mercredi 28 novembre 2012

Inquiétante étrangeté

(une dédicace spéciale Lea : 
Capitaine Flam by VA on Grooveshark)

Je sais, je sais, je ne suis pas très présente en ce moment, mais j'ai un agenda de ministre, comme toujours soit il ne se passe pas grand chose, soit quand un truc arrive, il y a 10 autres en même temps...

J'avais vaguement parlé de la notion d'inquiétante étrangeté dans un commentaire.

j'y reviens aujourd'hui bien que ce soit une notion difficile à expliquer. Je n'ai pas dit difficile à comprendre, mais surtout Freud, à l'origine de ce concept, n'y a consacré qu'un infime partie de son travail laissant la porte ouverte à de nombreuses questions.

La notion d'inquiétante étrangeté est la traduction de "unheimliche". Mot allemand totalement intraductible dans toutes les autres langues, d'autant que Freud en fait un concept psychique recouvrant plusieurs choses. D'ailleurs dans bien des ouvrages aujourd'hui, on ne traduit plus le terme. 

Umheimliche se traduit de façon classique par "inquiétant, lugubre". Il est normalement le contraire de "heimliche" qui se traduit par "familier". L'allemand oppose donc ce qui est familier (donc connu et déjà vu) à ce qui n'est pas connu et qui ne peut être par nature qu'inquiétant. Donc tout ce qu'on ne connait pas est inquiétant et sombre. 

Mais pour Freud, du coup, unheimliche et heimliche ne sont plus des opposés mais bien les extrêmes d'un continuum entre connu / inconnu ou familier / inquiétant.

Jusqu'à là vous suivez.
Normalement.

Qui dit continuum, dit milieu. C'est à dire qu'il existe un moment où ce qui est familier rencontre ce qui est inquiétant. C'est là que se situe la notion de "inquiétante étrangeté". Ce qui est connu ne l'est plus totalement et ce qui est inconnu ne l'est plus totalement non plus. Connu et inconnu se superposent, les choses familière deviennent inquiétantes, ce qui créé l'angoisse.

Ce continuum est très différent d'une personne à l'autre. Chacun a le sien en fonction de son vécu.

Ca va se complexifier, lorsque vous allez tenter d'admettre qu'en fait certaines choses nous sont ou nous ont été famililères mais qu'elles devraient restées cachées, tues. Et elles vont refaire surface. Ce qu'elles ne devraient pas faire. 

Vous allez me dire, mais comment quelque chose de familier peut il être caché ? Et bien, prenez tout simplement un souvenir. Si je reprends l'exemple de la maison que vous avez habité petit enfant (et qui n'existe plus), cette maison vous pouvez vous en souvenir, vous pouvez revoir psychiquement dans votre tête l'emplacement des meubles, revoir les personnes vivre dedans. Vous n'y pensez quasi jamais en temps normal. C'est du passé, cela ne resurgit qu'à la lumière de quelque chose qu'on vous raconte, d'une photo que vous voyez... Imaginons, vous vous souvenez, que vous allez sur les lieux de cette maison et que à la place vous trouviez un immeuble. Paf, l'image de la maison resurgit. Ce qui créé une sensation étrange. L'image de la maison qui vous est toujours familière se superpose à la réalité. Une illusion vient en collusion avec la réalité. C'est cette superposition qui est l'inquiétante étrangeté. Ce qui est familier, sympathique devient troublant, inquiétant.

L'image passée semble en vie alors qu'elle est inanimée. Elle surgit comme pour s'assurer de ne pas disparaître. Elle se joue de la mort. Après tout cette maison n'existe plus, pourtant elle est encore là. Je fais vivre ce qui est mort. Cela est valable pour les objets mais pour les êtres humains aussi. Qui, ayant vécu un décès, n'a pas pendant quelques temps eu l'impression de croiser la personne dans la rue ? On la reconnait parmi les inconnus, une démarche, un style, une coiffure... L'inquiétant étrangeté se joue de la mort. La faire resurgir c'est tenter de faire revivre quelque chose qui n'est plus.

