mercredi 5 décembre 2012

Mon enfant n'a pas de père, comment lui dire ?

(Cet article est le 900ème de ce blog - mais pour arriver à 2 millions de pages vues faut cliquer)

J'abordais mes emails, lorsque brutalement je tombe sur un sujet qui m'interpelle. Une jeune femme, seule, qui a décidé de faire un enfant via le FIV, se demande comment elle va bien pouvoir annoncer à son enfant qu'il n'a pas de père.

Plusieurs psys, avec beaucoup de diplomatie, lui répondent qu'elle devrait se demander pourquoi elle a décidé d'avoir un enfant sans père. C'est une bonne question je l'avoue.

Mais moi ce n'est pas ça que j'entends. Je lis bien "mon enfant n'a pas de père".
Et pourquoi donc n'a t il pas de père cet enfant là Madame ?

D'abord je serai terre à terre, et je reviendrai du coup à ce qu'en disent mes collègues, la question de comment vous alliez aborder la question aurait du vous effleurer avant de passer à la FIV. Vous avez fait un choix faut l'assumer.

Ensuite, soyons réaliste. Vous avez fait le choix qu'il n'y ait pas de place pour le père, c'est votre droit le plus strict. Mais on ne pourra s'empêcher de se poser la question de pourquoi vous aviez décidé de ne pas donner de père à cet enfant et qu'est-ce qui peut bien vous faire culpabiliser maintenant dans le faite de le lui dire ? Votre demande semble faire apparaître que vous regrettez aujourd'hui cette démarche en vous rendant compte que "mince, ça complique certaines choses". Ben oui, mais bon, quand foyallerfoyallé.

Alors, encore une fois, d'où sortez vous que votre enfant n'a pas de père ?
Bien sur qu'il en a un. 
Aujourd'hui encore, au moment où j'écris, il faut des gamètes mâles pour arriver à avoir un enfant. 
Alors oui, vous n'avez pas fait crac-crac avec un monsieur, mais bon le résultat est le même qui si un grand mâle viril vous avez projeté son sperme sur le col de l'utérus, y a eu fécondation grâce à du matériel génétique mâle. 
Et c'est même d'ailleurs pour cela que vous avez un garçon et pas une fifille ! (ah oui j'avais oublié de le dire)
C'est bête vous qui ne vouliez pas d'homme dans votre vie, voila que la nature s'est chargée de vous en coller un dans les pattes qu'il va falloir se coltiner au minimum 20 ans. Sans compter que pour le côté infantile masculin vous allez donner à fond dès le départ... Quelle blagueuse dame Nature !

Revenons donc à mes moutons, donc cet enfant à un père. Et c'est ce qu'il lui dire. Il pourra ainsi se construire une image d'un père idéalisé, mais au moins une image masculine qui planera au-dessus de lui si je puis dire et qui le rassurera. Non sa mère n'est pas la vierge Marie et non vous n'avez pas été fécondée par une éprouvette en plastique (stérile !).

Il est donc très important de lui expliquer qu'il a un père. Un père que vous avez peut être choisi d'ailleurs : la taille, la couleur des yeux, le QI, le niveau d'éducation... Il cherchera à savoir s'il ressemble à son père, vous ne pourrez pas lui répondre, mais s'il ne vous ressemble pas, vous pourrez lui répondre que certainement oui, mais que de toute façon vous êtes un mélange des deux.

Vous lui expliquerez aussi que vous avez fait le choix qu'il ne connaisse pas son père. Encore une fois sans jugement aucun, vos raisons étant les vôtres, il faudra bien sur lui expliquer les raisons de votre choix (d'où un peu d'introspection). Sans culpabiliser mais sans aussi lui véhiculer une image que "tous les mecs sont des salauds", ce qui ne l'aiderait pas à se construire psychiquement admettez-le.


Pour finir, votre enfant va rencontrer trois difficultés :
- un enfant a besoin de savoir qu'il est l'enfant de l'amour. D'ailleurs c'est la réponse principale qu'il attend lorsqu'il vous demande à 3 ans "comment on fait les bébés ?". Or la notion d'amour est unilatérale chez vous. Cela va être difficile à entendre. Il pourra se dire qu'il n'a pas été désiré par son père, que celui-ci n'a pas voulu le (re)connaître.

- en grandissant votre enfant va se demander si vous ne l'avez pas mis au monde pour combler une lacune affective chez vous. Et oui, pourquoi se demandera-t-il faire un enfant seule sans affect ?


