jeudi 17 janvier 2013

Le fumeur est-il accroc ou dépressif ?

(Retrouvez désormais aussi Vergibération sur Tumblr : autre endroit mais mêmes articles... Peut être pas d'ailleurs,hé hé, faudra suivre !!)


Bon, j'ai bien conscience qu'avec un titre pareil j'ai fait fuir d'office tous les fumeurs et fumeuses qui doivent se dire que ça va être encore un article moralisateur, qui va tenter de les faire culpabiliser, qui atteint à la liberté des personnes, que s'ils ont envie de se détruire c'est leur droit et gna gna gna.

Et bien si vous êtes quand même là c'est que soit vous n'êtes pas fumeur soit vous êtes curieux de ce que je vais écrire, alors attendez vous au pire.

J'ai bien envie de commencer par les culpabilisation habituelles.
Combien de cancer dus au fait de fumer ?
Et bien on n'en sait rien exactement, car on peut faire un cancer des poumons ou une leucémie sans être fumeur. Mais constatons que ce sont quand même, d'après les médecins, les fumeurs qui font le gros du paquet.
Cancer lèvre - bouche - pharynx : 27624
Cancer oesophage : 5797
Cancer estomac : 7677
Cancer colon rectum : 59295
Cancer larynx : 10436
Cancer poumon : 31838
Cancer vessie : 23123
Cancer pancréas : 2370
Cancer reins : 16251
Leucémies :10818
Col de l'utérus : 2810
Ca c'est le nombre de cancers en 2002 qui peuvent être liés au tabac. Soit au total d'un peu plus de 110 000.
Vous me direz que rapportez aux 14 millions de fumeurs, ça ne fait pas beaucoup de risque d'en attraper un. Certes, mais quand ça vous tombe dessus ça fait mal pendant longtemps.
On ajoutera 3 000 000 de bronchiteux chroniques, 300 000 emphysèmateux et 25 000 insuffisants respiratoires.

Pour visualisation, sachez qu'en fumant 1 paquet par jour, vous fumez 7 kgs de tabac par an et au bout de 10 ans vous aurez fumez 70 kgs de tabac.

Mais je ne suis pas là pour vous faire la morale, mais pour vous poser une question :
Pourquoi avez-vous commencé à fumer ?

Beaucoup vont me dire pour faire comme les copains.
Que doit-on entendre ?
Que vous n'étiez pas capable d'avoir votre personnalité propre ? 
Que vous étiez incapable de dire non ? 
Que le groupe était plus important que votre famille ? 
Que s'empoisonner est moins important que de faire plaisir au groupe ?

Tout cela relève d'une problématique psychologique. 
Car vous fumez pour le regard des autres et ce regard est plus important à vos yeux que vous-même.

Certains fument parce qu'ils ont essayé et n'ont jamais arrêté.
Ah bon ? C'est tellement génial la première fois ? Il m'avait semblé pourtant que la première cigarette est un véritable étouffement (pensez de la fumée au lieu de l'air dans les poumons, y'en a qui meurent dans des fumées d'incendie pour moins que ça) ? Et puis ça avait un sale goût.
Alors pourquoi avez-vous continué ?
Pas la force d'arrêter ?
Le regard des autres ?
La tentation ?

Tout cela relève d'une problématique psychologique non ?

Vous me direz la plupart des fumeurs ont commencé de bonne heure. Autour de 11 ou 12 ans pour les jeunes générations.

Qui leur a tendu la première cigarette ? 
Pourquoi le jeune n'a-t-il pas su s'y opposer ?
Pour faire "plus vieux" ? Pour entrer dans le groupe ? 
Pour exister aux yeux des autres ?
"T'es pas cap" ? 

Tout cela ne relève-t-il pas de problématiques psychologiques ?

Tout ça c'est bien joli.
Ne soyons pas dupes, aujourd'hui tous les fumeurs savent ce qu'ils risquent. Ils savent qu'ils ingèrent du poison et qu'ils le font volontairement.
Rien de nouveau et leur dire ne sert à rien.
Mais pourquoi continuent-ils ?
Parce que lorsque vous leur demandez pourquoi ils continuent, ils ne savent pas.
L'habitude.
Le stress.