Ce qui est bienveillant, doux, un joli souvenir devient quelque chose d'inquiétant, une image qui créé de l'angoisse voire de la peur.

Ces images du passé sont des restes magiques. Par la toute puissance de la pensée magique je fais resurgir des choses qui n'existent plus. Des éléments qui auraient dû rester enfouis, cachés, tus. L'affect lié à ces images à été refoulé et à chaque fois qu'il revient il créé de l'angoisse, un mal-être. Or, ce n'est pas l'image qui est inquiétante bien sur, puisque nous l'avons vu elle est familière, c'est bien le "traitement" psychique que l'on en fait qui la rend inquiétante.


photo issu du site Crappy Taxidermy 
(tous les animaux sont empaillés)










jeudi 22 novembre 2012

Le psy pousse-t-il au divorce ?

J'ai eu une semaine de ouf. Je suis sur tous les fronts. C'est à la fois passionnant mais aussi épuisant. Sans compter que je n'ai pas eu le temps de vous concocter un article (ni d'en mettre dans mes réserves).



J'ai souvent des patients et je devrai vraiment écrire plutôt des patientes qui arrivent pour prendre une décision : rester avec leur compagnon ou le quitter.

J'en avais déjà parlé lorsque j'avais abordé cet aspect face à la notion de choix antérieur à la consultation. C'est à dire, pour ceux et celles qui auraient oublié, qu'en fait lorsque la personne arrive en consultation avec ce type de question elle a déjà la réponse. Sauf qu'elle est difficile à verbaliser ou à accepter.

Il y a des patients qui font le choix de rester et de tenter par tous les moyens de se rapprocher de leur compagnon. C'est plutôt rare et ce n'est pas super efficace dans le temps. Mais c'est un choix. Leur choix.

Beaucoup expriment très rapidement qu'en fait elles veulent partir et après analyse de causes très rationnelles, finissent par dire qu'en fait elles n'aiment plus leur compagnon. Tout simplement. 

Il m'arrive dans le cadre de cette décision de séparation de recevoir le compagnon. Seul. Deux ou trois fois. Histoire d'avoir sa version de "l'histoire", mais surtout parce qu'il ne comprend pas la décision de sa compagne et il vient tenter de comprendre ce qu'il pourrait faire pour la retenir. Sans compter qu'il vient aussi pour voir la tronche du psy de sa compagne... 

Bien sur, ce qu'a dit sa compagne reste totalement confidentiel. Je le fais travailler sur lui-même surtout pour qu'il comprenne ce qui fait qu'aujourd'hui leur couple en est là. Il me dit "ma femme dit que...". Et lui qu'en pense-t-il ? Parfois si le contenu de la réponse est en désaccord avec les dires de sa compagne, la façon de le dire vient plutôt confirmer la version de madame. 

Il m'arrive de les voir ensemble. Je sers de médiatrice. Mais bon, faut être réaliste tant qu'il y a encore un lien tout est possible mais lorsqu'il n'y en n'a plus qu'un qui aime, ça ne sert à rien. Dans ce cas, c'est celui qui reste qui veut consulter et dans le but d'arriver à convaincre sa compagne de ne pas le quitter en tentant  de me ranger dans son camp à lui.

L'intérêt du psychologue, c'est qu'il n'est dans aucun camp.
Ce qui peut être perçu par un problème par celui qui est largué. Après tout, si on n'est pas de son côté, on est contre lui. Donc si le psy ne se positionne pas, c'est qu'il est contre lui.

