jeudi 25 avril 2013

Le sport c'est la vie. A moins que ce ne soit l'inverse...

Un patient habitué depuis quelques mois a décidé de changer de vie. C'est plutôt constructif dans son cheminement. 
Il a décidé de se mettre dans le sport. Pas au sport, parce que ça y a longtemps qu'il en fait, mais là ça devient sérieux.

Nos séances sont toujours éprouvantes (pour lui et pour moi) mais très stimulantes.
Et voila que notre dernière séance prend une tournure inattendue.
Nous parlons sport pendant 45 minutes. 
Il me raconte un match, la position des joueurs, leur psychologie, sa place à lui, sa relation à l'arbitre....
Je ne connais rien dans son sport, mais bon les sports d'équipe ce sont des règles, de la stratégie et de l'humain.

Ensuite il me dit en se marrant que cette séance n'a pas servi à grand chose parce qu'il n'a fait que parler sport.
Et je passe les 15 minutes restantes à lui expliquer qu'en fait il me parle de sa famille depuis la début de la séance.
La place de chacun et le rôle tenu par chacun. Sa mère, sa fratrie, son père...Sa place à lui, à la fois dedans et dehors. Son rôle de liant et d'observateur. Celui qui prend les initiatives et qu'on accepte dans ce cas, et celui qui gène et qu'on préfère ne voir que de loin... Celui qui va engueuler l'abuseur et qui de dit rien pour aller protéger la fratrie....

Bref, dans une salle de sport ou sur le terrain parfois on rejoue ses relations familiales au détail près...
Pourtant et heureusement, les enjeux ne sont pas les mêmes.

(et l'arbitre à vachement pris parce qu'il a servit de substitut symbolique de l'agresseur !)



4 commentaires:

  1. J'aime bien cet article car il m'amuse, il semble tout bête mais je m'interroge (comme d'hab!). A quel point ce que tu racontes est généralisable et est particulier au patient ? La structure d'une équipe est assez semblable à celle d'une famille avec un capitaine, un pivot... est-ce que tu veux dire que la place qu'on occupe est toujours celle qu'on occupe dans une famille ? Est-ce que la vision du rôle ou du comportement des uns et des autres est toujours liée à celle de l'enfance? Que dire des sports individuels ?

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  2. Les deux mon capitaine ! Le vécu de chacun est bien sur totalement individuel et chacun va projeter aussi sa personnalité dans ses relations sportives. Il est évident que dès qu'on intègre un groupe et qu'on en fait partie, on recréé les relations familiales. Chacun reprend sa place et si la place n'est pas donnée, tout va être mis en oeuvre pour que cette place finisse par être attribuée. On retrouve les mêmes relations au travail d'ailleurs. Encore une fois les types de personnalités existant ne sont pas nombreux. Du coup, il est très facile de retrouver chez une personne des traits de personnalité de sa mère, de son père, de son frère... Et on lui attribue ce rôle. En lui attribuant ce rôle, on se replace dans le même relationnel.
    Le tout étant de s'en rendre compte et de changer les places.
    Oui les comportements que nous avons au quotidien sont les mêmes que nous avions dans l'enfance, des comportements innés mais surtout appris. On les colle partout. Encore une fois, il est possible de s'en défaire dans une grande proportion, mais pour cela il faut se rendre compte de ce qu'on fait (comportemental), de pourquoi on le fait (analyse) et il faut vouloir le changer (cognitivo-comportemental). Ce n'est pas toujours nécessaire ! Des fois ce qu'on a appris est inadapté car on a tendance à coller nos acquis n'importe où, car comme ça marche souvent, on va à la facilité. Mais ça peut être totalement inadapté dans certaines circonstances ou dans certaines relations. Donc sans cette approche analytique dirai-je de nos comportements, nous reproduisons dans tout groupe nos relations familiales.
    Pour les sports individuels, c'est autre chose. Encore que.. Pourquoi choisit-on un sport individuel ? Que dit-il de nous aux autres ? Que dit il de nous sur nos relations aux autres ?

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  3. Après quelques décennies de sport d'équipe, je ne suis pas du tout d'accord avec toi ! (mais je ne dis pas que tu as tort, attention, vraie nuance)
    Plus précisément, je ne vois pas comment les liens familiaux peuvent être retranscrits au sein d'une équipe. Pour peu qu'on soit sérieux et que le but à atteindre est l'amélioration du groupe pour tendre vers la victoire, on doit passer se focaliser sur le concret en faisant abstraction du vécu des gens, alors encore plus à ce qu'ils pensaient quand ils étaient gamins !

    Par contre, il y a un fait évident, c'est que le comportement des gens dans une équipe est très souvent en relation avec son caractère (normal), son boulot et les traits de caractères inhérent à son boulot. Mais ce qui est rigolo c'est que quand je dis "en relation", c'est soit exactement la même chose soit exactement l'inverse !
    Souvent, le gars qui est chef de service aura tendance à être capitaine, à motiver les autres, le gars qui est avocat aura tendance à discutailler avec l'arbitre, etc... mais parfois, le gars se comporte exactement à l'inverse que ce qu'il est dans la vie, l'introverti silencieux et calme devient une furie sur le terrain, le pacifique met des poires à tout le monde. ça me fait souvent penser au PDG qui une fois le travail terminé aime est le dominé dans une relation SM.

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  4. Réponse tardive...
    Ce n'est pas que ces personnes réagissent à l'inverse de ce qu'ils font habituellement, c'est qu'ils appliquent leurs mécanismes de défense (ou les font tomber). Or comme tu le soulignes si bien, nous ne réagissons pas avec un seul registre... C'est comme un gamin avec ses parents, soit l'enfant suit la digne lignée, soit il s'y oppose. Là c'est pareil.
    Leur réaction n'est pas tant liée à leur emploi que leur emploi à certaines préoccupations profondes et leur tempérament/éducation. On ne devient pas avocat par hasard, pas plus que PDG... Pas plus qu'on ne choisit et surtout qu'on continue à pratiquer le rugby ou le tennis par hasard.

    Un coach est normalement centré sur les compétences et les résultats, mais la notion de coaching sans comprendre comment fonctionne psychologiquement une personne est assez limité. Chaque participant réagit avec ce qu'il a appris enfant et adolescent. Son choix de place dans l'équipe, ses réactions tout cela ne peut être pris en compte sérieusement. Alors le coach (ou le capitaine) n'est pas un psy, il ne cherche pas à savoir pourquoi untel se comporte en petite fille ou en sadique, mais le coach est bien obligé d'en tenir compte.
    Certain restent des "petits garçons" face à l'arbitre ou au capitaine, d'autres se rebellent contre ces images parentales et se défoulent sur eux... Une équipe c'est une famille, chacun rejoue ses propres scènes et les retricotent à sa façon...
    Il faut faire de la métacognition ou avoir fait une bonne psychothérapie pour ne pas rentrer dans ses jeux relationnels. C'est encore assez rare chez les joueurs...




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