Ah il a bon dos le stress. 
Donc certains fumeurs qui ont arrêté de fumer s'y remettent lorsqu'ils sont stressés.
Demandez leur si ça supprime le déclencheur stressant.
Ils vous diront non, logique.
Est-ce que cela les déstresse ?
Oui.
Certains vous diront même que ça les aide à se concentrer.
Oui car la nicotine accroît la sécrétion de dopamine et active ainsi le système de récompense plus ou moins comme la cocaïne. 
De plus la combustion du tabac, permet apparition de l'harmane  et de la norharmane (hallucinogènes et analgésiques) qui inhibent certains enzymes, les mêmes que pour certains antidépresseurs. 
Certains fumeurs, la plupart dirai-je, fument parce que cela leur sert d'antidépresseur.

Faut-il en déduire qu'ils sont dépressifs ou tout du moins déprimés ?

Quelque part oui. Puisqu'ils ne cherchent pas à supprimer ce qui génèrent du stress, il cherchent à se déstresser. Ils ne règlent rien, ne peuvent pas l'oublier, mais ingère un truc qui va légèrement leur permettre de se sentir comme s'ils ne se passait rien. "faisons comme s'il rien n'était arrivé" est la devise du fumeur.

La réalité est difficile, il faut ne pas la voir.
Le dépressif non fumeur, lui ne voit que la réalité et ne la supporte pas. Le fumeur lui décide de ne plus la voir.
(on pourra d'ailleurs faire le lien avec l'accroissement de la consommation de cannabis qui endort et permet d'échapper à la réalité).
Ne prenons pas d'antidépresseurs car nous allons bien mais prenons du tabac ou du cannabis, c'est plus sain n'est-ce pas ?

Si vous êtes fumeur et que vous me lisez, vous vous dites "n'importe quoi, je ne suis pas déprimé ou dépressif !".
Petit joueur va !
Tente donc d'arrêter de fumer et reviens m'en parler dans 3 jours.
Oh, ne vient pas me dire que tu n'as pas pu résister parce que tes amis t'ont mis un clope sous le nez, trop facile. J'ai beau aimer les chocolats, si je n'en n'ai pas envie ou si j'ai décidé de ne pas en manger alors que j'en ai envie, on peut m'en coller sous le nez je n'en mangerai pas. Mais que pourquoi tu n'y arrives pas ?

Je vois, Ô fumeur, tu vas me ressortir la liste des différents produits addictifs que les fabricants mettent dans leur tabac.
Tu auras raison... sur le fond.
D'abord ça prouve que tu sais bien que le tabac est nocif et un super attrape-nigaud.
Ensuite, ça prouve surtout que tu te cherches des alibis.
Parce que OK, je ne dis pas que c'est facile d'arrêter de fumer, mais c'est tout à fait possible et plutôt sans trop d'effort.
N'importe quelle psychothérapie cognitivo-comportementale peut t'y amener.

Bon faut pas le crier trop fort, parce les labos pharmaceutiques n'aiment pas.
Y a plein de produits en vente pour faire arrêter de fumer les fumeurs, et c'est un sacré gagne-pain. Si les gens se mettent à croire qu'ils peuvent arrêter de fumer tout seul et facilement, ce sont des milliards de perdus. Restons raisonnables. Intoxiquons un max pour faire vendre un max du désintoxiqueur. Je m'égare...

Il n'est pas si difficile d'arrêter de fumer.
Il suffit d'être motivé.
Une femme enceinte arrête facilement de fumer si elle pense que c'est mieux pour son enfant (mais il faut arrêter plusieurs mois avant, m'enfin ne pas fumer pendant la grossesse c'est déjà mieux que rien). Une personne gravement malade trouve une motivation immédiate à arrêter de fumer et ça ne lui pose aucun problème.