Certains compagnons alors sont persuadés que si leur femme les quitte, c'est grâce / à cause de moi ! Après tout je ne soutiens pas ce pauvre homme qui se sent victime. Et d'un autre côté je permets à sa compagne de faire ses choix seule, le plus possible sans influence de l'entourage et sans les pressions -parfois concrètes- qui vont se poser. Après tout, quitter quelqu'un peut avoir un fort impact sur le train de vie ou sur les enfants, mais faut il rester absolument avec un personne qu'on n'aime plus au risque de se faire la gueule à longueur de temps, de s'engueuler souvent ? Ca se discute comme disait l'autre qui est mort.

Parfois, la décision de divorce peut s'appuyer sur un vécu transgénérationnel. Quatre générations de femmes divorcées peuvent poser question dans la balance d'une décision. Et il faut aider la personne qui consulte à s'extraire de ce vécu et à voir les choses par elle même.

Comme toujours, le psychologue va pousser le ou la patient(e) à envisager le présent et son avenir à la réalité des conséquences de sa décision. Mais le psychologue dans des situations de séparation ne prend jamais partie. Il libère la parole. Il permet l'expression du vrai ressenti et de la volonté propre de celle/celui qui vient consulter. Les choix sont pris le plus possible en toute indépendance. Et ça peut être perçu par celui qui est quitté comme une influence.

(et surtout ne croyez pas que celui qui part ne souffre pas)


jeudi 15 novembre 2012

Le Moi-peau

Comme je le dis toujours après une soirée bien arrosée "dose promise, dose bue".

La notion de "Moi-peau" est un concept psychanalytique que l'on retrouve déjà chez Freud et qui fut développé par Anzieu.

Le "Moi-peau" est au psychisme, ce que la "peau" est au corps;
Les deux étant bien sur intrinsèquement liés.
D'ailleurs en psychologie on travaille sur les comportements qui sont des mouvements du corps plus ou moins adaptés et demandés/imposés par le psychisme en réaction à une situation donnée.
On fait travailler le psychisme pour modifier le rapport du corps à l'environnement. Et le retour (feedback) du corps va à son tour modifier le psychisme.
Et on fait travailler le corps pour intégrer les traumas (EMDR, stimulations bi-latérales...).

Ce qui veut dire que via notre perception la réalité est sans cesse faussée, modifiée, interprétée.

Pour se sentir "bien", il faut que les limites corporelles et psychiques soient bien marquées. 
Pour l'individu surtout et pour les autres aussi.

Si la peau est une barrière contre les agressions extérieures, le moi-peau permet de cadrer le psychisme pour mettre une frontière entre ce qui est l'intérieur de l'extérieur de soi.
Ce qui fait que nous faisons la différence entre ce qui vient de l'extérieur et ce que nous ressentons qui vient du psychisme.

Pour la psychanalyse, si ça ne fonctionne pas c'est la faute à maman.
C'est la mère la première encore dans nos Sociétés qui apprend à l'enfant ce qui est "bon" pour lui, elle le protège, filtre les stimulations, fait des choix et lui apprend ce qui vient de l'extérieur et de l'intérieur. L'enfant va donc apprendre ses limites corporelles et donc la différence interne/externe.Au départ, la mère et le très jeune enfant partage la même peau, le côté interne pour l'enfant , le côté externe pour la mère. Et puis rapidement les deux êtres vont se séparer. La mère récupérant sa peau psychique interne et l'enfant créant sa peau psychique externe. Encore faut il y arriver, car c'est un véritable arrachement de "peau" qui a lieu, blessure qu'il va falloir dépasser.

Le "Moi-peau" est donc une peau mentale.
Chez les border-line ou les psychotiques, les limites corporelles sont floues. Et l'environnement est perçu comme agressif car il semble sans cesse chercher à pénétrer en soi et il ne font pas la différence entre leurs émotions et celles des autres.. qui peuvent être perçues comme les leurs.

le "Moi-peau" c'est donc à la fois un contenant rempli des sensations infantiles, une "peau" qui sépare l'interne de l'externe et une zone plus ou moins poreuse selon qu'on a envie ou pas d'entrer en communication avec les autres qui inscrit les expériences qui se présentent.

