lundi 13 août 2012

Peut on arrêter sa thérapie pendant les vacances ?

De toute façon si t'es en vacances t'es pas en psychothérapie, donc déjà la question se règle d'elle-même.
Ensuite, je jouerai sur les mots. Si "arrêter" veut dire mettre fin, c'est pas joli de profiter de l'alibi de partir en vacances pour oublier de rappeler son psy à la rentrée parce qu'on n'a pas eu le courage de lui dire en face qu'on voulait cesser la psychothérapie (ce qui démontre d'ailleurs au passage qu'il y a encore du travail). Maintenant si "arrêter" veut dire mettre en suspens, c'est une autre histoire.

Je répondrai alors que ça dépend des cas.
Il y a des patients pour lesquels au-delà de 15 jours sans consultation, le bénéfice du soutien psychologique s'estompe.
Je pars du principe que le patient doit pouvoir se passer de son psy. 
Je ne suis ni la famille, ni la mère, ni le père, ni la soeur, ni la copine. J'aspire à ce que mes patients puissent se passer de moi, donc si tu veux aller en vacances vas-y.
Ensuite, je dois bien avouer que personnellement je prends au maxi une semaine de vacances parci parlà et du coup, la question se pose moins. Je constate que mes patients ne partent jamais plus de 15 jours. 
Donc sur le principe on reste à peu près dans le rythme, c'est au maxi une seule consultation qui "saute".

La question est intéressante car elle peut imager le principe du patient qui ne peut se passer de son psy.
Transfert, attachement amoureux, dépendance... Tout est possible. 
Plus que jamais le patient doit alors prendre de la distance vis à vis de son psy.
De toute façon je conseille toujours à mes patients de prendre de temps en temps un peu de distance avec la thérapie (et donc avec moi), ça permet de faire le point dans son coin. Alors si cela doit se faire pendant le temps des vacances pourquoi pas ?

Et puis il existe des situations dans lequel manquer une consultation avec le psy peut être délicat.
Certains patients sont en phase de reconstruction, certains viennent juste de réussir à verbaliser leurs abus, d'autres sont au fond du gouffre dépressif, d'autres encore apprennent à gérer leur colère... pour ces patients là rater une consultation est difficile.
Ces patients ont besoin de parler, d'expliquer ou d'avoir un soutien qu'ils ne peuvent souvent pas trouver ailleurs.
A ces patients on ne peut leur conseiller que d'aller voir un psy.
Un autre.
Les patients n'aiment pas trop, surtout lorsqu'ils ont trouvé un psy avec lequel le courant passe et surtout lorsqu'il y a transfert.
Alors bien sur, comme beaucoup d'autres psys, je propose d'autres moyens de contact.
Le suivi par emails ou par texto.
Ces contacts doivent être bien cadré, un certain nombre, un certain jour, une certaine heure même parfois.
Pour avoir oublier de le faire quelque fois, il m'est arrivé d'être submergée de texto à longueur de journée. Je me souviens encore de cette patiente qui, pendant mes vacances, m'envoyait toutes les minutes un texto pour me tenir au courant de l'installation de sa nouvelle machine à laver par les techniciens de Darty... Révélateur en fait de son trouble de relations aux hommes qui, pénétrant chez elle, fracturaient son intimité.

Pour finir, on pourrait voir dans la demande la montée d'angoisse du vacanciers qui va se retrouver en famille. 
Comme pour les fêtes de fin d'année, partir en vacances en souvent synonyme de regroupement familial. De plus en plus d'ailleurs avec le crise, car on voit désormais beaucoup de couples + enfants partir chez leurs parents... Ça permet de donner des vacances aux gosses tout en limitant les frais d'hébergement. Le problème c'est que du coup, il faut se coltiner le (ou la) partenaire 24 h sur 24... Les gosses aussi... auxquels s'ajoutent dans la joie et la bonne humeur les parents/beaux-parents. Lorsque vous ne vous entendez plus vraiment avec votre conjoint(e), que les gosses sont sources d'accrochages et que les grands-parents s'en mêlent tout en appliquant -fort légitimement puisque vous êtes chez eux- leurs règles de vie, il est clair que partir en vacances relève parfois du chemin de croix et que le fait de ne pas consulter pour exécrer ses peurs, sa colère, son désarroi rendent les choses difficiles. 
Là encore un éventuel contact à distance est toujours possible. De nombreuses problématiques restant à régler... et que cela ne va pas s'arranger pendant ces quelques jours.


Mais bref, oui, un patient peut tout à fait mettre en suspens son travail psychothérapeutique pendant ses vacances, si ces vacances ne durent pas plus de 15 jours. C'est même parfois recommandé. Mais si cela tracasse tant, il existe aujourd'hui d'autres techniques qui permettent de bénéficier d'un soutien à distance. Mais ce besoin de soutien pourra nécessiter aussi un travail sur la relation qui existe entre le patient et son psy.