Question de force de caractère alors me direz-vous ?
Peut être. Peut être l'absence de la même force qui vous a permis de commencer à fumer et qui vous empêche d'arrêter qui sait ?
Pas toujours non plus n'exagérons pas (j'aime bien faire culpabiliser mes lecteurs).
L'addiction est parfois simplement gestuelle. C'est un comportement appris et quasi automatique.
Et puis arrêter ça fait resurgir les pensées que vous cherchez à éviter.
Cerveau légèrement anesthésié, effet antidépresseur, tout ça s'arrête et hop tout refait surface, surtout la réalité, vous savez le truc flou derrière l'écran de fumée.

En tout cas fumeur, fumeuse, vous êtes prévenu(e)s. Avec votre clope, vous montré que vous êtes stressé et que vous assumez difficilement la réalité, voire que le regard des autres vous est très important.

Bon, de toute façon mon but n'est pas que vous arrêtiez de fumer. 
Je mourrai de quelque chose aussi, si ce n'est pas ça, ça sera autre chose tout aussi toxique et planqué ailleurs (les touches en plastiques de mon clavier sont-elles toxiques ?)

Le tout était de vous faire réfléchir.
Comme toujours.


18 commentaires:

  1. Je trouve cet article vraiment très intéressant et pertinent.
    Souvent les fumeurs s'arrêtent à l'aspect "addiction à une drogue", qui est vrai. Mais finalement, la drôle, on y tombe pas par hasard, et vient combler une ou des failles.

    Du coup ma question :
    Dans le cas de figure du fumeur dépressif, vaut-il mieux entreprendre une psychothérapie en continuant de fumer (où l'aspect dépressif est peu apparent), ou vaut-il mieux arrêter pour pouvoir pleinement vivre ses affects négatifs lors des séances ?

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    1. Les deux mon capitaine. En fait souvent au début les gens viennent en psychothérapie soit pour régler un problème et la thérapie va faire augmenter la consommation de cigarettes, car il y a un moment où la fumée ne suffit plus à cacher et où il faut tenter d'ériger un véritable "mur" pour ne pas voir et faire face. Mais les clopes ont leur limite, encore une fois c'est pour cela que certains passent au cannabis. Lorsque le patient en arrive là, il faut qu'il diminue sa consommation (j'ai pas dit arrêter) parce qu'il faut qu'il accepte de faire face pour régler sa problématique.
      Ensuite il y a des personnes qui viennent pour arrêter de fumer. Ceux là, en diminuant leur consommation voient brutalement les problématiques psychiques surgir. Surprise ! Soit ils travaillent dessus et prennent conscience que la cigarette "anesthésie" leur ressenti, soit ils arrêtent la thérapie. Ils sont venus pour la cigarette pas pour régler quoi que ce soit. Or ces patients n'arrêteront jamais de fumer. Ils diminuent, rechutent sans cesse au moindre stress...
      Donc il faut savoir pourquoi on entreprend une psychothérapie. Si c'est pour "soi", oui la consommation va augmenter un temps puis fortement diminuer lorsque le patient est impliqué. Si c'est pour la cigarette et bien on ne peut rien pour elle car c'est le fumeur qui doit être traité mais lui ne veut pas ! lol
      L'idéal serait donc de ne pas fumer lorsqu'on entre en thérapie. A condition que l'aspect dépressif soit juste une déprime parce que sinon c'est pire.
      Je crois vraiment qu'il ne faut pas se poser la question, il faut juste y aller pour la bonne raison.



      Et lorsque j'écris que c'est comportemental, c'est parce que le geste est très important aussi dans le fait de fumer.