Ce "Moi-peau" peut présenter des trouble, par exemple si le détachement à la mère a été un arrachement, si la mère est restée trop attachée à l'enfant... En général, les patients qui présentent ces troubles ressentent le besoin d'être "collés" à la représentation maternel que peut être un psy. Ils peuvent aussi présenter des troubles liés à la peau, comme des automutilations ou une dysmorphophobie, voire encore des affections cutanées. Il leur faut attaquer la "frontière" pour s'assurer qu'elle existe bien et qu'elle tient le coup.


Lorsqu'on lui enlève sa peau, voit-on son âme ?













mardi 13 novembre 2012

Mobile mais pas confidentiel

Alors que je prenais le métro (oui encore, ça va me laisser des traumas c'est sur) tout en me demandant s'il était judicieux de faire des achats de Noël alors qu'on risquait la fin du monde bien avant la distribution générale de générosité financière et les règlements de comptes psychologiques annuels, je fus interrompue dans mes réflexions post-incinération par un éclat de voix :

"T'es qu'un salaud ! De toute façon je m'y attendais, t'as toujours été comme ça. T'es vraiment un salopard...." et patati et patata, le tout égrené par une charmante jeune femme l'oreille scotchée à son mobile.Que lui avait donc fait son téléphone pour se faire insulter ainsi ?

Je ne vous dit pas comment elle hurlait. Je pense que tout la graaannde rame en a profité (pour ceux qui ne viennent pas souvent sur Paris nous avons maintenant sur certaines lignes de métro des rames qui font toute la longueur du train et les passagers sont désormais assis le long de la rame. Bref; si vous connaissez le métro de New York vous voyez de quoi je parle). Les grandes rames ça a certains avantages, ça a aussi des inconvénients. A la bourre, on peut monter tout au début du train et prendre son temps pour parcourir le métro à la recherche de la meilleure place située près de la sortie la plus pratique pour prendre sa connection. La contre-partie, c'est "orchestre" improvisé ("Monsieur, Madame, on ne travaille pas, on a 5 enfants, alors on va vous faire de la musique. Si vous donnez, on vous dira merci") (sous-entendu "si vous ne donnez pas, on vous dira l'aller vous faire foutre") (oui, oui, ils n'hésitent pas à le dire). Avant la cacophonie hurlante qui tentait de ressembler à de la musique on pouvait l'éviter. On changeait de rame à la première station. Maintenant tout le monde en profite. Et croyez moi ça hurle suffisamment pour que ça s'entende jusqu'à l'autre bout. Un autre avantage c'est qu'on n'entend pas les jeunes femmes se prendre la tête sur leur mobile (vous avez comment je reviens mine de rien à mon sujet ? La classe !).

Cette jeune femme a pété un câble pendant 10 minutes, je n'ai jamais su la fin, je suis partie avant. Dommage, ça s'annonçait avec des menaces de représailles. J'ai sans doute raté le meilleur.

Mais comme j'en avais marre qu'elle me crie dans les oreilles, surtout qu'elle était debout et moi assise, j'ai glissé avec ma grâce habituelle le plus loin possible, juste à proximité d'une porte (qui s'ouvre maintenant automatiquement, c'est vrai savoir quand appuyer sur un bouton c'était donner trop d'indépendance aux usagers. Infantilisons, infantilisons...).

Cette fois je reste debout. Il me reste 3 stations.
Il y a un type en costard devant la porte. Son mobile doit lui vibrer dans la poche, car il le sort prestement.
Et là il écoute.
Puis...

"Ecoute, j'en ai marre de travailler avec des cons. Faut qu'on se voit. J'arrive on en parle. Tu fais vraiment n'importe quoi. T'es trop con. Faut que je fasse tout moi même....".

