mardi 15 janvier 2013

C'est toujours la faute des mères !

C'est comme cela que la mère d'une de mes patientes à pris la réaction de sa fille.

Ben oui, ceux qui sont en psychothérapie savent combien les psys aiment à "taper" sur les parents, surtout sur les mères. Les pauvres. Si j'avais le temps je les plaindrai...

Beaucoup de personnes censurent leurs pensées, surtout lorsqu'elles concernent leurs parents. 
De plus, il faut bien constater que c'est quand même tout ce qui s'est passé dans l'enfance qui construit l'adulte. L'adolescence est vraiment une phase de passage où les acquis antérieurs se renforcent, mais il ne se créé rien de vraiment nouveau à ce stade. C'est tout ce qui a été fait, dit ou entendu avant qui fait de vous ce que vous êtes. C'est seulement une fois l'âge adulte atteint qu'une personne pourra se remettre en question. A l'adolescence c'est toujours possible, mais comme l'ado n'arrive pas à exprimer son ressenti (ou alors à l'hyper exprimer ce qui fait qu'on n'y comprend rien) il faut qu'il passe par des troubles du comportements pour que ses proches l'envoie en thérapie. Et là, franchement on "thérapiserait" plutôt les parents que ça ferait du bien à tout le monde. Surtout les mères, niark niark.

Il faut bien l'avouer, jusqu'à il y a encore peu, c'était principalement les mères qui éduquaient et élevaient les enfants. Maman donne le bain, habille, donne le petit déj, discute, emmène à l'école, retourne chercher à l'école, aide aux devoirs, re-le bain, miam miam, histoire, dodo. 
Et papa dans tout ça ? Papa est parti au travail ou papa joue le soir lorsqu'il rentre.
C'est caricatural, mais ça été quasi comme cela pendant plusieurs décennies... Du coup, la mère avait tout le loisir de faire de son enfant ce qu'elle voulait, elle lui transmettait ce qu'elle voulait aussi, même ses problémes. Certaines avaient tout le loisir de régler leur problématique personnelle à travers leur enfant, d'autres jouaient à la poupée, d'autres manipulaient et dévastaient à tout va et d'autres, d'autres surprotégeait en affirmant que le monde hors maman était horrible, d'autres au contraire montrait à l'enfant que c'était bien plus cool dehors que dans la cellule familiale, et pour d'autres ça allait bien merci, y a pas que des gens à gros problèmes non plus. Et j'en passe. Qui sait ce qui peut bien se passer dans les secrets des appartements ?

Les psys n'ont jamais dit que c'était la faute des mères. Mais vu le temps qu'on passe en séance à parler des mamans, ça peut finir par donner cette impression.

Mais ne rêvons pas. Que font les pères ?
Oui parce que pendant que maman créée des traumas ou construit une personnalité inadaptée ou permet la mise en place de mécanismes de défense inadaptés, que fait le père pour lutter contre ça ?
Lorsqu'il y a un couple parental à la maison, on peut s'en prendre autant qu'on veut à l'un, mais il faut toujours se demander ce que voyait et faisait l'autre pour tempérer ou empêcher ce qui se passait.
Et je vous rassure ça marche aussi dans l'autre sens, car certains pères sont une problématiques à eux tout seul et la mère ? Et bien la mère on se demande ce qu'elle faisait...

L'alter ego dans le couple a une fonction. Si le rôle du père est principalement d'apporter la sécurisation et la "loi", on peut légitimement se poser la question de savoir pourquoi il n'a pas sécurisé le périmètre de l'enfant ou pourquoi il n'a pas appliqué la loi à sa chère et tendre.

S'en prendre à la mère, c'est donc aussi s'en prendre au père.
Si en séance on va donc passer beaucoup de temps sur les conséquences des comportements maternels, il faudra aborder aussi les conséquences des comportements (ou non comportements) paternels. L'un ne peut aller sans l'autre.

Ne croyez pas par contre que parce qu'une mère n'a pas aidé à une construction d'une personnalité "saine" qu'elle n'a pas aimé son enfant. Ca n'a rien à voir. Aimer ne veut pas dire savoir bien s'y prendre. Et bien s'y prendre ne veut pas dire aimer. La mère parfaite n'existe pas. Et c'est tant mieux parce que sinon les psys n'auraient pas de patients, euh, parce que sinon le monde serait triste. Les gens vous aiment comme on leur a appris à aimer. Car aimer s'apprend. Un parent qui s'occupe d'un enfant doit bien avoir aimé cet enfant quelque part sinon il ne se serait pas occuper de lui. Mais c'est oublier qu'une mère qui vous balance ses propres problèmes ne fait que reproduire ce qu'elle même à reçu. Merci grand-mère, merci grand-père. 

