lundi 27 mai 2013

Ces parents pseudo affectifs

Continuons notre quête du Graal.

Il a été de bon ton pendant un certains -et cela en s'appuyant sur les dires de certains psys- que quitte à être peu présente il fallait que la présence parentale soit de bonne qualité. 

Certes, ça parait une évidence. Quant à faire, les 5 minutes passés avec les enfants doivent être vraiment passées avec eux par la présence mais aussi par la pensée. Car si le parent continue à penser à son travail pendant ces 5 minutes, c'est comme s'il n'était pas là. 

Comme vous dira tout psy, 

absent physiquement ou absent psychiquement, même combat.

Car certains parents sont très présents physiquement mais pas du tout psychiquement.

Deux exemples :

- Deux enfants frère et soeur qui présentent des troubles des comportements assez importants. Les enfants sont vus par le psy scolaire qui fait un joli signalement pour négligence. 
Arrive un psy (moi !) qui constate au premier abord que la mère est très dispo. Elle ne travaille pas et reste à la maison. Elle amène les enfants à l'école et va les rechercher tous les jours. Une fois les enfants rentrés que fait-elle ? Elle fait à manger (elle n'a pas eu le temps la journée) isolée dans sa cuisine. Une fois les cuissons lancées, elle vient au salon et prend son mobile à la main. Elle vit le mobile scotché à l'oreille. Si on en l'appelle pas, elle téléphone. Elle reçoit des tonnes de SMS, en envoie tout autant. Que font les gamins pendant ce temps là ? Ils tentent de faire leur devoir. "maman, je comprends pas". Elle hurle "tu vois bien que je suis au téléphone !". La plus petite arrive en demandant que ce qu'elle pourrait manger pour la goûter. la mère hurle "tu vois bien que je suis au téléphone, alors tu te débrouilles !". Et c'est comme ça tout le temps. Même lorsqu'on se mari rentre, elle reste avec son mobile greffé sur l'oreille. Elle parle à sa mère, à sa soeur, à ses copines, à un ami, à sa mère à nouveau, à sa belle mère, aux mères rencontrées à l'école, aux voisines... Ca ne s'arrête jamais. Même à table. En fait si. Quand les gamins vont au lit. 

La mère est donc présente physiquement, mais elle est inaccessible. Elle n'est pas présente non plus psychologiquement, elle est disponible pour les autres qui sont invisibles. Les enfants ont bien compris qu'ils gênent  qu'il ne faut pas la déranger. Faire comme si elle n'était pas là. D'ailleurs elle n'y est pas.

A l'extérieur c'est une mère dévouée, toujours présente pour ses enfants. 


- Un grand ado. Dépressif, terriblement attaché à sa mère. Il ne se trouve que des copines dominantes. Il n'existe pas dans ses relations. Il est persuadé qu'il n'est aimé de personne. Il n'est personne. Il se sent vide et courre après l'affection de sa mère. justement, sa mère ? Très présente dans son enfance et même encore aujourd'hui. Un mère surprotectrice, angoissée. Une mère qui le prend beaucoup dans ses bras et qui lui dit que quoi qu'il arrive dans la vie elle sera là pour l'aider à s'en sortir. Et puis psychothérapie de l'ado.

il dit que sa mère a toujours eu peur qu'il lui arrive quelque chose car elle n'aurait plus personne pour la soutenir. Elle devance toutes ses envies, d'ailleurs il n'a même pas le temps d'avoir des désirs, des besoins, tout est prévu, anticipé. Elle ne lui demande pas si ça lui plaît, si il aimerait que... non, c'est comme ça, c'est pour son bien. Des fois sa mère est triste, elle prend alors son fils dans ses bras et se console en le serrant contre elle. 

Elle est très présente, mais l'enfant n'existe pas. Il a une fonction : consoler sa mère. C'est un doudou. Mais il n'a pas le droit d'être, de penser, d'avoir des envies. Elle ne lui donne pas d'affection, elle attend que ce soit lui qui lui en donne. Elle prend mais ne donne pas.