Comme j'étais à 75 cm de lui environ, j'en ai bien profité. Il faisait mine de se tourner, afin de 1. s'isoler en ne me voyant plus, 2. m'éviter de participer passivement à sa conversation. Ceci dit le mec à l'autre bout du (non) fil n'avait pas l'air d'en mener large lorsqu'il a su que son interlocuteur arrivait.

Je ne vais pas vous dire que je n'ai jamais répondu sur mon mobile (ben oui j'en ai un) dans un lieu public. Mais en général c'est plutôt pour la frime "Allo, ah c'est TF1 ?" ou "C'est pour une interview ?" ou "vous voudriez m'inviter à votre colloque ?". Le plus marrant c'est d'observer la réaction des gens alentours. C'est petit je sais, mais on s'amuse comme on peut...

Bref, tout ça pour vous dire que ce type de scène j'en vois et entend de plus en plus. Sous prétexte, que le mobile est un téléphone, certaines personnes l'utilisent de la même façon que si elles étaient chez elle assises devant leur téléphone fixe (que beaucoup n'ont plus).

Le problème c'est que dehors, c'est pas dedans.
Ah mais je vous vois vous trémousser sur votre chaise à roulettes : le métro on n'est pas dehors, on est dedans. Mes lecteurs et mes lectrices sont des malins.

C'est vrai. Mais t'as beau être dedans, t'es pas chez toi. Na.
Or lorsque je vais dans un lieu public il n'y a rien qui m'exaspère plus que les gens qui croient qu'ils sont chez eux. Après tout, je pourrais faire pareil me direz vous. Si on commence à tous croire qu'on est chez nous partout et surtout dans les lieux publics, ça va devenir intéressant. Déjà qu'il y en a le matin qui finissent leur toilette dans le métro, si on plus on se met tous à prendre le métro pour un bureau mobile ou pour une alcôve intime, on ne va plus s'entendre.

Très franchement, je suis désolée pour cette jeune femme et pour ce cadre, mais leur vie privée et professionnelle je n'en n'ai rien à foutre. Elle se fait larguer ? C'est son problème. Il a des blems avec son associé ? C'est son problème. Je n'ai pas à en profiter.

En psychothérapie, on passe notre temps à faire comprendre aux patients que la vie des autres, et même celle de leur proche, ne les regarde pas. Chacun sa vie, chacun ses problèmes. Je peux comprendre que certaines circonstances font qu'il est difficile parfois de cloisonner entre lieu privé et lieu public. Par exemple, on peut se dire que le mec qui largue sa copine attend l'heure où elle est dans le métro pour l'appeler car il se dit qu'elle n'osera pas faire un scandale ou que l'associé qui se plante ne pense pas une seule seconde que son partenaire est dans le métro sur le point d'arriver au bureau... 

Mais la répétition de ses scènes dans les lieux publics tend à montrer une confusion. Si les réseaux sociaux nous habituent mine de rien à ce que la vie privée ne le soit plus, exprimer tout et n'importe quoi en public relève d'une certaine logique de prolongement. Privé/public seraient désormais quasi la même chose.

Pourtant autant ces personnes aiment parfois s'exposer en public autant elles n'aiment pas les retours qu'elles peuvent en avoir. Si on prend Facebook, si vous répondez à une personne en étant en désaccord avec elle, vous vous faites engueulez. J'imagine que si je m'étais mêlée des échanges de cette jeune femme, j'en aurai pris plein la tête aussi. Ce qui montre bien que ces personnes font encore très bien la différence entre privé et public. Il existe donc parfois (souvent ?) une volonté de faire partager des scènes privés à un public (qui n'a rien demandé).

Personnellement, lorsque je veux du spectacle, je préfère payer mais au moins j'ai un spectacle choisi, à un horaire qui me convient dans un lieu auquel j'adhère. Ces "spectacles" impromptus et souvent agressifs, je ne les pas demandé et je n'y adhère pas. Je suis donc plus ou moins obligée de subir la vie d'un(e) autre que je connais pas et qui de son côté, essaie de me forcer à partager sa vie.

