mardi 13 novembre 2012

Mobile mais pas confidentiel

Alors que je prenais le métro (oui encore, ça va me laisser des traumas c'est sur) tout en me demandant s'il était judicieux de faire des achats de Noël alors qu'on risquait la fin du monde bien avant la distribution générale de générosité financière et les règlements de comptes psychologiques annuels, je fus interrompue dans mes réflexions post-incinération par un éclat de voix :

"T'es qu'un salaud ! De toute façon je m'y attendais, t'as toujours été comme ça. T'es vraiment un salopard...." et patati et patata, le tout égrené par une charmante jeune femme l'oreille scotchée à son mobile.Que lui avait donc fait son téléphone pour se faire insulter ainsi ?

Je ne vous dit pas comment elle hurlait. Je pense que tout la graaannde rame en a profité (pour ceux qui ne viennent pas souvent sur Paris nous avons maintenant sur certaines lignes de métro des rames qui font toute la longueur du train et les passagers sont désormais assis le long de la rame. Bref; si vous connaissez le métro de New York vous voyez de quoi je parle). Les grandes rames ça a certains avantages, ça a aussi des inconvénients. A la bourre, on peut monter tout au début du train et prendre son temps pour parcourir le métro à la recherche de la meilleure place située près de la sortie la plus pratique pour prendre sa connection. La contre-partie, c'est "orchestre" improvisé ("Monsieur, Madame, on ne travaille pas, on a 5 enfants, alors on va vous faire de la musique. Si vous donnez, on vous dira merci") (sous-entendu "si vous ne donnez pas, on vous dira l'aller vous faire foutre") (oui, oui, ils n'hésitent pas à le dire). Avant la cacophonie hurlante qui tentait de ressembler à de la musique on pouvait l'éviter. On changeait de rame à la première station. Maintenant tout le monde en profite. Et croyez moi ça hurle suffisamment pour que ça s'entende jusqu'à l'autre bout. Un autre avantage c'est qu'on n'entend pas les jeunes femmes se prendre la tête sur leur mobile (vous avez comment je reviens mine de rien à mon sujet ? La classe !).

Cette jeune femme a pété un câble pendant 10 minutes, je n'ai jamais su la fin, je suis partie avant. Dommage, ça s'annonçait avec des menaces de représailles. J'ai sans doute raté le meilleur.

Mais comme j'en avais marre qu'elle me crie dans les oreilles, surtout qu'elle était debout et moi assise, j'ai glissé avec ma grâce habituelle le plus loin possible, juste à proximité d'une porte (qui s'ouvre maintenant automatiquement, c'est vrai savoir quand appuyer sur un bouton c'était donner trop d'indépendance aux usagers. Infantilisons, infantilisons...).

Cette fois je reste debout. Il me reste 3 stations.
Il y a un type en costard devant la porte. Son mobile doit lui vibrer dans la poche, car il le sort prestement.
Et là il écoute.
Puis...

"Ecoute, j'en ai marre de travailler avec des cons. Faut qu'on se voit. J'arrive on en parle. Tu fais vraiment n'importe quoi. T'es trop con. Faut que je fasse tout moi même....".

Comme j'étais à 75 cm de lui environ, j'en ai bien profité. Il faisait mine de se tourner, afin de 1. s'isoler en ne me voyant plus, 2. m'éviter de participer passivement à sa conversation. Ceci dit le mec à l'autre bout du (non) fil n'avait pas l'air d'en mener large lorsqu'il a su que son interlocuteur arrivait.

Je ne vais pas vous dire que je n'ai jamais répondu sur mon mobile (ben oui j'en ai un) dans un lieu public. Mais en général c'est plutôt pour la frime "Allo, ah c'est TF1 ?" ou "C'est pour une interview ?" ou "vous voudriez m'inviter à votre colloque ?". Le plus marrant c'est d'observer la réaction des gens alentours. C'est petit je sais, mais on s'amuse comme on peut...