- que dire à ses petits copains de classe ? En grandissant cette difficulté s'atténuera, mais vous verrez qu'il va dire 'mon père est mort' ou 'papa est parti', parce que dire 'je ne sais pas qui c'est' ou 'mon papa c'est une FIV', ça va l'obliger à expliquer plein de trucs sur lesquels il n'aura sans doute pas envie de se pencher. Ca passera, mais ça va marquer au début.


Bon, voila en fait lui expliquer d'où il vient ne sera pas si terrible que ça. C'est juste qu'il ne vous faudra pas faire l'amalgame entre "je n'ai pas eu d'homme dans ma vie" et 'il n'a pas de père". Ce sont deux notions différentes.


PS : la FIV peut poser quelques problématiques dans le couple. Le "papa" peutne pas se sentir père, en effet, s'il y a donneur le parent masculin peut se sentir exclu.
il se passe aussi dans une situation avec donneur que dans le cas d'une séparation du couple, la mère décrète au papa "tu n'es pas son père" ! 

Certaines mères elles mêmes vivent très mal leur grossesse, car la médicalisation peut leur laisser croire qu'elles n'ont pas été fécondées 'naturellement' et que cet enfant n'est pas l'enfant de leur compagnon (qui est pourtant donneur) ou l'enfant peut être considéré comme une "chose" introduite dans le corps. Ce qui génère cauchemars, rejet du foetus et parfois rejet de l'enfant.
Bref, la FIV légalement OK, mais psychologiquement c'est une autre histoire.


 papa !





17 commentaires:

  1. Intéressant cet article et chouette photo d'ICSI ^^
    Passons sur le choix de cette femme d'avoir un enfant seule via une FIV (bon elle devait avoir un soucis de fertilité car les IAD sont suffisante sans cela).
    Je m'interroge : Est ce qu'on peut vraiment dire de cet enfant qu'il a un père?
    Parce que c'est vrai, il faut lui dire qu'il y a un homme, un donneur (les enfants ne naissent pas dans les choux ;-).
    Mais le donneur est-ce un père? Il a donné pour x raisons, mais sans savoir à qui irait ses gamètes, alors de là à dire qu'il n'a pas voulu reconnaître ou connaître son enfant ça m'a l'aire un peu bizarre. Un père c'est quelqu'un qui, il me semble était là lors de la conception de l'enfant ou quelqu'un qui reconnaît légalement un enfant. Mais le donneur il était absent de ce projet là, il ne sait même pas que cet enfant existe.
    Du coup j'ai l'impression qu'il serait faut de dire à cet enfant qu'il n'a pas de père parce celui-ci n'a pas voulu le (re)connaitre (alors que ce n'est pas vraiment ça la réalité). Mais peut-être plutôt lui dire qu'il n'a pas de père mais qu'il a été conçut grâce à un donneur qui a donné mais sans savoir qui il aiderai à concevoir, non? Ou bien ce serait préjudiciable pour lui de se construire sans l'idée d'un père? Cela lui créerait un manque?

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    1. C'est toute la question de la notion de parentalité. Est-on parent parce qu'on a permis la "mise en route" biologique et génétique ou est-on parent parce que c'est un sentiment qu'on développe en s'occupant d'un enfant ?
      Les deux mon capitaines. Et tout dépend de point de vue selon lequel on se place.
      Pour le droit, on est parent par la biologie et par la déclaration de parentalité (dans l'adoption par ex.).
      En psycho, on pourrait dire que l'on devient parent. C'est une réalité. Mais être parent n'a rien à voir avec le fait d'être mère ou père. On distingue d'ailleurs bien la notion de mère/père adoptif ou bio. Si on prend un enfant adopté alors qu'il a 5 ans. Ces nouveaux parents ne seront jamais ses parents, mêmes s'il les aime et les appelle papa et maman. Ces vrais parents resteront, dans la majorité des cas, ceux qui l'ont éduqués avant. Pour les enfants adoptés tout petit, leurs vrais parents sont ceux qui les ont "fabriqué".
      Il faut ensuite savoir de quel côté on se place. Du côté de la mère, pour elle de toute évidence il n'y a pas père. C'est d'ailleurs une raison pour laquelle elle se pose cette question. Pour l'enfant, il y a aura père. Père biologique s'entend. Quant à savoir si le donneur sait ou pas ne change pas grand chose, il a plein d'enfants nés de relations "classiques" dont le père ne sait pas qu'il y a un enfant issu de ses gamètes. Pourtant cet homme est père.
      Nous savons aujourd'hui que les donneurs ne le font pas par "gentillesse" (lol). Ils ont des raisons bien précise de devenir donneur. Par ex. ils ont besoin de savoir que leur patrimoine génétique va être dispersé et va passer le temps. Ils ont besoin de se dire qu'ils ont peut être des enfants un peu partout et que lorsqu'ils en croisent un dans la rue, c'est peut être le sien. Ceux qui le font par volonté d'aider une femme ou un couple sont plutôt rares.

