vendredi 14 juin 2013

L'impact de l'enfant mort dans la fratrie

Dans l'histoire d'une femme, d'une mère, il peut se passer des événements qu'elle préfère passer sous silence ou oublier. Plus ou moins facilement selon les circonstances voulues ou pas.

Une femme peut avorter volontairement pour des raisons "raisonnables" et concrètes mais en fait de ne pas vraiment vouloir ne pas porter cet enfant. Et faire le choix de faire fi de ses émotions et de son envie interne. Envie interne qui n'est peut être que le signe d'un bon fonctionnement hormonal, mais qui créé un attachement rapide à l'enfant déjà envisagé et peut être rêvé. Mais c'est la vie et il sera toujours temps de refaire un autre enfant "raisonné" plus tard.

Il y a aussi ces femmes qui perdent leur enfant pendant leur grossesse. Cet enfant déjà revêtu de l'attachement, de l'idéal est vécu comme une pathologie du Soi. Mais j'y reviendrai dans un autre article. Elles font le choix, comme on le leur conseille d'ailleurs, de retomber enceinte rapidement.

Et puis il y a ces enfants nés qui décèdent dans des circonstances plus ou moins tragiques. 

Mais quelque soit la situation, cet enfant mort est présent.

Tenez, prenons Etienne.
Sa mère est tombée enceinte tout de suite après sa naissance. La situation étant, les parents ont décidé de ne pas garder l'enfant. Sauf qu'à cette époque avorter était très difficile, il fallait partir à l'étranger. Alors le temps que l'argent soit réuni, cet enfant dans le ventre a déjà quelques mois. C'était un garçon. Etienne, 6 mois, a été laissé en garde à sa tante, et lorsque les parents reviennent 1 mois plus tard, la mère d'Etienne est dépressive. Elle le restera toute sa vie.

Etienne grandit avec un fort sentiment d'abandon, dont il ne sait d'où il vient. Sa mère le couve, le sur-protège. Parfois, elle le prend dans ses bras et pleure. Etienne ne comprend pas. Il a l'impression de ne pas exister, d'être nié sans savoir d'où ça vient.

Devenu adulte, il est perdu. En psychothérapie, ses descriptions me font penser qu'il y a eu un enfant décédé. Il en parle à sa mère, qui s'effondre et lui "avoue" l'enfant dont elle a avorté et qu'elle regrette. Lorsque regardait Etienne en fait elle imaginait se fils qu'elle n'avait pas eu. Elle ne voyait pas Etienne, elle voyait l'autre. Etienne n'existait pas.


Prenons Victoria. 
Victoria a 11 ans. Elle est infernale. Toujours en opposition à ses parents et surtout à sa mère. Elle a du mal à grandir dans sa tête et tente désespérément de rester une enfant alors que ces parents ne cessent de lui répéter qu'elle est une grande fille.
Une discussion avec la mère fera apparaître un avortement avant la naissance de sa fille. 
Cette toute jeune fille qui n'est pas l'unique enfant, n'est pas l'aîné non plus, mais bien la cadette. 
Et qui se comporte comme telle !


Prenons Sidonie.
Sidonie est une belle jeune fille, intelligente, à qui tout réussi. Deux soeurs aînées.
Enfin semble-t-il.
Car Sidonie souffre de troubles alimentaires.
Avec le psychothérapie elle va mieux, mais brutalement elle se plante brutalement à ses examens et ne croit plus en elle. Refait surface ce qu'elle pressentait depuis longtemps, à savoir qu'elle ne sait pas quoi faire de sa vie, elle dit ne pas savoir qu'elle est place ni dans sa famille, ni parmi ses amis, ni dans le monde. Elle se sent en insécurité permanente et toujours sous pression.

Je l'écoute et je lui dit que je vais peut être émettre deux hypothèses un peu folles, mais je voudrais qu'elle se renseigne. Je lui dis que soit elle jumeau décédée, soit il y a un enfant décédé dans sa fratrie. Elle me regarde interloquée et me dit qu'elle a appris il y a 2 semaines que sa mère avait accouché d'un bébé mort né et qu'elle avait été conçue dans la foulée.

Enfant de remplacement, comment connaître sa place lorsque dans la confusion on croît qu'on est la troisième alors qu'on est la quatrième ? Comment ne pas être sous pression alors qu'on image l'angoisse de la mère et du père espérant que cet enfant vivrait ? Comment ne pas être en insécurité permanente alors que ses parents ont envisagé qu'elle ne pourrait pas vivre et qu'il pourrait la perdre ? Savoir aussi qu'on peut mourir à tout moment...


Voila trois exemples parmi d'autres situations, qui montrent que l'enfant décédé a un impact sur les parents et sur les enfants, même lorsqu'ils ne l'ont pas connu.
Chaque enfant décédé compte dans la fratrie. Sa présence, quasi fantomatique, est ressentie. Il ne s'agit pas de faire revivre cet enfant ou de lui donner une place de vivant, car il faut choisir soit vivre avec les morts soit vivre avec les vivants. Mais si on fait comme s'il n'avait pas existé, il fini par resurgir à la lumière des problématiques des enfants. Sa présence, comme son absence, explique bien des choses.



