lundi 8 juillet 2013

Les dissociations de la personnalité

La notion de "personnalités multiples" a été un grand phénomène dans les années 90' aux Etats-Unis. Ils en voyaient partout, même parfois où il n'y en avait pas..

En Europe, assez bizarrement personne n'en rencontrait. Ou lorsqu'on trouvait une personnalité multiples, chez nous on parlait de "dissociation schizophrénique".

Les américains voyaient plusieurs personnalités, parfois contraire et même ennemies.
Les Européens voyaient, quant à eux, une seule personnalité morcelée.

Les deux avaient raison.
Car dans tous les cas, il ne s'agit pas de plusieurs personnes dans le corps d'une seule.
Il s'agit bien d'une personnalité morcelée.
Sauf que ces "morceaux" peuvent vivre indépendamment les unes des autres.
Avec des caractères très différents et parfois en s'ignorant les unes les autres.
Mais toujours avec le but d'être "la" personnalité dominante, celle qui est et qui permet au corps de vivre.

Souvent ces "personnalités" ne se connaissent pas.
Chacun sait que les autres existent, elles se "sentent", mais ne communiquent pas et chacun fait ce qui lui plait. Comme il n'y a pas de connections, chaque morceau ne sait pas ce qu'à fait ou dit ou pensé l'autre.

Pourtant il existe au milieu de tout cela une personnalité de "base".
Celle qui existait avant le trauma.
Celle qui relie tous les morceaux et mais que chaque morceau tente de faire disparaître tout au fond, tout au fond, le plus profondément possible.
Mais cette personnalité ne doit pas mourir car sinon toutes les autres meurrent.

Alors chacun rivalise d'astuce.
Chaque morceau se présente comme le défenseur de cette personnalité.
"Je la protège", "c'est une abrutie, elle est faible, heureusement que je suis là pour la sortir de situations difficiles"...

Contre toute attente, ces patients que je reçois ne sont pas "encore" schizophrènes.
Mais ils y courent à toute vitesse.
A eux de choisir s'ils vont le devenir (oui, je pense que le fait de devenir schizophrène n'est qu'un mécanisme de défense).

En fait ces dissociations ne sont que des facettes émotionnelles de la personnalité.
Il arrive d'être en colère, joyeux, triste...
Pour vous, vous êtes toujours vous, c'est juste votre humeur qui change.
Pour ces patients, chaque "humeur" est une personnalité complète.
Etre triste, c'est être devenue Untel, une personnalité triste, avec son vécu, ses contacts, sa façon de travailler...
Etre joyeux, c'est être Unetelle, avec son vécu, ses contacts et sa façon de travailler.

Ca change souvent... ou pas. Fonction des traumas antérieurs, des éléments externes aussi qui viennent stimuler, on dirait agresser, et qui permet l'émergence de telle ou telle personnalité. Ca fluctue donc. Parfois une personnalité ne fait que passer quelques secondes, parfois elle reste pendant des mois.

Pourtant toutes ses "personnalités" en sont qu'une.
Elles portent toute le même nom, celui du patient, quelque soit les noms que le patient leur donne.

En psychothérapie, elles apprennent à se connaître, à se connecter, à prendre conscience aussi qu'elles sont dépendant les unes des autres. A comprendre aussi qu'en fait elles n'existent que parce que l'autre, cette personnalité de "base" leur permet d'exister.

Il ne s'agit pas de les faire disparaître car ce serait faire disparaître les différentes facettes de la personnalité. Nous avons tous besoin de la joie, de l'amour, de la colère, de la peur...

Il s'agit de les ré-associer pour ne redevenir qu'un.
Comme tout le monde.

6 commentaires:

  1. C'est très curieux que tu aies fait un article sur ce sujet précis car j'allais t'adresser une requête pour parler de ce sujet précis. Cet article me fait donc très plaisir. C'est un sujet passionnant.

    Concernant la notion de trauma, celui-ci est-il obligatoire dans le fractionnement de la personnalité originelle en plusieurs personnalités ?