      Pour l'enfant il y aura toujours un manque. Qu'on lui dise qu'il a un père ou qu'il est issu d'un donneur. Il voudra toujours savoir qui c'est, s'il lui ressemble, s'ils auraient pu s'entendre...

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    2. Ok. Alors ce serait comme si l'enfant avait un lien indéfectible avec ses parents biologiques même si d'autre parents l'élèvent? Peut-être parce que c'est grâce à eux qu'il est en vie, qu'il existe?

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  2. est-cee que légalement,en france, une femme célibataire a le droit à la fiv de donneur anonyme?

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    1. Non, c'est interdit.
      Elle n'est offerte que pour les couples hétérosexuels aujourd'hui.

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    2. (ça se fait beaucoup en Belgique ou en Espagne par contre)

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  3. Je crois que non vu que beaucoup d'entre elles viennent en Belgique pour faire des demande d'IAD (insémination avec donneur anonyme). Pour la FIV c'est encore autre chose, on y a recoure en cas de problème de fertilité (chez l'homme ou/et la femme) ou lorsque l'un des partenaires a le HIV.

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  4. Attention Fergie, je m'insurge doublement !!!

    Je suis donneur de sperme. C'est un fait, ce fut réfléchi et c'est une fois (en fait, "un don" = 5 à 8 séances étalées sur 6 mois). Et bien je t'assure que pas une fois je me suis dit que je pourrais être le père d'un enfant inconnu, que peut-être plus tard il voudrait savoir d'où il vient, ou que sais-je encore. C'est un acte strictement médical qui n'a rien à voir avec la parentalité.
    Pour te donner un bonne exemple, je le considère comme un don d'organe. c'est comme si j'avais donné un rein, avec les contraintes en moins.

    J'en viens tout naturellement à mon second désaccord sur les raisons de faire un tel "don". Non, aucune envie d'avoir 500 mômes qui me tombent dessus comme dans le film Starbuck (que j'ai quand même vu, forcément !) mais quand je parle de don d'organe, tout est là : Souvent, les gens confronté à la maladie autour d'eux sont plus enclins à donner leur sang ou signer une carte de don d'organe. De même, plusieurs amis autour de moi peinaient à avoir des enfants, j'étais donc sensibilisé au problème et étant parallèlement à la source de 3 IVG récemment, je me suis dit que faire ce don était quand même un acte facile, sans douleur (!) et plutôt altruiste. Mais aucune arrière-pensée comme celles que tu évoques !

    Je n'ai pas la prétention de t'avoir fait changer d'avis mais si à côté des raisons que tu exprimes (surement vraies dans plusieurs cas) tu auras pu penser que d'autres motivations rentrent en ligne de compte, je n'aurais pas fait ce mail pour rien.

    (C'est dur de donner un ton à un message mais le mien n'est pas du tout revendicatif ni agressif. au contraire. Ce n'est pas la première fois que j'entends tes arguments dans la bouche d'autres personnes et je suis content de pouvoir dire ça à la fois à quelqu'un que j'estime et sous un relatif anonymat)

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    1. Il est évident qu'on ne peut pas mettre tout le monde dans le même bain. Et c'est tout le problème lorsqu'on parle ou écrit, il faut bien généraliser. Pour l'envie d'étaler tout son ADN sur le monde, j'ai vu un reportage là dessus il n'y pas très longtemps. Le type était hyper fier de se dire que s'il y avait au moins 500 enfants issus de lui dans quelque siècles tous les habitants de la terre seraient ses descendants et porteraient une partie de son ADN. Ca faisait marrer le médecin en face de lui. La fin du monde lui fera peut rater son coup, c'est le cas de le dire lol !