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    2. Merci pour cette réponse :)

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  2. Un article que j'aime beaucoup! Même si je suis fumeuse! ;o)
    Des choses très interessantes sont abordés, notamment le facteur psychologique.
    Par contre, juste pour ma part, j'ai commencé à fumer car j'avais envie de connaître cette sensation d'euphorie. Je n'ai pas le souvenir d'un goût déguelasse mais j'ai toujours eu une attirance pour l'odeur de tabac froid sur les mains de mon père et mon gradn père. Bref. J'ai donc fumer pour cet effet tête qui tourne. Ce qui fait que quand j'ai commencé (à 18 ans) je suis restée très longtemps à fumer seule en cachette. Or de question pour moi de fumer au lycée. C'était mon truc perso. Ma drogue perso. Et je n'ai jamais aimé faire comme tout le monde.
    Après oui, on est prisonnier de cette cigarette. Quand j'en prend une maintenant: Je la regarde et lui demande: "Ai-je vraiment envie de toi?" 9/10 fois non. Alors je la repose. Je marche à l'envie et le travail que je me fais depuis quelque temps c'est de ne pas être esclave de...mais de vraiment répondre à une envie intérieure. Quand l'envie n'est pas assez grande alors je me dis qu'elle ne vaut pas le coup d'être assouvie. ^^

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    1. Je n'ai pas voulu faire un article trop long, déjà que j'ai tendance à m'étaler. Mais j'aurai peu envisager d'autres situations, surtout chez les femmes. Ayons une pensée pour celles qui fument pour "ne pas grossir".

      En ce qui te concerne, il te faut aller plus loin. Quelle sensation d'euphorie ? Le goût ? Le fait de transgresser ? Le fait d'accéder à une pseudo excitation avec ton père/gd père ?... Dire "je fume parce que" est trop facile, il faut analyser la VRAIE raison.

      Si tu es capable de ne fumer qu'une à deux cigarettes par jour, pas la peine de te prendre la tête pour arrêter. Ca viendra tout seul le jour J.

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  3. je trouve ton article très bien, tu pourrais le généraliser à toutes les addictions mais également à tout ce qu'on fait : la mode, le sport, les jeux, internet, la lecture... même si de prime abord il n'y a pas d'aspect nocif. T'as pas mis de lien avec la mère, pourtant elle doit surement y être pour quelque chose...:-)

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    1. Bonne question. Fumer est-ce sucer (euh têter) ?

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  4. Je viens d effacer 1 commentaire j en suis désolée. Ms pr répondre on peut se poser la question de savoir surtout pourquoi tu as cherché par ts les moyrns à devenir fumeuse ?

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  5. en tant que fumeuse, forcément ton article me fait réagir.
    "fumeur dépressif".. je dirais, si ce n'est pas la cigarette, c'est autre chose (la bouffe, les séries tv..j'en passe). n'est-on pas tous dépressifs/dépendant à quelque chose.
    plus sérieusement, un ex fumeur m'a dit un jour que quand il avait arrêté, il a pris conscience qu'il ne "savait pas respirer", et qu'il a dû réapprendre. Qu'il avait aussi revécu son adolescence (la période où on commence donc). j'ai trouvé ça intéressant, car pour ma part, oui, c'est tout à fait ça. Quand je fume, je "respire", c'est comme une bouffée de plaisir/de courage/de vie/de détente bref, selon l'instant. beaucoup de cigarettes réflexes aussi, forcément. Mais elle accompagne mon quotidien, c'est certain, c'est ma vieille copine. Je n'ai pas peur de regarder mes angoisses, mes peurs, mes souffrances quand c'est le moment de le faire. Mais j'avoue qu'une petite clope, ça m'aide à tenir le cap, jusqu'au jour où je n'aurais plus besoin d'elle.
    J'avais lu également un article sur la transmission du produit de dépendance (tabac, alcool..etc). Que veut transmettre le parent à son enfant, et surtout qu'est-ce que l'enfant accepte de porter ou de perpétuer dans l'histoire familiale, en adoptant le même shéma comportemental du parent. effectivement, je me souviens avoir "gouter" une cigarette de ma mère à l'âge de 7 ans, parce que je me demandais bien ce qu'il y a avait de si attirant dans cette cigarette. et puis ado, pas de raison particulière. Mais j'ai rapidement apprécié cette "bouffée", qui au début tourne un peu la tête quand on n'y est pas habitué.
    cordialement
    Sohane