Je finirai par une remarque. Comme tout le monde les paroles "quotidiennes" voire "banales" me gènent moins. En effet, entendre des gens se donner RDV ou se dire qu'ils arrivent bientôt n'a pas le même impact. D'abord parce que même sans mobile, dans le métro les gens comptent le nombre de stations qu'il leur reste, ils discutent de ce qu'ils vont voir ou de ce qu'ils ont vu. Des conversations comme on peut en entendre partout. Et justement ça reste superficiel, non intime. Les conversations moins banales je dirai, par exemple, un thème bien précis, en fait surtout des conversations qui durent sur un ton soit de confidence soit hystérique, sont tout aussi infernales.  

Il est clair que la notion d'intimité reste un le facteur prédominant dans la gène occasionnée.


Bref, voila un exhibitionnisme forcé qui devrait être interdit.

Sa conversation l'a fait monter au plafond ?


vendredi 9 novembre 2012

Docteur n'est pas médecin...

Tout le monde ne fait pas des études longues.
Et encore même chez ceux qui font des études, tout le monde n'accède pas au doctorat.
Or le titre de "docteur" reste quelque chose de mythique pour certains. 
Un titre lié obligatoirement à un certain niveau intellectuel, à un niveau culturel et à un domaine.

Pour encore beaucoup de personnes "docteur" = "médecin".
D'ailleurs lorsque vous allez chez le médecin amusez vous à compter le nombre de patients qui disent "bonjour docteur".
C'est sur que c'est plus classe que "bonjour médecin".

Pourtant le "bonjour docteur" pourrait être attribué à bien des domaines.
On peut être docteur en médecine bien sur, mais on peut aussi être docteur en mécanique quantique, docteur en géographie... et même en psychologie !

Un géographe peut donc avoir autant le droit à "bonjour docteur" qu'un médecin.

Ce qui veut donc dire que le doctorat ne fait pas le médecin. 
Et au risque de me répéter un possesseur de doctorat n'est pas obligatoirement médecin, ce n'est donc pas nécessaire de lui demander ce que vous devez faire si vous avez des palpitations surtout s'il est docteur en urbanisme.

Tout cette confusion fait que M. Y ou Mme X, docteurs, se doivent de préciser sur leur carte de visite en quoi ils sont docteurs.

La confusion est encore plus grande lorsque vous posséder un doctorat dans un domaine proche de la médecin : la biologie ou la psychologie. 
Dans ce cas les personnes que vous rencontrées ou vos patients sont persuadés que vous saurez leur conseilleur la meilleure façon de gérer leurs tiraillement du côté intestinal ou leurs contractions du 7ème mois...

Néanmoins Madame rien ne vous empêche de demander au jeune étudiant doctorant qui habite sur votre  palier s'il pourrait vous faire une palpation mammaire. Il se peut qu'il soit très compétent, mais je ne vous garantie pas que ce soit uniquement une question de diplôme.

Alors une fois pour tout soyons clairs :
oui un médecin est toujours docteur
non un docteur est rarement médecin...

Le port de la blouse blanche et le stéthoscope autour du cou ne sont nullement représentatifs du fait d'être médecin et encore moins d'être docteur... la preuve !



mardi 6 novembre 2012

Enfant de prostituée, enfant de la honte ?

Il m'arrive de récupérer certains patients en lambeaux.
Ils sont détruits par la vie, par leurs traumas.
Il faut bien avouer que certaines personnes vivent des choses extraordinaires, extraordinaires dans le sens où ça n'a rien à voir avec ce qu'on peut s'attendre de la vie.
Mais si les traumas sont importants, ce qui est l'est surtout c'est comment est perçu et ressenti le trauma.
C'est bien pour cela que d'une personne à l'autre un même trauma n'aura pas les mêmes répercussions.
Le ressenti peut venir bien après le fait, des fois des années après, transformant ainsi un souvenir en trauma à force de revécu, de rabâchage et de réinterprétation en fonction de l'âge, du lieu, de l'environnement et de l'époque.

