lundi 29 avril 2013

Dérives sectaires et thérapies déviantes


Sur 300 pages, sont visés le contenu de certaines formations, les "guérisseurs" et les thérapies liées au bien-être et leurs gourous tout particulièrement.

Pour faire très court, le constat qui n'est pas nouveau mais qui se développe, est qu'il existe de plus en plus de pratiques à visée thérapeutiques présentées comme millénaire et venant d'Asie reposant sur des techniques psychologisantes. La grande question étant de savoir si le "client" a affaire à un charlatan ou à un gourou ?

Il s'avère que ces pratiques censées axées sur le bien-être et la santé se traduisent souvent par des pratiques qui dégradent la santé physique et la santé mentale de celui qui les adopte. D'autant que le "praticien" ne se contente pas de son incompétence, il met en place une emprise psychologique dont son client n'arrive plus à sortir.

On va retrouver parmi les clients principalement des personnes malades (maladies graves) et/ou fragiles psychologiquement souvent en quête spirituelle, majoritairement des femmes entre 30 et 40 ans, ayant fait des études supérieures, célibataires ou divorcées.  La notion de "santé" corporelle et mentale est au centre des préoccupations du groupe et assoit la crédibilité du "gourou" en lui conférant une autorité dans son domaine.
"Autorité" qui se renforce via internet et la presse écrite qui, sous prétexte de remplir ses pages, transmet et conforte des informations erronées.

Quels impacts sur les patients ?
- altération de l'état physique
- altération de l'état mental
- rupture avec l'environnement
- remplacement des valeurs personnelles par les valeurs du groupe ou du gourou
- soumission à des exigences financières (qui peut être le paiement d'une formation à tarif élevé)
- prosélytisme
- croyances en promesses : salut, santé, pouvoir, bien-être...

Pour ces "praticiens", la médecine, la psychiatrie et la psychologie sont souvent désignées comme des pratiques ne servant qu'à enrichir les praticiens et les laboratoires au détriment de la santé des patients, mais en se basant sur des chiffres falsifiés ou sur quelques faits divers érigés comme comportements habituels. La force du psychisme y est placée comme cause primordiale à toutes les maladies, permettant l'arrêt des soins allopathiques et la mise en place de pratiques pseudo-psychologiques (régressions, vie antérieure, rééducation cérébrale, mémoire recouvrée...). Il ne s'agit donc plus de s'appuyer sur le savoir d'un praticien mais bien uniquement sur le "j'y crois" du patient.

Dans le meilleur des cas, ces nouveaux psychothérapeutes ont été formés en quelques heures et au maxi en quelques jours à leur nouvelle pratique, sans qu'aucun pré-requis ait été demandé... Permettant pour quelques milliers d'euros, d'accéder à de multiples formations... qui permettront aux "praticiens" de former d'autres thérapeutes afin d'arrondir grassement les fins de mois. 

Les patients/adeptes, eux, pensent que ces pratiques n'ont aucun impact sur ce qu'ils sont, donc que ça vaut le coup d'essayer. D'où l'apparente absence de danger qui continue à être véhiculée. D'autant plus que les pratiques "ancestrales" ou "chinoises" ont été adaptées au marché européen pour les rendre attractives et n'ont souvent plus rien à voir avec la pratique réelle locale où elles sont parfois bien moins hédonistes et plus contraignantes. Sans compter que parfois on redécouvre un savoir oublié, qui n'a jamais été connu auparavant !

Il faut dire que la tentation est parfois grande d'avoir recours à ces pratiques. Vous avez beau surfer sur des sites ayant reçu l'accréditation HON (Health On the Net) en matière de santé, il apparaît souvent sur le côté des publicités pour des sites de thérapies déviantes, publicités qui elles ne sont pas contrôlées, n'ont pas reçu d'accréditation en aval et qui peuvent apparaître comme valables du fait de leur apparition dans un site médical qui lui est accrédité donc considéré comme sérieux !

Pour conclure, les rapporteurs montrent que si tant de personnes se tournent vers des voies si farfelues pour se soigner, c'est qu'il existe un vrai malaise dans la relation patient/médecin et dans la façon dont sont présentées les avancées scientifiques. 
De même, il existe une confusion actuelle dans l'attente de la médecine où le patient pense "être guéri" et la praticien pense "soigner".
Tout ceci n'étant pas aidé par le fait que toute pratique non conventionnelle peut se voir mise en place par une personne qui se présente avec l'intitulé de "thérapeute", ce qui va enclencher une approche peu méfiante par le client.