Au XIXème siècle, 
les enfants décédés étaient photographiés afin d'en conserver la mémoire




9 commentaires:

  1. "Enfant de remplacement, comment connaître sa place lorsque dans la confusion on croît qu'on est la troisième alors qu'on est la quatrième ?"

    Là vous parlez de l'enfant né vivant puis décédé également?

    Qu'en est-il de l'enfant perdu au cours de la grossesse? A t-il vraiment une place même s'il n'a pas existé? Comment expliquer à l'ainé ce qu'il s'est passé? A partir de quel age peut il le comprendre? Et le suivant, il faut lui expliquer qu'il est le (n+1)ème et pas le n ième? Ca me semble traumatisant de confronter des enfants si jeunes à des choses si tristes, et puis ce sujet gène, l'évocation de l'enfant perdu, ca crée des malaises... C'est un frein a en parler aux jeunes, de peur de faire dans la morbidité...

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    1. Je viens de voir que je n'avais pas répondu à ton commentaire.

      Je parlais de l'enfant qui est venu après celui qui est décédé. Lorsqu'il y a eu avortement ou fausse couche ou décès avant la naissance d'un nouvel enfant, cet enfant peut ne pas être informé de ce qui s'est passé avant et pensé qu'il a telle place dans la fratrie. Or il n'en n'est rien, il est un cran plus loin. Ainsi une enfant unique peut se penser unique et avoir quelques troubles des comportements, parce qu'en fait il se comportement comme un cadet et pas comme un aîné... Il n'est pas unique, il y a eu un enfant avant lui.

      Un enfant peut comprendre à tout âge, mais peut on lui dire à tout âge, c'est ça la question. Je n'ai pas réponse précise. Je pense qu'un enfant jeune qui recevrait cette information la vivrait assez mal car il se poserait des questions sur ce qu'il est (enfant de remplacement ?) ou sur le fait qu'il peut mourir (ainsi on peut mourir jeune ?), ce qui peut être générateur d'angoisses. Mais il y a un âge où l'enfant pose des questions ou commence à présenter des troubles inquiétant (troubles des comportements alimentaires par exemple), il est temps de lui dire. Certains ne l'apprennent que très tard parce qu'ils iront poser la question à leur mère suite à une hypothèse du psy...

      Contre toute attente, je constate que lorsque les grands ados et les adultes posent la question ça ne génère aucune gène. Au contraire, la mère est souvent contente de pouvoir enfin parler, raconter, répondre aux questions, évoquer cet enfant qui bien que "classé" existe toujours dans son imaginaire. Et ça fait un bien fou au patient qui enfin trouve sa place et obtient des réponses. Des fois tout le monde pleure, la mère sur son enfant perdu et sur son enfant vivant, "l'enfant" sur le fait qu'il est en vie, sur la souffrance de sa mère et aussi ce frère ou cette soeur perdu(e). C'est beau et c'est un sacré souffle d'air.

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  2. c'est comme toute perte, il y a toujours un deuil à faire et des phases à respecter. Je suppose que de "faire un enfant dans la foulée" n'est pas un très bon conseil...
    les avortements devraient être suivis par un entretien psycho, voir même une analyse, car il y a trop de séquelles. Savoir aussi si c'est la mère qui en prend la décision de manière catégorique ou qu'elle le fait à contre coeur ! Est-ce que les futures ex-mamans sont informées des troubles psychologiques que l'avortement entraîne ? n'est-ce pas un acte un peu trop banalisé ?
    Marianne

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    1. Il n'y a pas de norme. Les médecins conseillent de refaire un enfant tout de suite mais pas pour panser les blessures psychiques, c'est juste parce qu'en statistiquement après une fausse couche la chance que l'enfant suivant "tienne" est plus élevé. Ca reste donc une donnée purement physisiologique. Psychologiquement, il faut le temps de faire son deuil et un enfant avorté ou décédé reste une personne à compter dans la fratrie.

      Il faut faire un entretien psycho avant de subir un avortement ! Grosse blague car de toute façon personne ne peut s'opposer au fait d'avorter même si le psy découvre qu'en fait la femme est très attachée à sa grossesse... Oui, dans la majorité des cas beaucoup de séquelles psys après un avortement. Normalement, les femmes en demande d'avortement sont averties, plus ou moins. Faut-il le faire d'ailleurs ? C'est toute la question. Car imagine une femme qui est enceinte à la suite d'un viol, qui vit dans un dénuement certains (chômage) et seule. Elle est décidée à avorter, mais elle tient aussi à cet enfant car les hormones commencent à jouer leur rôle. Lui dire "vous savez madame si vous avortez, vous le regretterez toute votre vie, vous allez culpabilisez, pensez à cet enfant et à ce qu'il aurait pu devenir"..., est-ce que tu crois vraiment que ça l'aide ? Si elle se fait avorter elle culpabilisera encore plus... Question complexe.