20 commentaires:

  1. Peu concerné, une seul remarque me vient à l'esprit :
    Pourquoi prends-tu si peu de vacances ? Par "conscience professionnelle" ou juste parce que tu es plus parisienne que globe-trotteuse ou encore que tes autres hobbies t'imposent de rester sur Paris ?

    (en me relisant, je me rends compte que c'est assez indiscret mais bon, sans te mettre en scène directement, c'est tout de même étrange de prendre si peu de vacances... Est-ce vraiment sain ? Moi, si j'avais un psy, j'aimerais qu'il soit "normal" (mot à la mode !) et qu'il sache s'aérer !!!)

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    1. Parce que je m'ennuie vite. J'ai beaucoup voyagé, mais franchement je ne suis jamais aussi bien qu'à Paris. Mais surtout j'ai la chance de faire le boulot que je voulais faire et d'avoir les horaires que je veux. Du coup je ne fais pas partie de ces gens qui se lèvent à contre coeur le matin, qui vont au travail en marche arrière et qui se trouvent à l'étroit dans leur vie professionnelle. Je ne dis donc pas toute l'année "vivement les vacances" car les vacances pour moi c'est chaque jour !

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  2. Ca peu etre pas mal de faire unze pause de temps en temps.
    En plus si celui qui va vraiment mal arrive a allé en vacance et faire autre chose que resté dans son lit ca peu etre plutot positif.

    La où je boss les ado ont un temps de vacance et c'est plutot pas mal de voir comment ils gérent, beaucoup partent en famille mais certain decident de s'organiser leur propre vacance, de partir avec des amis...
    Ils sont autonome pendant ce temps la...Enfin ca depend pour qui... Mais au moins ils sont dans la réalité en dehors de la clinique et doivent se géré pour leur traitement, leur reveil, leur activité et autre...
    Aprés ils ont la posibilité d'appeler mais c'est plutot rare.

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    1. Une pause ? Dans la psychothérapie tu parles ? Je suis d'accord.
      Mais la clinique c'est aussi la réalité, c'est leur réalité parce qu'ils ne vont pas bien.

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    2. Dans les soins en générale (oups faut pas dire ca...)
      Nan mais la où je boss c'est particulier, les jeunes sont la toute l'année scolaire, voir 2 ou 3 ans donc faire une pause de temps en temps ca ne leur fait pas de mal...

      Aprés dans la psychothérapie c'est sur qu'il y a des periodes ou il vaut mieux éviter les pause mais parfois ca peut faire du bien aussi, ca peut permettre de souffler et redonner un peu plus en revenant, voir meme parfois changer de psy ca peut etre pas mal pour certains patients.

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    3. Ca pour changer de psy, je suis pour à 100 % surtout lorsqu'on n'avance plus ou lorsqu'on est amoureux de son psy ou quand le psy devient un gourou.

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  3. Pour moi ces périodes de vacances étaient quand même préparées: pendant ses vacances; on programmait un rdv pour après et pendant mon blocus presque trois mois sans rdv donc elle me disait que l'on pouvait prendre rdv si j'en avais besoin. Le fait d'avoir ce "doudou" en quelque sorte me permettait de prendre mon indépendance et d'expérimenter tout ce qui avait été dit en séance avec cette bouée. Ce qui au final m'a été bénéfique parce que je n'ai du appeler qu'une fois parce après avoir peser le pour et le contre je ne sentais pas d'arrêter. Mais, ne pas rappeler après les vacances sans rien, je trouve ça malhonnête c'est ne pas respecter un contrat: je pense que si on n'a passé l'étape de dire voilà j'ai décider d'arrêter parce que... c'est que c'est pas fini;

    Kirikou

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    1. 3 mois a priori c'est énorme. Lorsque certains patients arrêtent pendant 2 mois je vois comment, pour certains, ils sont revenus en arrière. Le travail n'est parfois pas suffisamment stabilisé. Donc cela va dépendre d'où en est le patient... Pour ta conclusion sur la façon de mettre fin définitivement à la psychothérapie je suis totalement d'accord avec toi. Cela prouve aussi qu'on a un problème avec l'image de l'autorité ou l'image de transfert que représente le psy, il y a donc du travail encore à faire.

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  4. Ma psy est en vacances pour au moins 6 semaines. C'est censé être une période pour prendre du recul, mais je trouve que c'est aussi une période où on a tendance à régresser. Certains psys quand ils partent si longtemps, ne se posent même pas la question de savoir si le patient pourra ou non supporter cette absence d'espace de paroles. Quant à donner un numéro pour les joindre même bien cadré....n'y comptez pas!
    J'aurais aimé profiter de ces vacances pour penser le pour et le contre de la poursuite ou non de la thérapie, mais "subir" ses vacances si longues n'aident pas à y voir clair. C'est au contraire déstabilisant. J'ai même le sentiment d'une fuite du psy (lol).