Mais si les dérives sont faciles à cerner, la dérive sectaire ne l'est pas aussi facilement d'autant qu'il y a peu de plainte lorsqu'un "adepte" arrive à sortir de l'emprise. Nos lois sont basées sur le libre-consentement adulte, ce qui est contradictoire avec l'idée d'être sous l'emprise en situation de faiblesse, un adulte -par nature- n'étant pas censé être en état de faiblesse.

Vous verrez à partir de la page 209 du rapport les recommandations faites pour lutter contre la pratique des thérapies déviantes / non conventionnelles et contre leurs éventuelles dérives sectaires. On retiendra :

- L'accréditation de la Haute Autorité de Santé de tous les praticiens quelque soit leur domaine d'intervention
- Inscription de ces praticiens auprès de l'Agence Régionale de santé avec obligation de contrôle de leur pratique
- contrôle du titre de psychothérapeute avec possibilité d'interdiction de pratiquer en cas de nécessité
- suite à diagnostic de maladie grave mise en place un accompagnement
- à l'hôpital, pratique des thérapies non conventionnelles à titre expérimental avec contrôle interne

Certaines recommandations sont totalement absurdes, car il est évident qu'il y a aura un impact positif jusqu'à un certain "point" puisque le patient y croit. Ensuite, le suivi des patients adeptes de ces thérapies déviantes sera difficilement mis en place. Je vois mal comment on saura qui a suivi quoi... La notion de bien-être durant la thérapie sera obligatoirement présente. C'est lorsqu'il sort de l'emprise que le patient se rend compte qu'il ne va pas bien pas pendant qu'il y a recours... Quant à l'obligation de formation de ces praticiens au sein de DU universitaire, elle ne fera que renforcer l'idée que le praticien a une autorité médicale (d'autant que j'aimerais savoir comment pourra être enseignée une thérapie considérée comme déviante, non fiable, non validée et potentiellement dangereuse)....







2 commentaires:

  1. Inspirée par les télé-réalités de "Brat Camp", je viens de me pencher sur les programmes pour adolescents difficiles (aux Etats-Unis), et je suis choquée. On propose aux parents désespérés des séjours-nature pour environ 320$ par jour. Pas den contact entre parents et enfants, sauf par lettre (censurées du côté du camp), et c'est le camp qui décide quand le jeune est assez "redressé" pour pourvoir retrouver ses parents. Entre-temps, les parents ont une séance téléphonique hebdomadaire avec le "psy" du camp, pendant lequel ce psy cherche à les convaincre que les 2 mois du camp-nature ne suffiront pas, mais qu'ils recommandent un séjour prolongé en internat (qui appartient au même groupe) et qui fonctionne aussi selon le principe de l'humiliation et des privilèges (sac de couchage, brosse à dents, etc) qu'il faut mériter.

    A mon avis, il faudrait mettre en garde les parents qu'un programme qui n'admet pas de communication fréquente et non-censurée entre parents et enfants comporte de gros risques d'être manipulatif, ainsi que des risques d'abus.

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    1. Merci pour cet éclairage.
      Ce n'est pas si simple. Par exemple avec les ados anorexiques / boulimiques, il est évident qu'il faut une coupure d'avec le milieu familial (dans lequel on le renvoit néanmoins pour qu'il rechute mieux). Pendant longtemps, on a coupé les parents de ces enfants. Les enfants allaient mieux. Puis les parents se sont insurgés -à juste titre quand même- car ils ne savaient pas ce qu'on faisait subir à leurs ados et ont eu peur de manipulation mentale. L'accès aux parents a donc été réouvert... avec toutes la diminution de progrès qui va avec...
      Le problème ce n'est pas tant le manque de communication parent/enfant que la dérive des praticiens qui sont au centre de ce qui est proposé. Dans l'exemple que tu poses, personne ne semble se demander quelle influence le milieu d'origine influence a sur les comportements de ces ados. On part du principe que c'est l'ado qui pose problème et que si problème il y a c'est obligatoirement intrinsèque à l'ado. Et comme c'est plus facile, les parents plongent dedans (surtout ne pas se remettre en cause, sauf 1 fois par semaine mais en fait pour se donner bonne conscience). On n'est pas en dérive sectaire, on est en démarche financière. Au détriment de ces gosses... qui se retrouvent soumis à tous les sadismes possibles sans contrôle sous prétexte de les faire entrer dans le "droit chemin". Or on sait depuis longtemps que pour que ce type de programme fonctionne il faut que le patient (ado ou adulte) soit demandeur et adhère au programme. On est donc pas dans une dérive sectaire, mais dans une thérapie déviante purement commerciale axée sur le mieux-être.

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