Bref, tout ça pour vous dire que ce type de scène j'en vois et entend de plus en plus. Sous prétexte, que le mobile est un téléphone, certaines personnes l'utilisent de la même façon que si elles étaient chez elle assises devant leur téléphone fixe (que beaucoup n'ont plus).

Le problème c'est que dehors, c'est pas dedans.
Ah mais je vous vois vous trémousser sur votre chaise à roulettes : le métro on n'est pas dehors, on est dedans. Mes lecteurs et mes lectrices sont des malins.

C'est vrai. Mais t'as beau être dedans, t'es pas chez toi. Na.
Or lorsque je vais dans un lieu public il n'y a rien qui m'exaspère plus que les gens qui croient qu'ils sont chez eux. Après tout, je pourrais faire pareil me direz vous. Si on commence à tous croire qu'on est chez nous partout et surtout dans les lieux publics, ça va devenir intéressant. Déjà qu'il y en a le matin qui finissent leur toilette dans le métro, si on plus on se met tous à prendre le métro pour un bureau mobile ou pour une alcôve intime, on ne va plus s'entendre.

Très franchement, je suis désolée pour cette jeune femme et pour ce cadre, mais leur vie privée et professionnelle je n'en n'ai rien à foutre. Elle se fait larguer ? C'est son problème. Il a des blems avec son associé ? C'est son problème. Je n'ai pas à en profiter.

En psychothérapie, on passe notre temps à faire comprendre aux patients que la vie des autres, et même celle de leur proche, ne les regarde pas. Chacun sa vie, chacun ses problèmes. Je peux comprendre que certaines circonstances font qu'il est difficile parfois de cloisonner entre lieu privé et lieu public. Par exemple, on peut se dire que le mec qui largue sa copine attend l'heure où elle est dans le métro pour l'appeler car il se dit qu'elle n'osera pas faire un scandale ou que l'associé qui se plante ne pense pas une seule seconde que son partenaire est dans le métro sur le point d'arriver au bureau... 

Mais la répétition de ses scènes dans les lieux publics tend à montrer une confusion. Si les réseaux sociaux nous habituent mine de rien à ce que la vie privée ne le soit plus, exprimer tout et n'importe quoi en public relève d'une certaine logique de prolongement. Privé/public seraient désormais quasi la même chose.

Pourtant autant ces personnes aiment parfois s'exposer en public autant elles n'aiment pas les retours qu'elles peuvent en avoir. Si on prend Facebook, si vous répondez à une personne en étant en désaccord avec elle, vous vous faites engueulez. J'imagine que si je m'étais mêlée des échanges de cette jeune femme, j'en aurai pris plein la tête aussi. Ce qui montre bien que ces personnes font encore très bien la différence entre privé et public. Il existe donc parfois (souvent ?) une volonté de faire partager des scènes privés à un public (qui n'a rien demandé).

Personnellement, lorsque je veux du spectacle, je préfère payer mais au moins j'ai un spectacle choisi, à un horaire qui me convient dans un lieu auquel j'adhère. Ces "spectacles" impromptus et souvent agressifs, je ne les pas demandé et je n'y adhère pas. Je suis donc plus ou moins obligée de subir la vie d'un(e) autre que je connais pas et qui de son côté, essaie de me forcer à partager sa vie.

Je finirai par une remarque. Comme tout le monde les paroles "quotidiennes" voire "banales" me gènent moins. En effet, entendre des gens se donner RDV ou se dire qu'ils arrivent bientôt n'a pas le même impact. D'abord parce que même sans mobile, dans le métro les gens comptent le nombre de stations qu'il leur reste, ils discutent de ce qu'ils vont voir ou de ce qu'ils ont vu. Des conversations comme on peut en entendre partout. Et justement ça reste superficiel, non intime. Les conversations moins banales je dirai, par exemple, un thème bien précis, en fait surtout des conversations qui durent sur un ton soit de confidence soit hystérique, sont tout aussi infernales.  

Il est clair que la notion d'intimité reste un le facteur prédominant dans la gène occasionnée.


