mercredi 22 mai 2013

Ces adultes en mal d'affection

J'ai enfin fini de corriger mes copies... Tadaaaa me revoila !


Une de mes patientes me disait un jour "ce que j'attends de ma relation à un homme c'est d'abord qu'il me fasse un câlin".

Moouuiii... Euh c'est quoi faire un câlin ? C'était pour cette femme le simple fait d'être prise et serrée dans les bras. Ressentir la chaleur, la douceur, un soutien aussi.

Cette femme était séparée depuis quelques temps. Elle vivait seule avec ses enfants.
Elle avait grande envie de refaire se vie affective et cherchait un compagnon.
A chacune de ses rencontres avec la gente masculine, ça se passait bien tout au début. Ca discutait autour d'un café, puis d'un apéro. Puis venait le jour où on lui proposait d'aller au restaurant puis au théatre ou au cinéma.
Dans la pénombre elle se laissait aller et se blottissait dans les bras de son nouveau "compagnon".
Elle était bien là, cette étreinte à la fois douce et ferme convenait à son état d'esprit.
A la sortie monsieur raccompagnait madame à son domicile et là devant la porte, encore une fois, elle se blottissait et lui l'embrassait.
Aïe aïe, c'est là que ça clochait. Sous un prétexte bidon de fatigue, de boulot... elle rentrait rapidement chez elle et laissait monsieur sur le palier.
Elle ne voulait pas être embrassée. Elle voulait juste être dans ses bras.
Ce n'est pas qu'elle ne voulait pas de sexualité, mais pas si vite et surtout pas tout le temps.

Il semblait évident que sa relation aux autres, en tout cas aux hommes, étaient totalement immature.

Sa relation ne vous fait-elle pas penser à ce que font les adolescents ? Rappelez les jeux de regard dans le couloirs du lycée, les gloussement débiles à la dérobée, puis un jour un premier baiser suivant de longs moment passés dans les bras l'un de l'autre. Des heures parfois, juste là, ensemble, oubliant le temps, les difficultés, les parents, le monde. Juste être bien. 

Et sans vouloir être caricaturale, il faut bien avouer que c'est un truc de fille. Je me souviens de mes copines qui m'expliquaient combien elles appréciaient ce temps perdu dans la chaleur de l'autre. Une étreinte sans souci, sans sexualité envisagée, une espèce de fusion. Sur l'autre versant, les gars ne comprenaient pas bien pourquoi leur nana voulait tout le temps se blottir contre eux. Certes c'était sympa, mais un peu long et parfois lassant. Ce n'est pas qu'ils voulaient absolument "aller plus loin" mais bon rester pendant des heures à serrer l'autre, y a des limites.

Bien sur cela peut renvoyer vers le besoin d'affection parentale. Or, s'il est vrai que ces personnes ont été carencé affectivement dans leur enfance, elles ne cherchent pas les bras de leurs parents. Ma patiente par exemple, expliquait très bien qu'elle n'avait pas envie de se blottir dans les bras de sa mère (qui de toute façon n'étaient pas considéré comme donnant de l'affection) ni même dans les bras de son père (elles s'y serait sentie mal à l'aise car cela lui semblait infantile).

Normalement; si tout c'est à peu près bien passé, le jeune adulte n'a plus besoin de recherche d'affection parentale, cette affection, cet amour, il l'a intériorisé et il s'en sert pour se rassurer lui même, pour nourrir son estime de soi et être sûr de lui dans ses relations.

Ici rien de tout cela. Il s'agit bien de trouver ce qui n'a pas été reçu, mais si la recherche a bien été déplacée hors du cercle familial ce n'est pas parce que l'Oedipe est résolu mais c'est parce que l'affection ne peut être trouvée au sein de ce cercle. Il s'agit donc d'aller chercher un(e) partenaire qui va "faire office de". La sexualité est alors naturellement peu recherchée puisque ce partenaire vise à combler un manque affectif parental.
Qui viendra en même temps apporter un comportement de réassurance, nourrir la faible estime et le pousser à être sûr dans ses relations. Ce que cette personne ne peut faire seule.

Le problème est que l'autre n'est pas spécialement dans cette problématique. La personne en "mal d'affection" va donc devoir faire face à des partenaires qui sont en phase de recherche affective ET sexuelle. C'est cela être adulte, c'est entrer dans la phase de sexualité. Certes nous recherchons tous de l'affection car c'est quand même sympa de se sentir aimé(e) et c'est valorisant, mais nous n'avons pas sans cesse besoin qu'on nous le dise, qu'on nous le prouve et qu'on nous protège. Nous savons nous débrouiller seul(e)s.

