vendredi 31 mai 2013

Etre "vierge" en 2013

Alors que je roulais tranquillement sur l'ex nationale 20, je me retrouvais arrêté à côté d'une voiture au volant de laquelle une gentille dame se curait le nez avec le doigt. Si profondément que je me demandais si elle n'allais pas réussir à y mettre le coude. Et tout cela avec autant d'énergie qu'une séance d'aérobic. Ensuite elle avalait goulûment ce qu'elle sortait de son nez. Je la laissait me doubler et me traînait pour ne -surtout- pas me retrouver à nouveau à côté d'elle. Il y a des visions horribles qui dépasse les pires scènes de l'exorcisme auxquelles je n'arriverais décidément pas à m'adapter...

Néanmoins, si je puis dire, cela m'amena à me poser la question de savoir si un telle pénétration si jouissive avait une connotation sexuelle. Depuis Freud vous le savez, je ne pense qu'au sexe et je n'ai de cesse de remettre la libido de chacun de mes patients en état d'hyper fonctionnement.

Mais il y a des limites. Lorsque mes jeunes patients entre 13 et 14 ans me parlent de sexe, ça ne me pose aucun problème. Ils sont même plutôt contents qu'enfin quelqu'un leur en parle comme à des "grands" et pas comme des bébés nés dans les choux ou les roses. Si la question n'est jamais vraiment posée, elle est là : comment perdre sa virginité. Les garçons ne se moquent-ils pas des puceaux qui les entourent (et qu'ils sont eux mêmes) ? Les filles sont plus sympas entre elles, mais savoir si on va enfin trouver la prise mâle qui viendra se ficher dans la prise femelle reste une source d'angoisse.

Aussi il faut bien se poser la question : aujourd'hui qu'est-ce qu'être "vierge" ?

Je ne remonterai pas au temps des dinosaures (où je rappelle à mes détracteurs que je n'étais pas encore née), ni même à l'Egypte antique (non je ne suis pas momifiée), mais rappelons nous que nous sommes une Société judéo-chrétienne depuis un certains nombres de siècles et que si le Concordat de 1905 a instauré la séparation des l'Etat et de l'Eglise, les préceptes religioso-sociaux n'ont pas vraiment évolué. Ainsi il était de bon temps de se présenter "vierge" à son mariage. Vierge, ne voulait pas dire qu'on était né en août ou début septembre (enfin pour certains si), mais bien qu'on s'était abstenu de toute relation sexuelle. Entendez par là de toute pénétration vaginale. Et n'entendez rien d'autre, car il n'était pas question d'envisager d'autres types de pénétration, même si je soupçonne fortement à la vision de quelques gravures moyenâgeuses que des pratiques que nous dirons déviantes avaient largement libre court à l'époque. Surtout comme moyen de contraception. 

Bref, si depuis plus de 2000 ans la notion d'enfantement sans pénétration reste le rêve de tout bon chrétien (l'immaculée conception étant un concept d'enfantement sans sexualité mais surtout sans plaisir, sensation impure, ce que nous retrouvons chez les calvinistes). Mais mes digressions religieuses ne vous apportent rien et à moi non plus d'ailleurs.

Car, l'évolution du code pénal est telle qu'il reconnait comme acte sexuel tout type de pénétration : sodomie (anale), fellation (buccale), doigté (digitale) et bien sur coït (vaginale) et j'en oublie sûrement.
Si l'on considère qu'être vierge c'est ne pas avoir eu de relations sexuelles, cela revient à dire qu'il n'y a jamais eu dans le parcours tous les types de pénétration ci-dessus. 
Or, la grande question est de savoir si on est vierge parce qu'on n'a pas été pénétrée ou qu'on n'a pas pénétré vaginalement ou parce qu'on n'a pas eu de relations sexuelles ?
On peut très bien imaginer une jeune femme qui aura eu de nombreux amants qui l'auront sodomiser, doigtée, cunnilinguée et qui aura pratiquée des fellations et qui arrivera vierge lors de son union "sacrée".
Ca marche aussi pour les hommes, je vous rassure. Bon pour le cunnilingus, c'est raté pour eux... 

Est-elle vierge ?
Oui sur le principe, car de pénétration vaginale jamais il n'y a eu. Elle pourra ensanglanter son drap et l'honneur du mari et de la famille sera sauf. C'est d'ailleurs une des raisons qui avait fait que dans les années 90 un renouveau de l'ère de la fellation avait fait son apparition chez les ados américains. Les jeunes hommes ayant quelques difficultés à rester frustrés, leur partenaire leur proposait des fellations "compensatoires" en échange d'une absence de relation sexuelle. Eux comme elles, pouvaient dire ainsi à leurs parents qu'ils étaient abstinents et porter l'anneau d'abstinence, dit aussi bague de virginité, pour promesse de virginité jusqu'au mariage. "Tu es la première chérie !". Question de conception (immaculée).