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  6. Non nous ne sommes pas tous accrocs à quelque chose. C'est un joli alibi pour justifier une addiction.
    L'adolescence est une période où on commence quoi ? Parce qu'en fait l'adolescence est une période "creuse" où il ne se passe pas grand chose.
    Oui, beaucoup de réflexe dans la cigarette, c'est pour cela qu'il est facile d'en supprimer certaines. D'autres seront plus difficiles. Ce qui est intéressant dans ce que tu écris c'est que tu dis que la cigarette t'aide à tenir le cap, cela veut donc dire que des fois cela ne va pas ou tu n'arrives pas à tenir "ton cap" comme tu dis. Et en même temps tu reconnais que c'est un moment de courage et de vie. C'est donc bien qu'à un moment tu déprimes, la vie s'en va et que c'est au travers du tabac que tu "reprends goût" à la vie. C'est donc bien l'effet antidépresseur qui agit. Et c'est paradoxal, car le tabac n'amène pas la vie mais bien l'addiction, la maladie et la mort. Tu retrouves donc la vie dans quelque chose qui ne cesse de te la retirer. Et c'est sur ce paradoxe que jouent les marchands de fumée. Tu crois que ça t'aide et en fait ça t'enfonce. Ca t'enfonce d'autant plus que comme tout produit addictif à couvert d'anti déprime, cela ne résoud rien. Tu peux te détendre autant que tu veux, ce n'est pas certainement pas la cigarette qui va faire disparaitre le problème qui sera toujours derrière l'écran de fumée et qui finira par réapparaitre. Trop parfois, d'où le recours à une autre cigarette.

    Pour ce qui est schéma éducatif, contre toute attente, chez les non fumeurs on a plutôt des enfants fumeurs et chez les fumeurs plutôt des enfants non fumeurs. Les uns veulent savoir ce que c'est, les autres ont compris merci on ne les y prendra pas. La grosse difficulté est que dans une famille de fumeurs lorsque l'enfant démarre le tabac, les parents sont mal placés pour dire que c'est destructeurs et qu'il faut arrêter. Après tout dépend du vécu de chacun. Lorsque tu vois un proche mourir à petit feu de bronchite chronique et d'emphysème, tu le vois d'abord sortir avec son oxygène portative, ne plus pouvoir faire 5 pas sans être épuisé puis sous machine respiratoire en sachant qu'il ne peut plus s'en passer et qu'il va mourir par asphyxie parce que malgré l'apport les poumons ne s'ouvrent plus, tu le vois s'étouffer, ne plus pouvoir parler, se recroqueviller et hurler en silence sous la souffrance malgré les antidouleurs, la cigarette tu la regardes autrement. Mais ça n'arrive qu'aux autres je sais.
    Merci de ton témoignage en tout cas.

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  7. beuh, si on peut même plus se trouver d'excuse, c'est pas drôle...! ok, j'en trouve une autre: je fais une bonne action en fumant, puisqu'une partie est reversée à l'aide sociale (en fait, je fume par altruisme, sans cela j'aurais arrêter depuis longtemps bien-sûr)