Dans ces deux exemples, on voit bien que la présence voire l'hyperprésence ne sont pas synonymes d'affection ou de soins envers l'enfant. Un parent peut être là, occupant l'espace, mais sans rien donner, sans être disponible, sans penser à l'enfant et même en le rejetant tout en faisant semblant de s'en préoccuper. 

Mais l'enfant n'est jamais dupe. Le parent aura beau être présent, l'enfant sait qu'il ne l'est pas. D'ailleurs petits les enfants le disent "tu penses à autre chose" ou "tu fais autre chose en même temps".

Le parent est persuadé qu'il fait bien ou qu'il est là et que cela suffit.

Or c'est la perception que l'enfant en a qui est importante. C'est sur cette perception qu'il se construit solidement ou avec des vides à combler et des quêtes à mener. Trouver ce qui semble important pour l'enfant n'est pas facile, mais c'est en écoutant ce qu'il en dit qu'il faut réajuster.

Tous les mobiles et webcams du monde
ne compenseront jamais une présence physique et psychique réelle... 
même si ça aide bien.



4 commentaires:

  1. J'en vois énormément des mamans comme ça dans mon entourage...enfin, surtout le deuxième exemple!! Tout le temps...souvent elles me disaient que je comprendrais quand j'aurais un enfant. Maintenant que j'en ai un (21 mois) je ne comprends toujours pas. Elles disent de moi que je suis froide et méchante. Que je suis un parent tyran. Juste parce que pour moi avoir un enfant, c'est pas avoir un ptit chéri, un ptit coeur d'amour...bref, non, moi j'ai pas de petit coeur d'amour (enfin si, mon mari) mais j'ai un fils qui s’appelle Louis (et pas d'autre surnom débilisant) dont j'ai la responsabilité. Et le hasard (qui fait souvent bien les choses) fait que je l'aime. En espérant qu'il m'aime également en retour mais c'est vraiment pas le plus important. Je crois que les mères n'ont plus de prises de distances avec leur enfant (toujours en pensant à ton second cas) et qu'elles tentent simplement de combler un manque affectif mais elles se trompent (Euh...en même temps je ne t'apprends rien!^^). Ce n'est pas vers leur enfant qu'ils faut se tourner, mais vers leur conjoint! Laissons respirer nos enfants comme tu le dis, et peut être que la société de demain s'en portera bien mieux...

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  2. J'adore j'adore !
    (l'article, pas les parents pseudo affectifs !)

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  3. vous êtes passée chez moi quand j'étais petite ?? hihi! :)
    je reconnais le premier exemple : mère au foyer, et père souvent en déplacement pendant plusieurs mois. Pas d'amour, pas de gestes affectueux, pas de communication,pas de jeux ensemble, très mauvaise cuisinière (quand elle cuisinait!), bref, la liste est longue...
    et une fois adulte, entendre ses parents dire : "avec tout ce que j'ai fait pour toi!"
    De l'extérieur, une mère parfaite et tellement généreuse !
    wouaho ! parfois je me dis, psychanalyser les parents est peine perdue, mais il faut sauver les enfants. La psychothérapie m'a beaucoup aidé (une fois adulte, car "les psy sont faits pour les fous!"), parce que j'étais curieuse et motivée pour changer. un pas difficile qui, malheureusement, ne sera pas fait par beaucoup de futurs adultes traumatisés...
    Marianne

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    1. La psychanalyse n'est intéressant qu'en travail individuel. Ici il faudrait une psychothérapie familiale et systémique. Je reçois des enfants et des ados dont les parents sont toujours persuadés qu'ils sont parfaits et en 1 consultation je cerne la problématique des parents. Il y en a qui acceptent ce dont je leur fait part et qui se remettent en cause, d'autres pas du tout (et qui disent "je suis comme ça on va pas me changer") et qui mettent tout sur le dos de leur gamin... Dans le 1er cas, les relations évoluent assez vite, dans le second cas le psy se contente de donner des armes de résistance à l'enfant...

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