La notion de virginité reste donc une conception très religieuse liée au statut de la Vierge. L'absence de pénétration vaginale reste le critère qui définit la virginité. 

Mais quelle absence de pénétration vaginale ? Par un corps humain (sous-entendu vivant) ou par n'importe quoi ? Ainsi, pour une femme une pénétration par un godemichet qui détruira l'hymen fait-il perdre sa virginité ? Si oui, qu'est-ce qui fixe alors la notion de virginité, le fait d'avoir été pénétrée ou le fait que l'hymen soit rompu ? D'autant que l'hymen peut être rompu de bien des manière et sans même que cela soit lié à une activité sexuelle (encore que l'équitation fut longtemps interdite aux femmes car elle générait des sensations qui les faisait se pâmer. Vade retro satanas !).

Mais les pratiques qui permettent les relations sexuelles (au sens juridique du terme) sont pourtant légions et les adeptes de la virginité, en y adjoignant un sens de "pureté", n'hésitent pas à y avoir recours. 

Il s'agit donc de savoir aujourd'hui ce que recouvre encore réellement cette notion. Peut-on décemment dire qu'on est "vierge" lorsqu'on a multiplié les relations sexuelles sous prétexte qu'il n'y a pas d'effraction du vagin pour les femmes et d'insertion dans un vagin pour les hommes ? 

Et les gays et lesbiennes restent-ils vierges jusqu'à la fin de leur vie ?


Qu'en pensez-vous ?




8 commentaires:

  1. alors là je suis ébobie, quel article ! Des doigts dans le nez à la virginité, fallait trouver le lien... là je m'avoue vaincue : je ne me suis jamais posée de telles questions ! Je vais peut-ˆetre lancer le sujet demain au repas de famille :-)

    RépondreSupprimer
  2. Et le coefficient de pénétration tu connais ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Encore de la physique ! Tu t'es trompéede métier, non ? J'ai réussi à le caser ce midi mais ça n'a pas eu grand succès!

      Supprimer
    2. Ca prouve qu'il n'y avait plus grand monde de vierge autour de la table ! lol

      Supprimer
  3. J'avais eu aussi toutes ses réflexions pendant mon adolescence, et il semblait qu'être vierge c'était vraiment une histoire d'hymen. Mais comment savoir s'il a vraiment craqué, sachant que certaines femmes ne sentent rien, ne saigne pas ? En tout cas j'avais une copine lesbienne qui s'était un peu "poussée" à coucher avec un mec vers 19 ans, pour qu'on arrête de lui dire "t'as couché avec une fille ? ah ouai donc t'es encore vierge quoi"

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Stéréotype ! Comme si le fait d'être une fille et de coucher avec une autre fille empêchait la rupture de l'hymen... Cela démontre la méconnaissance de la sexualité et de ses pratiques par certain(e)s.

      Supprimer
  4. ne plus être vierge cela se ressent intimement au delà de l'hymen...

    et quand est ce que le garçon perd son pucelage ? car là cela les obsèdent encore plus les gars, je suis infirmière dans un lycée et déjà à cet âge là, j'en vois qui vivent très mal leur statut de puceau.

    virginie

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si tu as bien lu l'article j'aborde le problème des garçons. Et je suis partie de demandes d'ados de 13/14 ans...
      Sur le principe le garçon perd son pucelage lors de la pénétration, mais là encore c'est trop simple...

      pour les filles c'est quand même la rupture de l'hymen qui marque la fin de la virginité, sinon certaines n'auraient pas besoin de s'en faire refaire un pour montrer qu'elles sont vierges. Quant à ce que ressentent les ados après voir perdu leur virginité, et bien pas grand chose en général, en dehors le fait de frimer devant les copains/copines. Car on est exactement pareil après qu'avant. Dans le temps cela changeait la donne socialement car on devenait adulte, mais comme l'age adulte a fortement été retardé dans nos Société ce n'est plus compatible. Quant au point de vue individuel et psychologique, c'est souvent une grande déception. Les ados font semblant d'être fiers mais pour beaucoup soit ce n'était pas génial soit ils (et surtout elles) ont eu mal, mais il ne faut rien en laisser paraître.

      Supprimer

Stats