lundi 1 octobre 2012

Nostalgie - les fantômes du passé

(la semaine commence pas super, alors je ne sais pas si j'aurai le temps -ou l'envie- de venir mettre un autre article cette semaine)

Vous avez sans doute vécu à différents endroits dans votre vie. Qu'en reste-t-il dans vos souvenirs ? Qu'en reste-t-il dans la réalité ? Et comment se confrontent les deux ?

Mes parents ont beaucoup déménagé lorsque j'étais enfant, du coup j'ai beaucoup déménagé aussi ! C'était bien plus facile alors, on ne vous demandait pas une liste de papier longue comme un bras suivi d'un questionnement digne d'une enquête policière. On quittait un appart, parce la journée d'avant on en avait trouvé un mieux. On écrivait au propriétaire "demain  je ne serais plus là" et le lendemain on partait en posant les matelas sur le toit de la voiture. Des fois on traversait juste la rue...

Sur tous les endroits où j'ai pu habiter seuls 2 ou 3 m'ont marqué et ont laissé des souvenirs. Tout paraissait immense et magnifique alors.

Les hasards de la vie -ou peut être pas- on fait que j'ai souvent eu l'occasion de repasser devant les lieux où j'ai vécu enfant.

J'ai habité en région parisienne dans un petit immeuble. Ç’avait été certainement un ancien hôtel particulier qui avait été découpé en appartements.
Lorsque mes parents avaient déménagé, le vieil petit immeuble à côté avait déjà été abattu pour être remplacer par un grand ensemble "moderne". Nous en étions séparés par une haie dans laquelle je ramassait les coccinelles l'été.
Il y a quelques années je suis passée dans la rue et je m'y suis arrêtée. Assez étrangement l'allée d'accès à l'immeuble était toujours au même endroit, elle avait toujours la même forme mais au bout se dressait désormais un grand immeuble avec balcons. Là où se trouvait l'appartement de mon enfance, il y avait désormais l'entrée et l'ascenseur, le tout entouré d'immenses baies vitrées. Le jardin du gardien qui faisait pousser de magnifiques roses odorantes -et que j'allais cueillir la nuit avec mon père pour les offrir à ma mère- avait été remplacé par des dalles en béton... Pourtant en regardant ce grand truc, je ne voyais que l'image du vieil immeuble, la petite porte d'entrée, le jardin, la haie... Je voyais quelque chose qui n'existait plus et qui n'avait jamais existé pour bien des gens.

J'ai aussi habité à Vanves, dans un petit passage. Je passe devant souvent.
Il y a deux ans j'ai décidé d'aller voir. L'immeuble dans lequel j'avais vécu y était toujours, sauf qu'il avait été transformé en usine. Au premier étage, je souriais de voir des ouvrières en blouse fumant leur cigarette appuyée sur le rebord d'une fenêtre, fenêtre qui avait celle de ma chambre. Je revoyais encore la chambre de mes parents à côté. La porte d'entrée était toujours la même. Rien n'avait changé de l'extérieur. Le pavillon en face était toujours là...

Et puis il y a peu un ami m'a dit "es tu retournée dans la rue... ? non ? Tu devrais....".
Alors je suis allée voir. 
Tout a été rasé.
De jolis immeubles tout blanc avec balcons ont remplacé tout ça.
Pourtant je n'ai pas besoin de fermer les yeux, je vois encore l'immeuble usine. Je vois encore la fenêtre de ce qui fut ma chambre, les rideau avec des feuilles colorées. Cette image se superpose à la réalité.

Il y a certainement quelque part dans ma famille des photos qui atteste que ce que j'ai dans ma mémoire a existé. Pourtant c'est étrange c'est impression fantomatique. Pas de regrets, pas de nostalgie vraiment, mais l'impression bizarre de voir quelque chose que personne d'autre ne voit. Vous savez un peu comme sur les vieilles pellicules, ces photos spirites, où on voyait de soi-disant spectres transparents se superposer aux images photographiées.

Mes souvenirs ne sont plus la réalité. 

Je peux vous décrire tout ce que je veux, jamais vous ne pourrez vous imaginer ce que c'était. 
Jamais vous n'arriverez à vous imaginer l'image que j'ai dans la tête et que je peux "voir".
Du coup mes souvenirs sont-ils faux ?
Cela vous est certainement déjà arrivé... vous en pensez quoi de cette réalité fantomatique ?

 Les moches non plus...
