Mais si Freud a tout basé sur la relation à l'Oedipe mais aussi à la relation à la mère, c'est parce que "dans son temps" c'était la mère qui prenait en charge les enfants. Et on a pu tout à loisir dire que décidément les mères n'avaient pas la tache facile et qu'elles créaient parfois des monstres. 

Mais les temps changent.
Depuis je dirai 5 ans, fini les mamans à l'entrée des crèches ou la sortie des maternelles. Les hommes ont pris le relai et parfois la place tenue par les mères jusqu'à là. Ce sont les pères qui donne le bain, donne à manger, habille, accompagne à l'école, aident aux devoirs et tout le toutim. J'ai donc hâte de voir s'ils feront mieux. Je ne doute pas en tout cas qu'ils feront au moins "aussi bien". J'ai surtout hâte de voir quels types de troubles de la personnalités vont émerger face à l'éducation par le père. 

Parce que ne rêvons pas, il n'y a pas de père idéal non plus. Et donc désormais c'est le père qui a venir avec ses problématiques. Pour l'instant, sur la première génération de ces pères impliqués, leurs "traumas" viennent principalement encore de leur mère. Mais la génération suivante, celle pris en charge par les pères, verra les interrogations du père se transmettre. 

Ca risque d'être très intéressant dans l'évolution de la psychanalyse et de la psychologie. 
Pourra-t-on alors dire "c'est toujours la faute du père" ?


Folle cochonne !

4 commentaires:

  1. j'ai du mal à concevoir qu'une mère puisse aimer ses enfants quand elle leur inflige des gestes violents et des paroles méchantes, sous prétexte qu'elle-même a été élevée comme ça (dans le cas où elle est bien consciente que ses actes ne sont pas normaux !).
    Et que dire des parents qui continuent leur dévastation une fois les enfants devenus adulte ? ok, ils sont comme ils sont, ils font avec ce qu'ils ont... mais où est l'amour dans tous cela ?

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    1. Mais très chère, ce qui est violent pour l'un ne l'est pas spécialement pour l'autre. Et lorsqu'on n'a pas appris autrement, on ne sait pas faire autrement, d'autant qu'en situation de stress chassez le naturel il revient au galop. La violence c'est ce qui se transmet d'une génération à l'autre.

      Maintenant l'amour personne ne peut dire ce que c'est. On peut dire ce que ce n'est pas... encore que. Ne pas croire que parce qu'un parent tabasse son enfant qu'il ne l'aime pas. C'est la fusion qui peut être insupportable, le rappel d'un vécu perso, l'incompétence perçue... bref, l'amour est très complexe.

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  2. Je comprends ce que tu veux dire, il faut donc un travail psy pour comprendre qu'on peut aimer sans violence, surtout pour les enfants afin que ça ne se répète pas. Au delà de ça, je pense que certains parents prennent plaisir à violenter leur gosse malgré tout, de quelques manières que ce soit (les pervers font des enfants aussi).

    J'ai bien compris que l'amour était indescriptible, cela dit : aimer et "désaimer" ses parents, crois-tu cela possible ? ça me fait penser à ce que j'ai entendu une fois : "ce n'est pas parce que ce sont vos parents que vous êtes obligé de les aimer"

    De nos jours les pères sont plus investis dans leur rôle... nouvelle époque, nouvelle génération, nouveaux traumas... en plus, ils deviennent aussi compliqués que les femmes!! Le monde ne sera donc jamais parfait ?! ;-)

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  3. (je refais mon com car je suis pas sûr que tu aies reçu le dernier, ça a buggé de mon côté!)

    on a appris la violence, on peut remplacer la violence. Donc ça se transmettra jusqu'au jour où l'un des enfants cassera cette "chaîne". Tout est encore une question de vision, notion, perception, apprentissage des choses...

    J'ai bien compris que l'amour est indescriptible. Cela dit, que penses-tu de cette phrase que j'ai entendu une fois : "ce n'est pas parce que ce sont vos parents que vous êtes obligé de les aimer."

    les pères s'investissent davantage dans leur rôle aujourd'hui : nouvelle époque, nouvelle génération, nouveaux traumas, sans oublier qu'ils deviennent de plus en plus compliqués! le monde ne sera donc jamais parfait ?! ;-)

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