    Je reconnais tout à fait que la cigarette ne résout rien. Je fume en toute conscience de cause, mais simplement je reconnais aussi ne pas pouvoir m'en passer, pour le moment du moins. Comme toute drogue, si on en prend dans un moment de déprime, ça ne supprime pas l'émotion mais ça l'amnesthésie pour un temps.Même physiquement, on ressent parfois un apaisement, des tensions qui se dénouent. Ce que je veux dire, c'est que c'est aussi l'effet qui peut être recherché lorsqu'une personne se réfugie dans le travail par exemple. tu vas me dire, le travail ne provoque pas de cancer des poumons, enfin normalement (!). Je sais ce que je fuis, parfois j'y fais face, parfois pas. Est-ce que les non fumeurs font tous face à leurs problèmes? ou trouvent-ils d'autres stratagèmes pour "endormir" la douleur. c'est une vraie question que je me pose.
    Des personnes malades et mourantes, j'en ai vu, j'en vois encore. Mais ça ne m'empêche pas de continuer. Ma réelle motivation pour arrêter, même si ce n'est pas aujourd'hui, ce n'est pas ma santé, ni l'argent perdu en fumée. C'est de me dire qu'un jour, je n'en aurais plus besoin.
    Le paradoxe dont tu parles m'évoques le fait que face à nos angoisses, on est toujours un peu seul face à soi-même, même si on essaie d'en parler, même dans le cadre d'un travail thérapeutique. Soi contre soi, ou soi avec soi..pulsion de vie et de mort à la fois.
    j'ai essayé d'arrêté (du temps où je pensais pouvoir arrêter quand je voulais, genre), je ne me suis pas sentie déprimée mais j'ai ressenti des difficultés à me concentrer.
    Par contre, tu dis qu'il ne se passe rien à l'adolescence (dans quel sens il ne se passe rien?). et comment expliquer le fait que c'est souvent à l'adolescence que l'on commence à fumer? pour moi, il ne se passe pas grand chose, mais on retrouve certaines problématiques enfouie, une prériode charnière où on cherche à savoir qui on est.
    cordialement
    Sohane

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    1. Merci à toi de permette à plein de familles dans le monde qui travaillent pour Imperial Tabacco de ne pas être au chômage... (La SEITA n'existe plus depuis longtemps mais c'était un acronyme qui veut dire "secte" ...)

      Nous sommes bien d'accord, le tabac va anesthésier, ce qui permet de ne pas réflechir au problème auquel du coup le fumeur ne fait pas face et donc le règle pas.
      Je te rejoins être non fumeur ne veut pas dire ne pas avoir de problèmatique, mais certains s'accrochent à autre chose (l'alcool, les drogues, le travail, le sexe...). Ce n'est pas une question de tabac ou d'autre chose, c'est juste que le fait d'être accroc à quelque chose révèle qu'il existe une problématique. Je ne pense pas qu'on puisse être fumeur sans un problème. Certains fument pour se donner "bonne contenance", j'aime beaucoup cette expression, car elle exprime bien le besoin de se remplir et de donner l'illusion que tout va bien à l'intérieur. Besoin de faire croire qu'on a confiance en soi, sans se rendre compte que le fait de fumer montre totalement l'inverse. Ce n'est donc pas toujours la déprime ou la dépression qui est derrière le recours au tabac (ou à d'autres toxiques) bien sur.

      L'adolescence est une phase où tout est réglé. L'Oedipe normalement ça y est, les lois sociales sont intégrées... Il ne reste qu'à gérer les changements physiques et le fait de devenir adulte. Si beaucoup de personnes commencent à fumer à l'adolescence, c'est parce qu'elles se construisent en miroir face aux autres. Il faut à la fois ressembler à l'autre (la copine ou l'ami qui représente ce qu'on aimerait devenir) et s'il fume c'est que c'est cool, ça lui donne un air plus mâture, l'air d'avoir confiance en soi et donc l'ado va vouloir faire pareil pour devenir cet "idéal" et puis la pression du groupe (mais en fait si on regarde bien d'une ou 2 personnes dans le groupe) qui fait que pour s'y intégrer il faut pratiquer les mêmes rituels. D'ailleurs si tu regardes à la sortie des lycées, les fumeurs sont ensemble et les non fumeurs sont ensemble. Ils ne se mélangent que rarement. Il y a justement ce côté initiatique. Je pense d'ailleurs que c'est la raison pour laquelle les jeunes fument de plus en plus tôt. Il n'y a plus de rituels sociaux ou familiaux qui permettent de passer les caps de construction. Or si les jeunes pouvaient encore passer par quelques initiations, on verrait certainement ces pratiques diminuer. Fumer c'est braver l'interdit, dire qu'on devient grand... Cela pourrait être remplacé par un voyage, une fête, un gros cadeau, même une simple séance shopping pour aller acheter des fringues différentes... Bref, quelque chose qui marque le "passage" de l'enfance vers l'adolescence, puis de l'adolescence à l'âge adulte. Normalement, si tout a été plus ou moins bien construit, il n'y a pas à chercher qui l'on est, parce qu'on le sait depuis longtemps ! C'est à l'éducation de montrer qu'on a le droit d'être différent, qu'on a le droit de dire non, qu'on ne pense pas comme les autres et qu'on a le droit de le faire, que se faire jeter d'un groupe n'est pas grave car cela veut dire que ce groupe n'est pas adapté, bref c'est avant l'adolescence qu'on est construit et qu'on a eu la force de devenir soi, pas pendant. L'adolescence devrait un temps d'adaptation où on se regarde changer de formes, d'idées, de désir... C'est un temps de toute puissance où on refait le monde. Ce n'est pas un temps de repli sur soi. Et lorsque ça l'est c'est que quelque chose a dérapé avant.