      Dois en déduire Nakito que tu joues au sauveur ? lol Et je trouve paradoxal de donner son sperme pour permettre à d'autres de faire des enfants alors que pour toi même ton adn ce sera perdu au fond d'une poubelle... Le monde est mal fait, faut passer par les autres pour voir ton ADN survivre. Le don d'organe n'est pas anodin non plus. Donner une partie de soi peut générer des sentiments complexes. Mais là c'est différent je trouve car lorsque tu donnes un organe tu te prives de quelque chose, d'une partie de ton corps, alors que là tu ne te prives de rien (ou alors on considère que chaque acte masturbatoire est un acte meurtrier ou au moins amputatoire). Dans le don d'organe tu permet le maintien en vie d'une personne, dans le don de sperme tu permets à une nouvelle personne d'exister. Philosophiquement et psychologiquement, je n'arrive pas à mettre cela au même niveau.
      Tant que tu n'en n'est pas à chaque fois que tu jettes un préservatif à te dire "snif, 10 gamins de perdus..." ça va. (et ne pense surtout pas à ce que je viens d'écrire la prochaine fois que tu jettes en préservatif !) (et pense encore moins à moi) lol lol

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  5. Au risque d'en décevoir certain il est impossible pour un donneur d'engendrer 500 enfants car la loi limite le nombre de grossesse pour un donneur, même si il donne 500 fois. En Belgique dès d'un donneur à permit 6 grossesses il ne peut plus donné, la limite change selon mes pays (en France c'est limité à 10) mais absolument aucun pays n'autorise autant de grossesses par donneurs.

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    1. Je ne remets absolument pas en cause ce que tu dis car je n'y connais rien en législations sur la procréation assistée. Mais le problème c'est le manque de donneur. Dans le reportage par exemple, ils expliquaient que les demandes explosaient de façon exponentielle, mais que le nombre de donneurs étaient en diminution. Alors pour compenser ils avaient recours très fréquemment aux mêmes spermes... Maintenant est-ce que le mec avaient réellement 500 foetus issus de lui ? En tout cas le médecin n'a rien dit.

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    2. Ya un manque de donneur dans certains pays notamment la France c'est sur, mais pas dans tous, en Belgique on doit faire appel a des banques de spermes Danoises par exemple et c'est possible parce que chez eux ils ont plus de donneurs que de demandes (les donneurs sont rémunérés dans les pays nordiques ça aide peut-être un peu ;).
      Mais les nombres de grossesses par donneurs sont respecté très strictement, enfin dans le service de gynéco où j'effectue mon stage actuellement c'est le cas, justement pour éviter un même hommes soit à l'origine d'un trop grand nombre de grossesses. Cela dit pour obtenir 6 ou 10 grossesses il faut parfois un très grand nombre de dons car on obtient pas une grossesse a tout les coups. Et même quand il y a grossesse, il n'y a pas bébé à tout les coups non plus.
      Donc le film Starbuck c'est pas réaliste. Après si ça fait plaisir à certain de s'imaginer qu'ils ont 500 enfants hypothétiques...

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    3. Je n'ai pas vu le film Starbuck, juste un reportage sur la sélection du sexe des embryons et ils parlaient aussi des dons de gamètes.

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    4. Alors le rapportage était surement sur les état-unis ou autre mais en aucun cas sur la France et la Belgique où la sélection des embryons est interdite (une seule exception : la qualité embryonnaire peut être un critère de sélection pour éviter les malformations). Mais choisir le sexe de sont enfant ou d'autre critère y est rigoureusement interdit. Cela ce pratique surement ailleurs vu que c'est possible, mais dans ce cas tout dépend de la législation du pays.
      Pour le moment je crois que cette sélection ne sait se faire qu'après la fécondation et non en sélectionnant les gamètes avant l'ICSI. Enfin ça pose aussi de sacrés questions éthiques tout cela...

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    5. Tout le monde parlait français. J'avais conseillé à une amie ayant déjà 4 garçons et qui voulait une fille d'aller dans une clinique Belge (qu'on trouve via le net et dont justement il était question dans le reportage) pour faire sa sélection d'embryon. Interdit, interdit et demi...

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    6. Ah ben c'est pas légal, mais apparemment certain médecin ne s’embarrasse pas de ça...

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  6. Aux Etats-Unis, dans certains états mais pas dans tous, on peut choisir le donneur sur catalogue en fonction de son physique, de son niveau d'étude, de rémunération (!!!).

    En France, n'oubliez pas que si c'est anonymisé pour les receveur, le sperme choisi pour telle ou telle insémination l'est tout de même en fonction de certains critères... principalement pour éviter qu'une famille caucasienne ait un enfant noir ou de type asiatique par exemple ! Mais ça va un peu plus loin : ma taille est associée à mon don, étant plutôt grand, le médecin m'a dit en rigolant qu'ils faisaient gaffe à ne pas donner du sperme d'un mec de 2m à une famille de nains. Etc...
    Donc on France le client ne choisi pas mais c'est l'institution qui se charge de faire correspondre donneur et receveurs.

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