C'est ainsi que j'ai reçu un jour une patiente.
35 ans, avec l'air d'une ado. Très belle, très grande, un vrai top model.
Lorsqu'elle m'a dit son âge je me suis dit "aïe, ça bloque".
Ca bloque à l'âge du trauma "principal" bien sur.
Mais il y a eu d'autres traumas, multiples et répétés.
Et après m'avoir racontée son histoire de façon totalement décousue, destructurée même, incompréhensible parfois au point que je n'arrivais pas à comprendre la chronologie des faits, j'ai fini par entendre que sa mère se prostituait depuis l'adolescence. 

Elle m'a balancé ça en guettant mine de rien ma réaction.
Comme il n'y en n'a pas eu, elle a continué son récit.
Ca revenait de temps en temps dans son discours.
Ca revenait d'autant plus que sa mère lui avait bien expliqué dès sa plus tendre enfance qu'elle avait été désirée et qu'elle était un enfant de l'amour.
"Vous avez connu votre père ?"
"Non, c'était un client qui revenait de temps en temps m'a dit ma mère, mais elle était amoureuse de lui et elle a décidé que ce serait lui mon père".

Mais bon toute cette histoire de relations compliquées aux hommes, de relations compliquées à la mère, c'était bien sur à régler, mais je sentais bien qu'il y avait autre chose.

Un jour en partant, alors que comme tous les patients elle me lâchait une phrase importante devant la porte, je lui lance "et puis un jour vous cesserez d'avoir honte d'être une enfant de prostituée !".

Ca a fait son chemin jusqu'à la consultation suivante.

Elle m'en a reparlé la première. 
Oui c'est vrai elle avait eu et elle avait encore honte.
Honte de la profession de sa mère, honte d'en être issue.
A l'école "profession du père : ---??? --", "profession de la mère : euuuuh... secrétaire ?".
Sa mère a du changer bien des fois de profession en fonction de son humeur et de ses envies.
Comment écrire : prostituée ou travailleuse du sexe ?
Sa mère elle-même se présentait comme secrétaire la plupart du temps. 
Nous fréquentons tous d'ailleurs sans le savoir tous les jours des femmes,des hommes qui se prostituent et qui se disent secrétaire, infirmier, architecte....  Vous les rencontrez chez le boulanger, à la sortie de l'école, au club de gym...

Il a fallut rassurer cette patiente. 
D'abord s'il n'y avait pas de prostitution, il y aurait sans doute plus de problèmes sociaux.
Ensuite, sa mère avait fait le choix de se prostituer. Elle n'avait pas de mac, elle travaillait lorsque sa fille n'était pas là. C'était un choix personnel, contre toute attente elle aimait son travail. Pourquoi refuser le choix de sa mère ? 
La différence est-elle si grande d'avec des actrices de films pornographiques ? En dehors du fait qu'il y a un contrat de travail... Ou avec même parfois la ménagère qui en échange d'un toit et de nourriture accepte de se livrer sans plaisir au "retour du guerrier" ? 
Tout est question de perception.

Après tout cette patiente se devait surtout d'être fière de sa mère. 
Elle avait été libre ses choix, elle avait été indépendante, elle n'avait jamais dénigré ses clients, elle avait fait un enfant qu'elle avait aimé et bien élevé, elle l'avait tenu éloigné des "occupations", elle l'avait poussé à faire des études... 
Bref, cette description pourrait s'appliquer à la plupart des femmes qui travaillent.
Alors "prostituée" ce n'est qu'un mot. 

En psychothérapie, la honte a fini par s'estomper. 
Ca a permis de libérer beaucoup de choses.
De se libérer soi surtout.



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