Bref, voila un exhibitionnisme forcé qui devrait être interdit.

Sa conversation l'a fait monter au plafond ?


11 commentaires:

  1. Deviendrait-on de plus en plus "histrioniques" ? ;o)

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    1. C'est amusant que tu mettes cette phrase au pluriel. Serais tu aussi concernée ? ;-)

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    2. Bon je reviens parce qu'hier, je n'ai eu le temps que de lancer une boutade.
      Les histrioniques sont vraiment dans le théatral, la grandiloquence, la mise en scène... Ca comprend le look, les gestes, le discours.

      Dans ce type de scène il n'y a pas de volonté de séduire le public. Mais j'avoue qu'on retrouve surtout la croyance qu'il existe une intimité avec le public. Ce que je pose plus en difficultés liés à l'image privée/publique qu'on pourrait traduire par une porosité du moi-peau.

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  2. Je ne comprends pas le concept du moi-peau.

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    1. Et bien je vais faire mon prochain article dessus !

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  3. J'aime beaucoup votre blog, je le lis depuis un certain temps déjà.
    je pense qu'il est naturel à chaque homme de se faire confiance mutuellement, en deçà de toute connaissance postérieure. Ce genre d'attitude peut être l'expression d'un amour basique et archaïque en l'humain, car le sujet a à ce moment là affaire à une masse neutre et inconnue ; ce serait une autre affaire s'il était lié relationnellement à un quelconque "membre" du public, avec une connaissance réciproque, avec des enjeux affectifs, etc. Pourquoi s'exhiber en public, certes c'est une question ; mais il est une autre chose que de se priver de garder son naturel, sa sincérité et son envie personnelle là où le regard de l'autre n'est de toute manière qu'inchoatif et éphémère, il me semble. Qu'en pensez vous ?
    Me concernant, je suis toujours très amusé et inspiré par ce genre de scénette !

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  4. Je pense au contraire que la confiance dans l'autre n'est pas naturelle au contraire. La lutte pour la vie commence dès la naissance, il faut asservir, dominer afin d'obtenir à manger et continuer à survivre. Donc déjà nous ne partons pas sur les mêmes bases. Je ne crois absolument pas en l'humain bon et gentil même de façon archaïque, car la masse si elle est inconnue de par cette méconnaissance est source de peurs, de stress et d'éventuels supériorité quant à la capacité à piquer la nourriture.

    Dans ce type de relation, la personne considère que les personnes de l'environnement ont envie de connaître sa vie et il a envie que ces autres en fassent partie. C'est une domination, une occupation de l'espace au mépris de l'autre.

    Je ne sais pas ce qui est "naturel" chez l'humain dans nos Sociétés actuelles, il y a tant de comportements appris, d'influences liées à l'environnement, l'entourage... Le positif et le négatif n'étant qu'une perception liée à une époque, dans un lieu donné, avec des personnes données.

    Là où je vous rejoins c'est que sur le principe il faut se foutre du regard de l'autre. Mais ne pas s'en préoccuper au niveau psychique ne veut pas dire en tenir compte. Selon le principe que la liberté des uns s'arrête là où commence la liberté des autres, il ne faut pas confondre naturel et respect. Je prendrai un exemple plus basique : péter est naturel et peu importe de péter dans le métro parce qu'après tout lorsque vous descendez de la rame vous avez de grandes chances de ne pas revoir ceux qui étaient avec vous, mais est-ce une raison de leur faire supporter vos odeurs internes ? Tout est question de perception. Pour moi c'est non. Et à ce que je constate il semble que pour d'autres ce soit oui.

    pour finir, cela ne m'amuse pas. J'observe, j'écoute. Mais au bout d'un certains nombres de ces "scénettes", je fatigue un peu.

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    1. Merci pour votre avis ! :)
      Je le partage en partie, mais en partie seulement. Péter n'a rien de poétique !

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    2. Le grand Joseph Pujol ne serait de votre avis ! lol

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    3. Autant pour moi... Mais peu de chance de le croiser dans la rue !

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