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  8. J'ai fait la route avec une covoitureuse un jour, elle m'a dit qu'elle était sortie avec le mec qui tu as mis en photo dans ton article. Est-ce que c'est pas un peu malsain de sortir avec un mec qui s'est fait tatouer un squelette en décomposition sur le corps ?

    Et puis j'avais laissé un commentaire (que tu as effacé sans faire exprès) pour dire que je comprenais pas bien pourquoi "je n'arrivais pas à être accro au tabac" (tout le monde à l'air de dire qu'à la première clope on est foutu), car mes parents fument, mes amis fument, je suis sortie avec des fumeurs, j'ai essayé de fumer au collège, puis au lycée avec les copains (toujours bcp moins qu'eux), puis à la fac, j'ai acheté des paquets (où la majorité des clopes était pour offrir à mes amis en fait sinon le tabac séchait), donc j'ai eu des multitudes d'occasions de tomber dans l'addiction depuis 10 ans ... pourtant le gout me déplait, ça m'irrite la gorge, me fait tourner la tête, berk, j'aime pas la cigarette.

    Je me souviens d'un jour, ma mère était partie de la maison, mon père était resté seul et dépressif, j'avais 5 ans et il s'allumait ses clopes avec des allumettes. Un jour, c'était plus fort que moi, j'ai hurlé en lui arrachant ses allumettes qui ont volé partout dans la cuisine. Je crois que l'idée de voir mon père se détruire à petit feu ne me plaisait pas du tout. J'ai toujours essayé de trouver des bonnes excuses aux fumeurs, je les aime beaucoup, et si j'ai essayé de fumer mainte et mainte fois c'est peut-être justement pour être comme eux, et par extension, peut-être pour être comme mes parents, ne pas m'éloigner d'eux sur tous les plans, garder qqs points communs, les excuser d'être des fumeurs (en validant leur acte si je fume aussi) ... mais au fond je sais que ça ne résout rien de fumer, que ça détruit plus que ça ne soigne. D'ailleurs je suis avec un non fumeur depuis 2 ans, et c'est très bien comme ça :)

    Pour l'anecdote en fait, ma première bouffé de tabac était à 7 ans, quand ma mère m'a recupéré et qu'elle voulait me faire souffler dans une de ses cigarette pour que je vois la braise devenir rouge (oui ma mère est folle je le sais), mais j'ai aspiré au bout d'un moment sans le faire exprès, j'ai toussé pendant 5 minutes au moins ... Mhhh, en racontant ça, je me rends compte que ma mère a toujours voulu me faire fumer en fait, c'est peut-être pour ça que je me suis acharnée à vouloir répondre à son désir ... en vain.

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  9. Ta mère a t elle réellement voulu te faire fumer ou t'en dégoûter ? Je pourrai te raconter quasi la même anecdote arrivé à un proche. La petite de 7 ans voulait fumer, bien que vivant avec des parents fumeurs très occasionnels, car elle voyait plein de fumeurs autour d'elle. Son père lui a proposé d'essayer. Comme toi elle a craché ses poumons, raconte qu'elle a trouvé le goût horrible, qu'elle n'arrivait plus à respirer... Elle n'a jamais retouché à une clope et son père est très content d'avoir réussi à la dissuader de la cigarette.
    Peut être qu'en fait tu suis l'enseignement de ta mère : ne touche pas à la clope ma fille, ça nous rend esclaves. Et qu'elle n'était pas si folle que ça...

