonne soirée,
      Piou.

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    3. Ah ces toubibs qui exercent toutes les professions à la fois !!! Vous voila donc doté d'un psychiatre psychanalyste ! Bon je l'ai écrit ailleurs aussi, le mélange des genres n'est jamais -à mon avis- au bénéfice du patient. En plus une analyse dans une dépression et une anorexie !!! Votre "psy" ne vous aurait il pas dit un truc qui vous donne envie de prendre de la distance... Je dis ça, je dis rien. Bon courage

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