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    1. Tout dépend de que tu mets sous la notion de trauma.
      Je répondrai oui mais le trauma peut être purement psychologique. Un enfant qui va vivre en continu dans une communication paradoxale va glisser vers la schizophrénie et la dissociation de personnalité. Il y a un trauma mais il est diffus, pas brutal.

      Ce que je remarque, et cela ne se base que sur mes consultations, c'est qu'il y autant de personnalités que "d'agresseurs". 1 agresseur, 2 personnalités. 10 agresseurs, 11 personnalités. C'est ce que j'appelle des "rejetons" car chacune des personnalités développées est "l'enfant" de l'agresseur surtout dans les agressions sexuelles sur enfant.

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  2. si on instaurait la psychothérapie plutôt que des psychanalyses pour certains patients, certains HP et CAT se désempliraient !

    ça me fait penser au film "nous n'irons plus au bois" tiré du roman de mary higgins clark. La petite séquestrée par un couple revient des années plus tard dans sa famille avec de multiple personnalités. Et c'est la psychothérapie + hypnose qui vont l'aider à "recoller les morceaux" de sa personnalité et déficeler le trauma...

    les capacités du cerveau sont surprenantes !

    et le film "identity", est pas mal aussi dans le même thème (mais plus trash :-$)

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  3. Je n'ai rien contre la psychanalyse, je pense même qu'elle présente des intérêts. Il faut trouver par contre le bon analyste, celui qui va reformuler ou relancer au bon moment car sinon le patient risque de stagner car il s'analyse avec ses interdits et ses contrôles.
    Par contre en thérapie, je l'ai déjà dit, je considère qu'il n'est pas possible de ne pas passer par une phase analytique. Changer c'est bien, comprendre pourquoi on dit ou fait ça ça aide à changer.

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  4. mais quand ça arrive, l'entourage le remarque? j'veux dire, est-ce que c'est comme dans les films, gros comme une maison et la personne elle-même ne se souvient pas du vécu de ses autres personnalités (par exemple elle sait plus ce qui s'est passé la veille si c'était un autre personnalité), ou alors est-ce que ça se remarque pas forcément et une personne avec ce problème peut simplement passer pour un peu étrange aux yeux de l'entourage? c'est possible d'exercer un emploi, de faire des études avec ce souci, ou pas?
    c'est rare?

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    1. oui ça se remarque mais souvent les gens ne pensent pas à une dissociation. Ils mettent ça sur le compte de saute d'humeur ou de bousculement hormonal ou je ne sais quoi. Pourtant parfois des patients passent d'une personnalité masculine à féminine ! On met ça sur le compte d'une orientation sexuelle douteuse... Mais je crois aussi que ça ne se voit pas parce que les gens ne VEULENT pas le voir, parce que le voir c'est émettre un éventuellement questionnement sur la personne ou sur l'environnement ou sur eux mêmes. Surtout, surtout ne pas voir. Et oui ces personnes peuvent tout à fait faire des études, travaillers... avec parfois quelques difficultés néanmoins. Prenons par exemple, la personnalité de "base", adulte avec un travail. Sa facette adolescente de 14 ans, ne s'exprime pas de la même façon, ne connait pas le travail... Alors il y a adaptation mais beaucoup d'erreurs !

      Je ne saurai dire si c'est rare. En fait, je pense que ce ne l'est pas tant que ça. Beaucoup de gens disent "je suis dingue" ou "j'ai eu l'impression de ne pas être moi"... Ca concerne aussi un certains nombres de personnes diagnostiquées bipolaires aussi je pense. En ce qui me concerne, j'en ai peu vu et celles que j'ai vu ont en général 1 ou 2 personnalités "supplémentaires", 1 seul cas avec 10 dissociations (réassociées depuis).

      (je précise que pour les personnes diagnostiquées schizophrènes, lorsqu'elles ne prennent pas leur traitement ça se voit ! Les troubles des comportements peuvent être très importants et les dissociations fulgurantes)

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