Ces adultes en quête d'affection restent donc "coincés" à un stade infantile où il y a un vide affectif pressant. Un stade pré-génitalisé. La sexualité existe, mais elle sert surtout à faire baisser les tensions ou à faire simplement plaisir à l'autre ou lorsque le plaisir est présent, il faut passer par une phase de préliminaires longue et rassurante. 

Rien ne viendra jamais complètement comblé ce qui a été perdu ou ce qui n'a pas été reçu. Et même si le parent qui n'a pas su apporter cette affection le peut aujourd'hui, c'est trop tard. Une psychothérapie pourra aider à retrouver l'estime de soi qui a son tour viendra nourrir la réassurance qui comblera en partie le vide, mais la quête de l'affection parentale restera présente dans la recherche du partenaire. 


Ou prenez un chien...




13 commentaires:

  1. C'est tellement vrai et tellement bien expliqué. Là ou je te rejoins c'est lorsque tu dis que rien ne peut combler ce qui n'a pas été reçu.
    Et le soutien d'un "parent de substitution" même à l'âge adulte? Quelqu'un avec qui justement il ne peut rien se passer sexuellement parce qu'il est investit de ce rôle de parent; ça peut améliorer les choses, non?

    Kirikou

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    1. Oui un parent de substitution est une aide précieuse. Mais jamais il ne remplacera totalement le parent déficient. Ces enfants devenus adultes sont toujours dans l'espoir que le parent déficient se rende compte du manque et le comble. Mais même si cela arrive c'est trop tard...

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  2. moi là où je te rejoins moins c'est d'expliquer ça par un manque d'affection parentale dans l'enfance...(c'est vrai pour beaucoup de gens je n'en doute pas, mais bon en lisant ça je me suis reconnue dans tout ce que tu décris...au détail près que j'ai eu des parents très aimant, même si un des deux était loin)

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    1. Feo tu es parfaitement consciente du paradoxe que tu écris. Tu essaies de te convaincre c'est ton droit, mais tout est dit...

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  3. Votre article est très intéressant et me fait penser à une patiente que je suis actuellement, toujours dans la cherche affective et de tendresse mais un peu détachée de la sexualité (qui lui semble secondaire, presque accessoire). Comme vous en parlez dans votre article elle aussi a eu un parent déficient qui n'a pas été présent ni tendre pendant son enfance...
    Cette volonté de combler le manque affectif qui a eu lieu pendant l'enfance, sans jamais y arriver semble présente chez elle aussi.

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    1. Impossible de combler. Il existe une insécurité chez la personne qui ne peut être comblée que par le parent déficient. Parfois, le parent arrive à se "réveiller", ça aide vraiment le patient à avancer, même si on ne rattrape pas la totalité du manque. Mais souvent le parent ne réagit pas ou, au contraire, face à la demande de l'enfant adulte ne voit pas nécessité d'intervenir ou trouve qu'il est trop "grand", ces patients là avancent en psychothérapie mais reste quand même avec une lacune affective importante qui aura toujours un impact sur leur propre vie affective. Et s'il y a eu des traumas en plus par dessus tout ça, dur dur !

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    2. je dirais même qu'on apprend à intégrer une donnée importante : que l'on court après notre perte, car le parent déficient ne sera jamais à la hauteur de nos attentes. Alors, soit on accepte et on en fait le deuil, soit on continue de se faire souffrir.
      C'est très paradoxal finalement, car on cherche toute notre vie l'affection des parents et quand ils se "réveillent", on les rejette ! il y a comme une fausse note... pour ma part, ce n'est pas un réveil, il y a un intérêt à reconquérir le coeur des enfants, comme s'ils se rendaient compte en vieillissant, qu'ils allaient mourir seuls comme des vieux cons ! et les parents qui sont vraiment sincères généralement rattrapent le temps perdu avec leurs petits-enfants... l'amour d'un enfant, ça se mérite...
      ici, j'évoque ma raison du "il est trop tard...", quelles sont les autres raisons psychologiques qu'il vous est possible de nous dévoiler ?
      Marianne

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    3. Je ne pense que ce n'est pas une question de "hauteur" du parent, c'est une question que le temps à fait son effet. L'enfant intérieur attend toujours une réponse, mais le parent voit désormais un adulte et donne une réponse adulte à un adulte, ce qui n'est pas adéquat.

      Il n'y a rien de paradoxal. C'est comme une cicatrisation. Tant que ce n'est pas cicatrisé, ça fait mal, mais une fois que c'est fait on n'y pense plus et surtout on ne veut plus y penser car cela ramenait à une souffrance.

      On ne rattrape jamais rien. Le passé est le passé. Et les petits enfants ne sont pas les enfants. C'est juste que la relation est différente, un grand parent n'a pas de responsabilités éducatives envers ses petits enfants, cela le libère de contraintes et d'attentes. C'est donc plus simple et plus détendu.

