vendredi 12 juillet 2013

Cahier de vacances psy - 3 - Ma mère boit

Holla, je reviens de vacances, tout doux, j'ai besoin de me reprendre le rythme. De même qu'il faut que je remette d'avoir croisé G. Depardieu -moi qui le croyait au fin fond de la Tchéchénie baignant dans la vodka et entourée de jeunesses en costume traditionnel- à la sortie de sa datcha parisienne... Et là je me suis dit qu'on bronzait mieux chez nous qu'à Smarank...

Tout ça pour vous présenter le nouveau cahier de vacances :



Maé a 30 ans. Dans sa jeunesse sa mère, alcoolique, a fait plusieurs crises de violences et tentatives de suicide dont la toute jeune fille de 6 à 8 ans à l'époque a été témoin à chaque fois. 

Sa mère s'est soignée et est restée sobre pendant des années. Puis, la vie l'a malheureusement ramené vers ses démons et elle a recommencé à boire en grande quantité. Maé, va la voir et face aux nouvelles crises de sa mère se sent faible et a l'impression d'avoir à nouveau 6 ans. Elle a peur d'en parler de vive voix à un psychologue.


A vos commentaires ! (la "solution" dimanche soir)



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Dans cette histoire, il y a une chose bizarre : on ne nous parle pas du père. On peut donc soupçonner que Maé était toute seule avec sa mère.

Imaginez donc une enfant de 6 ans qui voit se mère se suicider sous ses yeux. Que croyez vous qu'elle pense ? Maman va mourir. Qu'est-ce que je vais devenir ? Qu'est-ce que je peux faire pour qu'elle ne le fasse pas ? Comment je la soigne ? Est-ce que c'est à cause de ce que j'ai dit ou fait qu'elle passe à l'acte brutalement ?

Bien sur à 6 ans, ce n'est pas si clairement exprimé, mais on est dans ces registres.
Ca laisse des traces traumatiques qui ne s'effacent pas facilement. 

La mère de Maé s'est "calmée" pendant des années et Maé a pu refouler ses souvenirs. Après tout c'était fini et ça ne recommencerait plus. Autant se préoccuper d'elle maintenant.

Puis sa mère replonge. Souvenirs, souvenirs. Les mêmes questions existentielles se posent à nouveau. Si aujourd'hui Maé sait ce qu'il faut faire, elle reste terrorisée à l'idée que sa mère meurt. Elle décide donc de s'en occuper.

Mais ces situations font surgir du néant une partie Maé qui était restée enfouie jusqu'alors. La petite Maé de 6 ans qui n'a pas pu grandir et qui reste bloquée dans cette période difficile des tentatives de suicides de sa mère. Car non Maé ne redevient pas une petite fille devant sa mère, elle EST la petite fille. Toujours aussi perdue, toujours en souffrance et se posant toujours les mêmes questions.

Maé va devoir faire un long chemin.
Un long chemin pour arrêter de culpabiliser car elle n'est pas responsable de l'état de sa mère. De même qu'elle ne sera pas responsable de sa mort si elle ne s'en occupe pas.
Elle va devoir "faire grandir" cette petite fille ou plutôt la mettre en sécurité afin qu'elle cesse de surgir dès qu'une difficulté apparait.
Enfin, Maé a devoir accepter que ce sont les parents qui doivent se préoccuper de leurs enfants et pas l'inverse. Si cette inversion peut être compréhensible dans certaines circonstances (accident, vieillesse), elle est inacceptable lorsque c'est la mère qui s'y place volontairement.

Quelque part cette mère compte sur la fille. Et replonger dans l'alcool est une façon de la retenir à elle et de la forcer à être là pour la sauver.

Bien sur la mère de Maé est en souffrance, mais elle a son chemin à parcourir et si elle ne fait pas personne ne le pourra pour elle. Surtout pas Maé.













4 commentaires:

  1. aaaaah comme tu écrivais il y a quelques temps: l'impact des prénoms rares!

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  2. Ouf, je croyais avoir perdu mon cahier de vacances dis-donc ! :o)

    voici (mais sans trop de conviction...) :

    La petite fille Maé n'a pas soigné ses blessures et vit toujours à travers l'adulte Maé. Il n'y a pas ici de relation d'adulte à adulte. C'est toujours la petite fille qui parle. "faible" plutôt que "impuissante", je présume qu'il y a un rapport de force entre les deux... peut-être une emprise de la mère sur la fille. Elle se sent responsable de son état puisqu'elle continue à la voir malgré tout le négatif qu'elle se prend dans la figure.
    Elle a peur de quoi ? sa maman lui a fait des menaces si elle en parlait ? de lui faire du mal ou de se suicider ?

    Maé n'a pas à s'occuper de l'état de sa mère, car elle ne peut ni être son infirmière, ni sa psy. Si sa mère ne veut pas se faire soigner psychologiquement, c'est son problème. Il est temps qu'elle mette une certaine distance entre elles.
    Mais peut-être qu'elle a peur aussi de se dévoiler... on a parfois honte de ses parents, on a peur des représailles si on en dit trop, on culpabilise de ne rien pouvoir faire, on se sent responsable de ce qui arrive. Donc effectivement, à 30 ans, elle se comporte comme une enfant de 6 ans. Sauf qu'aujourd'hui, elle est adulte, qu'elle a le droit de s'exprimer librement. et qu'elle a sa vie à mener.
    "en parler de vive voix" : je suppose qu'elle s'exprime déjà à ce sujet mais pas aux bonnes personnes ! (cachée derrière un pseudo sur un blog par exemple ?)
    Dans tous les cas, elle a un gros travail à faire sur elle car je n'imagine pas l'estime qu'elle doit avoir d'elle-même, le manque de confiance et la soumission dans sa vie de tous les jours.

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  3. J'ai fait le même travail que celui que Maé devrait faire. Apprendre que c'est aux parents de s'occuper de l'enfant et pas l'inverse, ne plus se sentir responsable. Ca fait du bien !
    (En plus Maé c'est l'inverse de Emma, ahah)

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