      Quant à la banalisation, oui et non. Non, car aujourd'hui beaucoup de femmes savent que c'est un acte avec des conséquences. Oui pour certaines femmes (j'en ai rencontré une qui en était à son 9ème et qui considérait l'avortement comme un moyen de contraception et je ne parle pas d'avortement chimique ici). Oui, donc parce que l'avortement chimique est moins traumatisant et fait parfois penser qu'on prend juste un médicament magique et hop ! pas d'enfant. Non, parce que les femmes qui avortent sous prescription, sont souvent traumatisées par ce qu'elles ont vu au fond de la cuvette des toilettes. Et oui dans certaines populations où les relations sexuelles sont bannies avant le mariage et où la contraception est interdite. L'avortement devient là seule solution.

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    2. Je suppose que c'est délicat pour les parents de faire la part des choses, que chaque enfants, mort ou vivant, soient à sa place.
      ouh là là, je me suis mal exprimée ! je sais qu'il y a un entretien avant l'acte (expérience de quelques unes dans mon entourage), savoir pourquoi la femme veut avorter, ok ! dans certains cas et surtout dans un contexte de viol, l'avortement me semble plus qu'approprié. Mais l'utiliser parce qu'on n'a pas été foutu de se protéger ou prendre un contraceptif, et pire que j'ai entendu "j'ai une copine qui essaie depuis longtemps, je voulais voir si moi j'étais fertile"! là je trouve ça déplacé. Elles n'ont pas eu conscience de leurs actes avant et ensuite ont des retombées psychologiques terribles dont elles s'étonnent ! Quand je parle d'un suivi psychologique, c'est après l'acte, justement pour aider à surmonter. Une de mes connaissances a été violée par son père tous les jours de ses 8 ans à 17 ans et a subi son 1e avortement à 10 ans ! 15 ans d'analyse pour réussir à en parler comme si elle faisait sa liste de course.
      Heureusement que ça existe !

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    3. Tu te défends bien vite, tu pensais que si tu disais que tu savais qu'il y avait un entretien avant nous en aurions déduit que tu avais déjà avorté ! Tu ne sais rien de nos pensées et puis alors ?

      Pourquoi l'avortement serait il approprié après un viol ? les circonstances n'ont rien à voir là dedans. Avorter c'est un truc perso, une relation au corps dans lequel vient se mêler l'histoire de la famille, l'éducation et sa place propre place dans tout ça.

      Non après l'avortement rien n'est prévu. Les médecins partent du principe que si tu fais le choix d'avorter justement tu fais TON choix et tu le fais judicieusement en accord avec le plus profond de toi même. Et que donc tu n'as pas d'attachement, pas d'envie cachée d'enfanter... Et que par conséquent tout ça n'aura aucun impact. Logique M. spock.

      Mais c'est sans compter la pression sociale, la pression de la famille, la rationalisation...

      Si je prends l'exemple de la personne dont tu parles, pourquoi avait elle besoin de savoir si elle était fertile si ce n'est dans le but d'enfanter ? Elle avait donc un désir d'enfant qu'elle n'a pas voulu identifier.

      Quant à ta connaissance, quelle idée de faire une analyse dans un cas d'abus sexuel ! Il lui fallait une psychothérapie sur 3 ou 4 ans. Ensuite elle aurait pu envisager une analyse si nécessaire. Quel temps perdu et quelle souffrance... Mais son côté maso a certainement pris le dessus. Identification à l'agresseur quand tu nous tiens...

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    4. pinèse ! j'avais oublié que je parlais à une psy ! qui lit entre les lignes même écrit en tout petit, à l'envers et en chinois ! :) oui, je me suis vite défendue...
      J'écris avec mes ressentis : l'avortement est approprié pour un viol, car je pense à l'après, voir tous les jours en son enfant la conséquence du crime. C'est déjà dur de s'en remettre.
      Je comprends qu'il n'y ait pas que l'acte d'avorter, mais que c'est bien un ensemble : contexte, circonstances, éducation, etc..
      La première personne dont je parle avait certainement envie d'enfants à ce moment là. effectivement, pression familiale et pression sociale : que dira-t-on? mais que répondre quand elle te dit : si je l'avais gardé, il/elle aurait tel âge ? peut-être un petit garçon ? alors que maintenant j'ai deux filles (avec le même père)...
      bah, avec des "si" on refait le monde.
      Pour la 2e personne, c'est une dame qui approche la soixantaine. Je suppose qu'on ne parlait pas autant de la psychothérapie à l'époque où elle a commencé son analyse. Dommage, ça l'aurait beaucoup aidé.

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    5. Et bien la première personne, tu lui réponds de ne pas oublier que ces filles sont la cadette et la benjamine et que l'autre était l'aîné et qu'il faut leur donner cette place. Et qu'il faudra leur dire plus tard..

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  3. Très intéressant cet article. Moi j'ai toujours su que ma mère avait fait une fausse-couche avant moi, mais je n'avais jamais réalisé que ça faisait que je n'étais pas l'ainé du coup, c'est bizarre de se dire ça maintenant ^^

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