10 commentaires:

  1. Des souvenirs j'en ai, énormément, je n'ai jamais déménagé mais la ville où j'habite à bien changé, de petit village de campagne c'est devenu une petite ville moderne. J'aimais bien quand en face de chez moi il n'y avait qu'une étendue d'herbe, j'adorais me balader dans les rues le soir pour croiser des chats errants que je m'empressais de vouloir ramener à la maison au grand malheur de mes parents ^^. Et puis il y avait la petite bibliothèque de quartier maintenant remplacé en grande médiathèque, je l'adorais cette bibliothèque, j'empruntais toujours le maximum de livres possibles et puis je n'ai jamais trouvé un univers aussi apaisant que ces étagères vieillissantes de bouquins. Il y avait aussi de vieilles usines désaffectés, interdite d'accès en principe parce-que les bâtiments étant vétustes il y avait un risque de passer à travers le plancher, avec mon meilleur ami on adorait s'y rendre, c'était notre maison rien qu'à nous où personne ne pouvait nous faire du mal. Récemment j'y suis retournée, par nostalgie, seule, le bâtiment a été rasé, remplacé par un bâtiment moderne en PVC, ça m'a fait tout drôle.
    Et j'en aurais tellement encore de ces images en tête, qui n'appartiennent qu'à mes souvenirs et qui me font encore sourires aujourd'hui.
    Merci pour cet article.

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  2. C'est terrible et beau à la fois, car finalement, tu éprouves forcément une certaine solitude face au fait que "tu es la(e) seul(e) à savoir ce qui a existé à cet endroit", tu es le seul témoin pour ainsi dire. Mais c'est aussi ce qui fait de chacun d'entre nous est le témoin de la vie et qui fait aussi qu'il y a finalement tout un monde en chacun de nous, des mondes bien différents d'un être à l'autre...

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  3. C'est ce que Freud appelait "l'inquiétante étrangeté". Tiens va falloir que je vous développe ça.

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  4. je me rends compte que dans mes beaux souvenirs, le cadre est un peu "flouté", avec quelques détails très nets (par ex, je peux sentir à nouveau "réellement"une odeur, un parfum..)
    dans mes plus moches souvenirs, tout me revient de façon très nette et détaillée, jusqu'à l'oiseau qui passait dans le ciel à ce moment là.
    je "recherche" plus ou moins à me rappeler des bons, et "zapper" les mauvais (qui font du coup irruption malgré moi). je me pose la question: est-ce que ma mémoire, à force d'être sollicitée, finit par effacer un peu ces bons souvenirs, peut-être même par les retravailler (d'où ce "floutage").
    est-ce que les mauvais souvenirs sont aussi nets parce que je ne les recherche pas (ils seraient donc préservés plus ou moins "intacts)..?
    est-ce parce qu'ici les mauvais sont chargés d'émotions peut-être plus fortes que les meilleurs souvenirs?
    à force d'écouter et réecouter une chanson, on ne l'entend plus de la même façon..parfois ce qui nous a touché à la première écoute nous indiffère. Et d'autres fois, alors que cette chanson ne nous touchait pas du tout, il suffit qu'on l'entende lors d'un moment important de notre vie pour qu'aussitôt elle s'imprègne de toute la charge émotionnelle et en devienne une sorte d'emblème.
    Les émotions recontruisent t-elles un peu souvenirs ou bien les maintiennent t-elle?

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    1. Plus on chercher à ne pas penser à quelque chose plus on y pense. C'est par exemple ce qu'on retrouve chez les anorexiques qui a force de se dire qu'elles n'ont pas faim passent leur temps à avoir l'esprit occuper par la nourriture... Il est important de ne jamais censurer son esprit.
      Les bons souvenirs s'effacent car ils ne sont pas marquant. Ce qui laisse des traces ce sont les traumas. Un souvenir négatif aussi petit soit il reste négatif et marque. On se souvient toujours mieux du négatif et lorsque tout va bien, le positif s'efface. Une fois qu'on a presque tout réglé il reste peu des souvenirs. Des images, des odeurs.. mais ça reste flou.
      De plus, il est une réalité le temps modifie les souvenirs. Lorsqu'on a 4 ans tout parait grand. Prenons ici l'exemple d'une chambre, celle de votre jeunesse vous parait très grande, vous seriez surpris de la voir aujourd'hui. Dans nos souvenirs tout est toujours grand mais avec le temps l'esprit fait le lien : dans une chambre, un lit + 1 armoire + un fauteuil + 1 table de nuit ne peuvent laisser -sauf cas particulier- tant d'espace dans une chambre.
      Ensuite les traumas eux mêmes sont réinterprétés. Prenons l'exemple d'un enfant incesté, tant qu'il ne sait pas que "ce n'est pas bien", il n'y a aucun trauma. il s'y plie, même si cela ne lui plait pas, pense qu'il faut passer par là, il a confiance. C'est lorsqu'il découvre que ce n'est pas une relation "normale" que le trauma se met en place. Plus tard c'est avec un regard d'adulte qu'il aura honte de lui, honte de n'avoir pas dit non, honte d'avoir été lâche... Pourtant rien de tel au moment des faits. Le temps, les vécus, les expériences, ce qu'on lit/entend/connait, modifie complètement les sensations liées aux souvenirs.

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  5. Et les mauvais non plus, ca c'est sûr....