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  10. Oui je vois ce que tu veux dire ... Mais c'est pas le cas de ma mère. Elle n'avait rien contre le fait que je fume, au contraire. Plus tard elle m'a offert un joint à mes 17 ans en guise de bougie d'anniversaire. Elle ne m'avait pas acheté de cadeaux, mais il lui restait un peu de shit, et une bouteille pour se faire des verres de tequila rapido avec moi, son cocktail préféré. Elle voulait toujours que je fume avec elle, elle me disait "sinon j'vais être trop défoncée si je fume un pétard toute seule". Ah, heureusement que sa fille chérie d'amour est là pour lui éviter d'être complètement stone, vu que son frère refuse de fumer et les deux autres sont malheureusement trop petits (ça grandit pas assez vite les enfants), et qu'elle n'a plus personne à part nous. Non, j'ai quand même fait 3 ans de thérapie pour réussir à couper les ponts avec elle et accepter que je ne pourrais jamais l'aider, j'peux vraiment pas me dire qu'elle m'a fait fumer pour essayer de me dégouter de la clope ... j'aurais préféré !

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    1. La façon dont tu décris les choses peut donner lieu à deux interprétations. La plus "sauvage" est qu'il existe de ta mère vers toi une relation incestuelle. La cigarette est un phallus symbolique, elle rentre, elle sort de la bouche. Il y a une problématique de la mère nourricière...
      Mais je ne m'attarderai pas là-dessus et je me contenterai de me faire l'avocat du diable. Ce que je lis c'est du partage. Ta mère se mettait en sécurité en ne fumant pas son joint en totalité, mais en te donnant à toi aussi la moitié, elle te mettait toi aussi en sécurité pour que ça ne fasse pas trop de dégât. Ta mère avait certainement des incompétences mais elle a tenté très maladroitement sans doute de partager quelque chose avec toi : ses cigarettes, sa fumée, ses joints... mais surtout du temps.

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    2. Les gens ne sont jamais tout blanc ou tout noir. Ma mère voulait certainement me protéger. Faire mieux que sa propre mère. Même si en réalité le bilan est plus négatif que positif. Maintenant elle est seule, on lui a retiré ses deux derniers enfants pour les placer, elle a presque tué mon père quand j'étais petite et elle a pousser mon beau-père dans la tombe il y a peu, elle n'a plus d'amis, ses parents ne lui parlent plus car elle est odieuse avec eux, mais elle continue de voir la réalité autrement. A l'écouter, sa vie est un conte de fée, ou alors elle est victime de ceci ou cela. Elle ne s'excusera jamais pour le mal qu'elle a fait, puisqu'elle ne se rend pas compte de ce qu'elle a fait. On m'a dit que si elle prenait conscience de la réalité elle risquait de se suicider. Ca a un nom, les gens qui sont en dehors de la réalité ? Je ne sais jamais comment nommer la folie de ma mère

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    3. C'est du déni et ça pourrait être de la schizophrénie. A l'inverse des dépressifs qui voient tout en noir, ta mère s'est hyper adaptée. Elle est optimiste et voit tout en rose. C'est un sacré mécanisme de défense. Elle a choisit de (sur)vivre. Elle possède une force vitale exceptionnelle et vit dans son monde à elle. Si les dépressifs veulent changer le monde, ta mère se le cache (derrière un écran de fumée ?). La réalité est trop insupportable. Et je rejoins ce qu'on t'as dit, si la réalité faisait surface elle serait intolérable et pourrait donner lieu à un passage à l'acte autoagressif ou hétéroagressif car les autre sont vécus comme agressifs, persécuteurs.

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