      L'amour d'un enfant ne se mérite en rien. Un enfant aime ses parents, ses proches, ses amis, son chien sans rien demander. On ne choisit pas d'être aimé ou d'aimer. Les pires parents maltraitants sont aimés de leurs enfants. Il n'y a pas de donnant/donnant dans l'amour. Savoir pourquoi on déteste est facile, pourquoi on aime est quasi impossible à savoir.

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    4. Le fait de prendre ses distances voire même couper les ponts, est-ce une (bonne) conséquence de cicatrisation ?
      sans rejeter mais juste dire, voilà j'ai grandi, je sais ce qui est possible et impossible, j'ai compris des trucs, je n'ai plus besoin de vous (présence pompeuse et négative j'entends), sans les renier non plus car certains de nos traits viennent d'eux. Ce serait rejeter une partie de nous-même.
      Je reformule juste ma phrase "l'amour d'un enfant, ça se mérite", d'accord avec vous sur le sentiment d'amour, alors je dirai plutôt que l'attention et la présence des enfants dans la vie, ça se mérite...

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    5. Tout le paradoxe de la psychothérapie est que lorsque le psys dit au patient "il faut couper le cordon avec le(s) parent(s) toxique(s)" le patient entend "il ne faut plus leur parler, plus les voir, ne plus les aimer".... Or ce n'est pas ce que dit le psy. Le psy dit qu'il faut prendre de la distance. La distance logique et normale, la distance qui fait que les parents élèvent leur enfant dans le but qu'il s'en aille, se débrouille seul et n'ai plus besoin d'eux. Il y a des enfants qui n'y arrivent pas et plein de parents aussi ! Ce qui génère beaucoup de troubles... Mais tout cela ne veut pas dire ne plus aller les voir, ne plus les aimer, ne pas les aider ou les soutenir.

      Le jeune adulte doit dire "je suis adulte", mais faut il encore que les parents entendent et/ou acceptent. C'est là que c'est difficile. D'où la nécessité parfois de recevoir les parents avec le jeune adulte pour les réveiller. Mais bon ça marche le temps de la consult et une fois partis souvent les mauvaises habitudes reviennent ! lol

      Aucun trait ne vient de tes parents ou de ton éducation. Tu es ce que tu étais à la naissance. Le tempérament ne change jamais. Ce qui existe c'est ce que ton environnement à tenter de faire de toi. Tu étais trop ceci ou pas assez ça, donc on va renforcer certains traits ou tenter d'empêcher l'expression d'autres. La psychothérapie va tenter de gommer les apprentissages. Pas tous, car certains sont adaptés, mais d'autres pas. Puis une fois "effacés" il faut les remplacer par autre chose. Et ça c'est le gros boulot du patient.

      Je ne suis pas d'accord avec toi. je comprends que les parents aimant soient ravis de voir leurs enfants, mais des enfants qui sont heureux, vivent leur vie et sont heureux devraient rendre fiers les parents. Cela veut dire qu'ils ont réussi leur éducation : leurs enfants n'ont plus besoin d'eux pour avancer. Tout le reste n'est que biais culturel.

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  4. Donc ce sont des personnes asexuelles ? C'est "soignable" ?

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    1. oui très chère. Même s'il n'existe pas de pilule miracle. Et uniquement si le patient fini par trouver de l'intérêt à vouloir avoir une sexualité, or ce ne sera jamais le but de la consultation. Maintenant il faut rechercher d'autres causes, comme l'absence de sensations qui peut être physiologique ou la frigidité, liée à un trauma ou à une peur... Bon ceci dit, ce n'est pas une tare non plus. Ca ne gène pas le patient ni son entourage, ni la Société alors sur du coup, on ne peut pas dire que ça mobilise beaucoup.

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    2. C'est rigolo, mais plus j'y pense et plus je me dis "mais c'est bien sûr !"
      Je connais 2 personnes comme ça, dont l'une a manqué d'un père et est très gamine dans son comportement, et l'autre a un père absent et une mère folle. Je ne comprenais pas pourquoi elles étaient si peu attirées par le sexe.

      Est-ce qu'il existe des "degrés" d'asexualité ? Par exemple, si une personne a une faible libido, mais qu'elle dit bien aimé quand même faire l'amour, est-ce que c'est une personne "un peu asexuelle" ou juste une personne qui n'a pas beaucoup de libido ? Si cette même personne a manqué de l'amour d'un des deux parents et a eu une petite agression sexuelle durant l'enfance, on peut conclure que son manque de libido viendrait de là ? Ou peut-être que j'essaye de simplifier ce qui est complexe

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