lundi 10 septembre 2012

Couple : lorsque le psy reçoit celui "qui reste"...


Jusqu'à ce jour dans le cadre des séparations, je n'ai jamais eu que des femmes demandeuses de la rupture.
Que ce soit seule ou en présence de leur futur ex....

En général, c'est elles que je vois en consultation.
Elles viennent pour savoir quoi faire. Partir ? Rester ? 
Toutes sont toujours persuadées d'avoir de bonnes raisons.
Et ce n'est pas à moi d'en juger.
Mais en fait toutes, sans exception, viennent en sachant déjà ce qu'elles veulent faire.
Mais elles viennent surtout pour accepter l'idée, la verbaliser à soi puis à l'autre.
D'ailleurs lorsqu'elles finissent par enfin lui dire, elle verbalisent très bien qu'en fait il y a longtemps qu'elles avaient pris leur décision mais que c'était difficile à entendre même pour elle.

Mon rôle consiste à les faire réfléchir sur leurs motivations. Je dirai en gros que j'essaye de leur montrer qu'il existe peut être une autre solution. Après tout lorsqu'on prend une décision aussi importante que celle de balayer plusieurs années de vie communes, une parentalité (et parfois le lien du mariage), autant ne pas avoir de regrets après.

Mon but n'est aucunement de les faire changer d'avis, mais juste d'avoir bien tout envisagé. Les travers de l'autre comme les leurs. Mais aussi, parfois, une scène parentale qui se rejoue, une influence "extérieure" (merci les copines), un idéal trop fort ou un rôle stéréotypé des sexes au sein du couple.

Puis, il y a un moment où l'autre, celui "qui reste" s'en prend plein la tête. 
Il tombe des nues. Sa compagne vient lui apprendre qu'elle le quittait et qu'elle avait déjà tout prévu : les répartitions des meubles, la garde des enfants, le déménagement...
Que faire face à ça ?

C'est là qu'en général, le monsieur m'appelle pour me demander un RDV.
Je ne dis jamais non.
S'il n'est pas question qu'il entame avec moi une psychothérapie, je veux bien le recevoir 2 à 3 fois afin qu'il soulage son psychisme le temps qu'il se trouve un thérapeute.

Faut bien vous dire, que lorsqu'il prend RDV et qu'il arrive il n'est pas de bon poil.
il arrive plein d'a priori. Je suis la méchante qui a certainement mis dans la tête de sa compagne qu'elle devait partir. Encore une féministe acharnée qui a horreur des hommes, une vieille fille qui cherche à casser les couples heureux...

La première minute est assez glaciale.
Perso, je suis en paix avec moi même. Je sais que madame a pris sa décision seule.
Il vient bien sûr me parler de sa compagne. 
Ce sur quoi je le retiens, il peut m'en parler autant qu'il veut mais je ne lui en parlerai pas.
Maintenant s'il veut me parler de lui et de sa relation à son couple, je veux bien l'entendre.

C'est là en général que je (re)découvre que les patientes utilisent dans leurs argumentations des choses que nous avons vu ensemble. Des exemples, des "images". 
Du style "avoir un train de retard".
Car il faut bien l'avouer malgré tous les indices et parfois les choses clairement verbalisées, le monsieur n'a pas compris que sa femme lui donnait un ultimatum pour qu'il se bouge. 
Alors bien sur d'un couple à l'autre la demande est différente : être plus démonstratif, être plus initiateur des projets, être plus présent, être dans son rôle de père, être plus viril.... 
Pour certains couples, la demande est indirecte et je dois reconnaître comprendre que monsieur n'a pas tout compris du besoin urgent de remettre certaines choses en question est évident. Mais d'en d'autres, ça été très clair.