    Comment sait-on vraiment quand on avance pas ou plus avec son psy? Pour le patient c'est super compliqué de savoir ça. Le psy devrait nous le dire, je pense.
    J'ai parfois, dit à ma psy, que j'avais le sentiment de ne plus avancer, de régresser même, et pourtant, elle ne m'a jamais dit que c'était faux ou vrai, pas encourager ou proposer de voir un autre collègue, d'arrêter la thérapie...je me demande pourquoi?
    Je fais un transfert positif sur ma psy. Cela me semble très extrême dès fois. Penser à son psy tous les jours, ce n'est quand même pas normal. J'avoue que j'aimerai bien arrêter pour cette dernière raison-là.

    Quand j'y pense, je me dis que tout ceci devrait sans doute m'inciter à changer de psy.

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  5. La question est de savoir si tu penses réellement à ta psy ou si ta psy symbolise autre chose, une autre personne...
    Maintenant il peut y avoir une dépendance au psy. Le psy devient gourou.
    Maintenant, lorsque ça bloque je le dis. Mais il est clair qu'avant d'être capable de dire "stop" on tente justement de travailler sur pourquoi ça n'avance plus (et même parfois le patient régresse). Souvent le patient et le psy ont en marre en même temps, mais qui le dira le premier ? lol

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    1. Pour être honnête Vergibération, je me sens en pleine dépendance, mais je ne dirais pas que le psy devient gourou. Je ne suis pas prête à faire tout ce qu'elle veut, bien que je me sente capable de faire bien des choses qu'elle ne penserait jamais à me demander (comme me jeter sous une voiture pour la sauver (lol))
      Je pense que je pense réellement à elle (lol), mais à mon sens ça n'apporte rien de savoir si c'est elle ou une autre personne qu'il y a derrière. Je pense avoir déjà analysé ça, et pour autant, rien de changé.

      J'attendrai donc d'entendre son "je crois que nous devrions en rester là". Parce qu'il est évident que même si j'ai ai marre de la thérapie (pas d'aller la voir (lol)), je n'arriverai jamais à ne plus y aller de moi-même.

      Pfffff!!! J'aurai trop aimé avoir une psy comme toi Vergibération!!! Absente au max. une semaine, c'est cool pour les patients mais ça les rends accros non? Tu t'en rends comptes?

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    2. Mais peut être que tu fais déjà ce qu'elle veut (rester en thérapie par ex.) et que tu ne t'en aperçois pas.
      Si si ça apporte, parce que si tu en fait ton problème est (au hasard) avec ta mère, c'est en fait à ta mère que tu t'accroches et dont tu attends qu'elle te dise de partir pour enfin vivre ta vie. par contre tu ne sembles pas utiliser ce que tu apprends dans ta thérapie. Il ne suffit pas de savoir, ce serait trop simple, il faut ensuite en tirer des conséquences, vouloir en sortir, aller en parler, agir... Si je reprends l'ex d'avec la mère (je ne sais pas si c'est ton cas, c'est juste un exemple), il y a un moment il faut aller parler avec sa mère, lui dire ses 4 vérités et lui faire comprendre qu'il faut qu'elle défasse son emprise. Tu peux aussi reproduire un schéma familial... Mais il faut ACTER ce qu'on a appris.
      Pourquoi attends tu que ce soit elle qui te mette dehors ?
      Ca revient à ton autre commentaire, qui montre que tu attends toujours que les autres comprennent ce que tu exprimes à demi mot. Jamais de communication directe ? Jamais l'expression de tes vrais désirs ? Pourquoi cette impression que tu n'as pas le droit de dire, de faire, d'exister peut être ?

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    3. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

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    4. Le commentaire d'Iris a été supprimé à sa demande car trop personnel.

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    5. Ton analyse est bluffante, Vergibération!
      Que dire d'autres? C'est très clair! il faut juste agir maintenant!
      C'est une autre paire de manche.

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  6. Comment on fait our t'envoyer un mail perso Vergibération?

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  7. Très simple, on commence par me contacter à l'adresse email du blog (en enlevant les crochets) : vergiberation[@]gmail.com . A+

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  8. Et dans les CMP c'est vite vu, fermé 2 mois pendant les vacances, voir un peu plus (dans celui ou je vais en tout cas). et y a pas vraiment de régularité non plus paske c'est tellement bondé qu'on a pas forcemment de place chaque semaine. si en plus on se sent pas très à l'aise avec le psy, bah... (commentaire très constructif. un petit coup de gueule^^)

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  9. Ouais, mais les CMP sont bondés aussi parce qu'étant gratuits les patients ne prennent pas de prévenir qu'ils ne viennent pas. Du coup à la dernière minute plein de vides alors que beaucoup de personnes attendent une place....

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  10. bref, y a des côtés négatifs dans les CMP pour les patients comme pour les psys quoi (moi j'ai jamais annulé en dernière minute o:) ) (bon j'arrête là, c'est vraiment pas constructif du tout)

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