jeudi 22 novembre 2012

Le psy pousse-t-il au divorce ?

J'ai eu une semaine de ouf. Je suis sur tous les fronts. C'est à la fois passionnant mais aussi épuisant. Sans compter que je n'ai pas eu le temps de vous concocter un article (ni d'en mettre dans mes réserves).



J'ai souvent des patients et je devrai vraiment écrire plutôt des patientes qui arrivent pour prendre une décision : rester avec leur compagnon ou le quitter.

J'en avais déjà parlé lorsque j'avais abordé cet aspect face à la notion de choix antérieur à la consultation. C'est à dire, pour ceux et celles qui auraient oublié, qu'en fait lorsque la personne arrive en consultation avec ce type de question elle a déjà la réponse. Sauf qu'elle est difficile à verbaliser ou à accepter.

Il y a des patients qui font le choix de rester et de tenter par tous les moyens de se rapprocher de leur compagnon. C'est plutôt rare et ce n'est pas super efficace dans le temps. Mais c'est un choix. Leur choix.

Beaucoup expriment très rapidement qu'en fait elles veulent partir et après analyse de causes très rationnelles, finissent par dire qu'en fait elles n'aiment plus leur compagnon. Tout simplement. 

Il m'arrive dans le cadre de cette décision de séparation de recevoir le compagnon. Seul. Deux ou trois fois. Histoire d'avoir sa version de "l'histoire", mais surtout parce qu'il ne comprend pas la décision de sa compagne et il vient tenter de comprendre ce qu'il pourrait faire pour la retenir. Sans compter qu'il vient aussi pour voir la tronche du psy de sa compagne... 

Bien sur, ce qu'a dit sa compagne reste totalement confidentiel. Je le fais travailler sur lui-même surtout pour qu'il comprenne ce qui fait qu'aujourd'hui leur couple en est là. Il me dit "ma femme dit que...". Et lui qu'en pense-t-il ? Parfois si le contenu de la réponse est en désaccord avec les dires de sa compagne, la façon de le dire vient plutôt confirmer la version de madame. 

Il m'arrive de les voir ensemble. Je sers de médiatrice. Mais bon, faut être réaliste tant qu'il y a encore un lien tout est possible mais lorsqu'il n'y en n'a plus qu'un qui aime, ça ne sert à rien. Dans ce cas, c'est celui qui reste qui veut consulter et dans le but d'arriver à convaincre sa compagne de ne pas le quitter en tentant  de me ranger dans son camp à lui.

L'intérêt du psychologue, c'est qu'il n'est dans aucun camp.
Ce qui peut être perçu par un problème par celui qui est largué. Après tout, si on n'est pas de son côté, on est contre lui. Donc si le psy ne se positionne pas, c'est qu'il est contre lui.

Certains compagnons alors sont persuadés que si leur femme les quitte, c'est grâce / à cause de moi ! Après tout je ne soutiens pas ce pauvre homme qui se sent victime. Et d'un autre côté je permets à sa compagne de faire ses choix seule, le plus possible sans influence de l'entourage et sans les pressions -parfois concrètes- qui vont se poser. Après tout, quitter quelqu'un peut avoir un fort impact sur le train de vie ou sur les enfants, mais faut il rester absolument avec un personne qu'on n'aime plus au risque de se faire la gueule à longueur de temps, de s'engueuler souvent ? Ca se discute comme disait l'autre qui est mort.

Parfois, la décision de divorce peut s'appuyer sur un vécu transgénérationnel. Quatre générations de femmes divorcées peuvent poser question dans la balance d'une décision. Et il faut aider la personne qui consulte à s'extraire de ce vécu et à voir les choses par elle même.

Comme toujours, le psychologue va pousser le ou la patient(e) à envisager le présent et son avenir à la réalité des conséquences de sa décision. Mais le psychologue dans des situations de séparation ne prend jamais partie. Il libère la parole. Il permet l'expression du vrai ressenti et de la volonté propre de celle/celui qui vient consulter. Les choix sont pris le plus possible en toute indépendance. Et ça peut être perçu par celui qui est quitté comme une influence.

(et surtout ne croyez pas que celui qui part ne souffre pas)


6 commentaires:

  1. Comme tu parles du transgénérationnel, je me demande ce que tu penses des thérapies constellations familiales ?

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  2. Je ne sais pas comment ça se passe exactement et je n'ai jamais rencontré de personnes qui aient suivies ce type de thérapie. Sur le fond, c'est excellent.
    D'ailleurs c'est un peu ce qu'on fait en psychothérapie. Il m'arrive de demander au patient de retracer son arbre généalogique. Et dans beaucoup de situations, il est nécessaire que chacun reprenne sa place dans la famille. L'inceste paternel par exemple n'apparait pas par hasard dans une famille, la mère est infantilisée et prend la place de l'enfant et l'enfant incesté dont le père est amoureux prend la place de la compagne. Il y a des choses plus subtiles bien sur. Il est important que chacun reste à sa place. C'est un peu comme en entreprise d'ailleurs, le chef n'est pas le subalterne et le subalterne n'a pas à jouer au chef. Cette question de place est essentielle durant toute la vie.
    Or dans certaines familles, il est clair que chacun n'a pas sa place depuis longtemps. Des fois on a la chance de pouvoir connaître l'histoire de la famille (certaines personnes sont d'ailleurs des "passeuses" d'histoire, d'autres ont pour tâche de raconter l'histoire de la famille pour qu'elle ne se perde pas...). Lorsqu'on a l'histoire, la raconter, la revivre, en sortir est facile. Mais des fois, on ne sait pas. Il y a des choses évidentes, je subodore les avortements à 15 kms, le jumeau décédé avant la naissance aussi parce qu'il y a des comportements qui se transmettent. Même parfois des choses qui n'ont pu lieu d'être aujourd'hui (j'ai eu une jeune femme en consultation qui se trimballait un sentiment de honte énorme. Or pendant la guerre, sa grand mère française avait "fauté" avec un soldat allemand et avait eu un enfant. Aujourd'hui tout le monde s'en fout qu'une française ait un enfant avec un allemand, mais il n'empêche que cette honte se transmettait. il s'agit alors de replacer dans le contexte, l'époque, le regard des autres. Mais il faut bien que quelqu'un accepte voire pardonne et c'est la personne assise sur le divan qui s'y colle. Alors dans les thérapie qui posent la famille, c'est exactement ce qui est fait. C'est donc plutôt bien. La seule limite étant que seul cet épisode est pris en charge, or d'un épisode en découlent d'autres et il faut travailler sur la réparation de la faute... Et ça dans une thérapie en constellation normalement on en le fait pas.
    (j'ai fais un peu long là non ?)

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  3. Non non pas long :) Merci de ta réponse. j'ai fait une séance, et je vais en faire une deuxième, ça m'a plu même si c'était éprouvant. Apparemment lorsqu'on ne connait pas l'Histoire elle ressurgit d'elle même lors de la séance.

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  4. En fait ça resurgit parce qu'en fait l'histoire est connue mais non verbalisée. Une histoire ne se transmet pas uniquement par la parole mais aussi par les non dits (on ne parle pas de certains sujet) et par le non verbal (un sujet abordé génère une réaction du visage par ex.) du coup le patient a appris l'histoire qui bloque par des voies détournées. Et c'est ça qui ressort.

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  5. yep sur le texte d'origine
    Finalement de chaque côté on a besoin d'un tiers (pour ou contre) pour se positionner

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    1. (merci de ne plus être anonyme la prochaine fois)
      Pour se positionner non, pour être capable de verbaliser la décision qu'on a prise oui.

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