vendredi 22 mars 2013

Le remord

Le remord s'appuie sur la "bonne conscience".
Comme s'il y en avait une bonne et une mauvaise.
D'ailleurs on a des remords parce qu'on a "mauvaise conscience" n'est-ce pas ?
Pourtant la conscience n'est ni bonne ni mauvaise. Elle est. Point.

La "bonne conscience" est un truc social.
Quelque chose qui ressort des règles apprises au sein de la famille et de la Société.
Respecter ces règles c'est respecter les valeurs codifiées par tous au sein d'une même Société et donc agir en respectant ces règles et en vertu de ces règles construit notre "bonne" conscience.

Mais il y a un problème.
C'est que "bonne" conscience et envie ne vont pas toujours ensemble.
On peut avoir envie de tuer et ne pas le faire. 
On peut avoir bonne conscience de ne pas le faire. On peut aussi avoir bonne conscience de l'avoir fait. Tout va dépendre des valeurs essentielles auxquelles on adhère à un certain moment.

Prenons un exemple bénin que j'aime aborder souvent dans ces multiples pages :
vous déambulez dans un magasin et au détour d'une vitrine vous écrasez le pied fragile et fin d'une passante inconnue.
Vous faites quoi ?
En général vous présentez vos excuses.
Puis vous vous en allez. Et vous oubliez.
Mais est-ce que cela diminue la souffrance du pied de la nana ? non.
Est-ce que vous croyez qu'une fois que vous lui avez présentez vos excuses et tournez le dos, elle cesse d'avoir mal et de vous maudire jusqu'à la 7ème génération ? non.
Pourtant dans ce type de cas, vous n'avez aucun remord.
Vous ne vous dites pas "si j'avais su..." ou "j'aurai du faire plus attention..." ou "qu'est-ce que je suis maladroit(e)..". 
non. (d'ailleurs c'est plutôt en général "quelle abrutie, elle avait qu'à mettre son pied ailleurs...")
En fait vous lui avez même présenté vos excuses par automatisme, car vous avez bien été éduqué par vos parents et que vous savez que la politesse évite bien des conflits. Vous avez adhérez à vos valeurs.
Et en plus ça soulage votre conscience.
Parce qu'en fait le pied de la nana, vous vous en foutez totalement. Ok ça lui a fait mal, mais tant que c'est pas le vôtre de pied...
Vous n'avez pas honte ?

Parce que le remord c'est ça.
Se dire qu'on a fait ou pas quelque chose qui est en désaccord avec les valeurs des autres.

Après tout, la nana vous auriez pu l'envoyer au diable.
Si c'était en accord avec vos idées, vous n'auriez pas eu "mauvaise" conscience.
En vous excusant, en compatissant même, vous allez dans le sens de ce qu'attendent vos parents et les autres autour de vous.
Pour avoir "bonne conscience" on respecte donc bien des règles, une certaine morale sociale si vous préférez.

Mais lorsqu'on ne respecte pas ces règles et qu'on le sait, on peut le regretter.
Le regret et les remords ne sont pourtant pas les mêmes notions. Je reviendrai un de ces jours sur les regrets. Restons aux remords. 

Le remord c'est avoir envie de changer ce qui a eu lieu.
Se dire qu'on n'aurait pas du parce que la morale le réprouve. 
Or la morale c'est un truc appris auquel on accepte plus on moins d'adhérer.
La morale c'est "tu ne tueras point".
Pourquoi ? Parce que c'est mal.
On est bien avancé.

Certes mais une fois que c'est fait, faut il avoir des remords ?
Faut il se torturer la conscience en se disant "je n'aurai pas du, que vont en penser les autres ?"
Les remords, c'est d'abord la honte.
La peur des regards, la comparaison avec un comportemental social moyen et accepté par tous (sauf par vous du coup, sociopathe que vous êtes).
Le remord c'est pour ceux qui sont socialisés il parait.
D'ailleurs, si la nana à laquelle vous avez écrasé le pied vous traine au tribunal pour coups et blessures involontaires, on attend de vous que vous montriez votre socialité en exprimant des regrets mais surtout des remords. Il vous faudra demandez pardon et montrer votre humanité voire votre humanisme pour tenter de rester catalogué(e) comme être humain ressentant des émotions pour bénéficier d'une peine minimale.

Donc si vous avez des remords, vous êtes pardonné, voire innocenté.
Votre souffrance morale générée par le conflit entre votre "bonne conscience" et votre "mauvaise conscience" sera votre plus grande punition. Vous revoyez encore votre papa, représentant de la Loi familiale et sociale, vous tancer d'un doigt tendu en avant : "c'est pas bien ce que tu as fait, tu as fait une grosse bêtise, demande pardon"...

Comme si demandez pardon allait changer la grosse bêtise qui a été faite.
Parce que la nana à laquelle vous avez écrasé le pied, vous pourrez lui dire que vous avez des remords, vous pourrez lui payer tous les dommages et intérêts qu'elle veut, vous pourrez vous torturez l'esprit jusqu'à la fin de votre vie, jamais Ô grand jamais vous ne changerez le fait que vous lui avez écrasé le pied et qu'elle a eu mal. Ca été fait et ça restera écrit dans le passé.

Le remord c'est essayer de changer le passé. Et cela à la lumière d'une loi sociale.
Mais comme c'est impossible, il vous faudra faire avec.
Soit vous avez des remords et vous ne vivez que dans le but d'espérer que les choses changeront, soit vous n'en n'avez pas et basta, passons à autre chose !

Mais attention ce n'est pas pour cela qu'il ne faut pas avoir de regret. 
Nous allons y revenir.


Les remords d'Oreste


6 commentaires:

  1. D'où la fameuse question : vaut-il mieux avoir des regrets ou des remords ? ...

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  2. Bon alors, cas classique : je suis enseignante, un enfant frappe un autre suite à un conflit entre les deux. L'un m'arrive en pleurant qu'il a mal. Est-ce que je dois obliger l'autre à dire "pardon" ? Sachant qu'il n'a aucun remord puisque "c'est lui qui a commencé"

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    1. La question est d'abord de se demander pourquoi tu le punis. Pour lui ? Et lui apprendre qu'il ne faut pas recommencer. Pour la victime ? Pour que sa victimisation soit reconnue.
      Non l'enfant ne doit pas dire pardon, car il n'a pas à être pardonné car rien ne sera effacé. Mais il doit s'excuser avec la promesse qu'il ne recommencera plus (version soft) ou il doit être puni sévèrement afin que la loi sociale rentre (version "dure"), la sanction suffisant à la victime pour lui permettre d'être reconnue dans son statut. L'idéal étant par ailleurs de lui donner un travail à faire signer par les 2 parents afin de faire coïncider loi familiale et Loi sociale (mais ça devient dur...).

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  3. Un article très intéressant. La problématique du remord revient souvent hanter les personnes avec qui je travaille à mon cabinet (les regrets aussi d'ailleurs). Apprendre à vivre avec, ne pas se laisser broyer par ses remords et "laisser couler" n'est toujours simple.
    Passez un très bon weekend.

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