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  6. Cette ancienne réalité ou réalité fantomatique est trés étrange, c'est un peu comme notre jardin secret j'ai l'impression. Il n'est qu'à nous, on a chacun au fond de soi nos propres souvenirs de lieux qui n'existent plus...

    Mes parents déménageaient à peu prés tous les 3 ans, j'ai donc habité à différents endroits dont bcp ont changé depuis. Quand je suis confrontée à ces changements je peux ressentir, d'un côté, de la tristesse et comme un sentiment de perte et, d'un autre côté, un sentiment de fierté.
    Le plus marquant concerne l'appartement de ma grand-mère oú j'allais trés souvent. Il y avait derrière l'immeuble des garages sur lesquels on donnait à manger aux chats sauvages. Ca grouillait. Il y avait un peu plus loin un terrain désaffecté et fermé qui était devenu le territoire des chats du quartier. Maintenant les garages et le terrain ne sont plus là, ils ont été remplacés par un nouvel immeuble. Mais moi, je les vois encore, ils sont toujours là dans ma tête... quand j'essaye de me remémorer cet endroit, je le vois comme il était dans mon enfance et non comme il est aujourd'hui. Je suis d'ailleurs incapable de décrire l'immeuble en question, je vois les garages à la place, alors que ca fait des années qu'ils ont été détruits. C'est normal docteur ??

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  7. J' ai découvert votre blog par hasard et je le trouve très interressant .Merci !

    Pour ce qui est de cette nostagie du passé..j' ai été très troublée par votre texte qui retranscrit parfaitement ce que je vis:
    Femme de militaire, nous avons déménagé tous les 2 ans en moyenne ces 20 dernières années Je suis effrayée de voir avec quelle facilité je pars et j' oublie toutes ces "maisons" dans lesquelles nous avons laissé un morceau de nos vies...et puis plus le temps passe et plus j' oublie les détails , ne me restent que quelques moments forts et encore ...
    Parfois quand je dis " on a vécu là bas" en parlant d' une ville ou nous sommes " passés" j' ai l' impression que je MENTS ..puisque je n' en ai finalement presque plus de souvenirs dans ma tête , du moins que des images de plus en plus floues..
    J' ai l' impression également de ne pas avoir de racine puisque du coup, je ne suis attachée à aucun de ces endroits..je suis en admiration devant ces gens qui défendent avec virulence leur village, ville ou région !
    Suis je normale ?

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    1. Lol !
      Avez vous remarqué que ce n'est pas spécialement les lieux où on a vécu le plus longtemps qui laissent le plus de traces ?
      Oui, vous êtes normale parce que je pense que dans certains cas il vous a été difficile de déménager. Vous êtes partie facilement parce que vous saviez que vous ne resteriez que 2 ans, donc pas d'attachement, pas de liens trop fort et le fait de se dire que ça ne sert à rien de s'attacher à un lieu et aux gens parce que de toute façon il faut partir, il n'y a pas de choix possible. Mais en même temps, c'est là que vous vous mentez. Parce qu'obligatoirement il y a des lieux qui vous ont plus marqués, des gens auxquels vous vous êtes attachés et que vous faites semblant de croire que non ce n'est pas vrai...
      Par contre pour d'autres situations je comprends très bien ce que vous voulez dire, car moi même je sais avoir été à certains endroits mais je n'en n'ai aucun souvenir, je le sais juste parce que l'on prononce tel nom de ville ça éveille une image, une rencontre... Vous avez fait, comme moi, le choix de ne pas vous accrocher au passé... Après tout la vie est présente et future non ?
      (SVP prenez un pseudo pour commenter, normalement les anonymes n'ont pas le droit de citer sur ce blog. Merci d'avance)

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  8. Bonsoir,

    Intéressant, car lorsque je me rappelle de l'époque où je passais ma vie sur les jeux vidéos en ligne, la nostalgie liée à ces temps là, la situation qu'elle m'évoque (la nostalgie nous met toujours les pieds en plein dans une situation) me met en plein comme en milieu du jeu, comme si tout l'univers et les personnages qui y baladaient étaient réels et que je les avais perçus sensiblement. L'expression de cette nostalgie là n'a aucunement conscience du monde qu'il y avait autour de l'écran, et traite cette représentation numérique comme une réalité tangible unique. Comme si j'avais vraiment vécu dedans.
    À travers le prisme de la nostalgie, le moment où je me baladais dans la cour de récré de mon école ne sonne pas plus "réel" ou "vrai" que celui où je me combattais contre des trolls géants dans la forêt enchantée.
    Pourtant, au moment où je jouais, j'avais bien conscience des gens qui s'agitaient dans la maison dans laquelle je vivais, ma mère qui m'appelait pour manger, etc.

    Vergi, sais-tu s'il y a eu des études, en psychologie, sur le fonctionnement de la nostalgie en tant que phénomène ? Les sensations qu'elle évoque sont quand même très particulières... C'est une expérience presque mystique !

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