J'avoue ne pas avoir la réponse sur pourquoi, malgré tous les indices, il faut arriver à ce que madame arrive à dire "ça y est là je pars" pour que monsieur se réveille.
Certes il a comme je le disais donc "un train de retard". 
Madame lorsqu'elle a commencé à verbaliser ses premiers reproches en avait déjà marre. Les gouttes n'ont fait que s'accumuler dans le vase. Et monsieur n'a rien vu. Lorsque les reproches deviennent plus clairs, il entame alors le chemin et commence par remettre en cause... ce que dit sa femme qui n'arrête pas de se plaindre. Elle se fait des idées, la maternité l'a changé... Ce qui est vrai, mais bon ce n'est pas une raison pour ne pas réagir.
Et puis aussi, les hommes ne discutent pas ou rarement. Comme ils verbalisent peu leur ressenti, comme ils sont moins à l'aise dans le verbal, comme ils ont tendance à croire que se plaindre est une faiblesse, etc... Et bien ils se renferment. Il y a remise en question personnelle, mais elle n'est pas visible. De l'extérieur, la compagne pense qu'il s'en fout, qu'il n'a pas compris, qu'il est mou, qu'il est indifférent... 
Alors du coup autour de la table, les rares fois où ils arrivent à parler, madame fait des reproches, lui se tait. Et plus il se tait, plus elle hausse le ton. Et plus elle hausse le ton, plus il se dit que ça ne sert à rien de discuter parce qu'elle cherche à toujours avoir raison et plus il se ferme. Et plus madame pense que décidemment son mec ne vaut rien et qu'il est temps de partir.

Du coup lorsque madame est fermement décidée à partir, d'un seul coup monsieur se dit "mince, là il faut que je dise quelque chose".
Trop tard.
Trop tard, parce qu'à force d'attendre, madame en a marre et elle ne l'aime plus. Il la gonfle.
Et que lorsque l'amour est parti, il n'y a plus rien dans un couple.
Il a beau faire des efforts : se mettre à parler, entamer une psychothérapie, lui certifier que maintenant il fera attention, lui jurer qu'il n'avait pas compris, lui promettre qu'il va rattraper le temps perdu... 
Bref, il va courir derrière madame pour rattraper le train.
Sauf que lorsqu'il rattrapera le train, il n'y aura plus personne dedans.

Alors "celui qui reste" lorsqu'il arrive en consultation, ce qu'il voudrait c'est des "trucs" pour rattraper sa compagne. C'est aussi savoir s'il est vraiment seul responsable de la situation. C'est surtout savoir si, moi psy, je pense qu'il peut reconstruire tout ça.

En général, mon rôle consiste surtout à lui montrer comment il fonctionne et à lui expliquer certaines choses (par exemple, un homme ancien enfant battu, n'accepte pas les conflits parce que cela le renvoie à la violence du coup il se "couche" systématiquement devant les demandes de sa compagne au point d'en oublier ses propres envies. Or s'imposer n'est pas toujours s'opposer, désaccord ne veut pas nécessairement dire violence). 

La majorité des hommes en sortant sont décidés à entamer une psychothérapie individuelle et c'est bien, ne serait-ce déjà que pour surmonter la crise liée à la séparation. 
Mais aussi une psychothérapie de couple, que personnellement je ne trouve pas nécessaire, pas à ce moment là en tout cas, car ce n'est efficace qu'au début des troubles au sein du couple.
En effet, là,  mari et femme ne vont pas y aller pour les mêmes raisons. Lui ira en espérant trouver les arguments pour que sa femme reste, alors qu'elle ira avec l'idée de savoir gérer la séparation.
Une fois la décision prise la psychothérapie de couple ne fait que semer la confusion entre celui qui croit qu'il y encore une chance (et qui du coup ne lâche pas prise) et celle qui est déjà partie (et qui du coup trouve que l'autre le harcèle).

Mais celle qui part culpabilise beaucoup, car elle voit les efforts de l'autre. Et l'autre lui renverra cette culpabilité en lui disant "tu vois malgré tous mes efforts, tu ne restes pas, cela veut dire que de toute façon si j'avais réagit avant tu serais quand même partie".

Alors avant toute chose apprenez à COMMUNIQUER dans un couple.
Madame dites ce que vous avez à dire sans vous énervez et monsieur apprenez à parler et à exprimer votre ressenti. 
Et magnez-vous avant qu'il ne soit trop tard.









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