vendredi 30 août 2013

Climat incestuel : quels impacts ?

J'ai abordé il y a peu la notion de "climat incestuel" au travers de divers exemples. Vous avez été plusieurs à me demander de préciser quels étaient les impacts de ce vécu.

Il faut d'abord bien comprendre une chose, si je peux vous dresser une liste de ce qu'implique le climat incestuel, ce n'est pas une liste exhaustive et ce n'est pas non plus une liste dont tous les éléments doivent être présents pour faire penser à cette situation. Car les impacts du climat incestuel peuvent différer d'un individu à l'autre pour diverses raisons : d'abord le "tempérament", cette personnalité avec laquelle on naît. Ensuite, l'intensité de la liaison incestueuse. Sans compter les possibilités de pour l'enfant d'en sortir au travers de ces relations aux autres, à d'autres proches. On y ajoutera le fait d'être cru dans sa parole ou dans ses comportements. Le fait aussi que certains vont tenter de faire "tampon" et le fait que les parents se rendent compte, même tard, de la situation. Bref, la résilience ce n'est pas simple et ce n'est pas accessible à tout le monde.

Le climat incestuel, il faut le rappeler, est une vraie relation incestueuse. L'enfant n'est pas envisagé dans son statut d'enfant et de descendant. Les adultes se l'approprie et l'empêche de se discerner d'eux. 

Comme l'inceste "vrai", consommé, le climat incestuel transforme l'enfant en objet. le climat incestuel est d'autant plus pernicieux qu'il ne s'exprime pas vraiment, qu'il repose sur des sensations. L'enfant est dans le flou. Se fait-il des idées ? 

L'enfant est dans l'ambiguité, il veut être lui et n'a pas le droit de l'être.
Et ce qu'il voit, subit, ressent est-ce de sa faute ? Qu'a t il fait pour cela ? D'où la culpabilité.
L'enfant dans sa fusion apprend qu'il n'a pas de valeur en soi.
L'enfant qui sent bien que quelque chose ne va pas ne comprend pas pourquoi cela se passe chez lui. Pourquoi est-ce que les autres (la mère, le père, la fratrie les proches) ne disent rien ? Pourquoi n'agissent-ils pas ? A qui faire confiance ? En fait le climat incestuel est peu visible, le problème c'est qu'il est présent continuellement.
Même si l'enfant sait que quelque chose ne va pas, ses demandes sont ignorées ou dénigrées.
L'enfant est dans une prison.

A l'âge adulte, l'autonomie est difficilement acquise puisque l'enfant appartient au(x) parent(s). L'adulte reste infantiliser. Il n'a pas le droit et ne peut se détacher. Il n'arrive pas à sortir de la fusion avec le(s) parent(s) incestueux.
L'amour et la sexualité sont difficiles. Comment doit-on aimer ? Comment être aimé de quelqu'un d'autre lorsqu'on est "sacrifié" à un parent ? Comment avoir confiance dans une autre personne ? Quelle valeur a la sexualité ? La sexualité peut être pauvre car considérée comme dégoutante ou au contraire excessive car cet adulte n'existe qu'au travers de la relation sexuelle, il est dédié à faire plaisir à l'autre.
Il peut exister une forte somatisation de l'enfant qui perdure à l'âge adulte. 

Il est difficile pour les personnes extérieures de se rendre compte car rien n'est visible, mesurable, quantifiable. Un inceste physique laisse des marques,des traces, des blessures. Mais un inceste psychologique, rien qui ne puisse être vu. La somatisation n'est pas perçue comme telle et est traitée 'au symptôme', il faudra du temps pour faire le lien entre les différentes "maladies" pour comprendre qu'il s'agit d'un appel au secours qui ne peut être dit.

Le schéma corporel n'est pas clair puisqu'il n'y a pas de limite entre ce qu'est l'enfant devenu adulte et le parent incestueux. Il est soi et lui. Il est lui et soi. Il est d'ailleurs plutôt lui. La peau n'est pas une limite corporelle, le psychisme est poreux. 

Les autres adultes peuvent facilement devenir intrusif puisqu'il est impossible de définir où est la zone d'intimité. Et comment leur refuser cette intrusion ?

Si je ne suis personne et si je ne suis pas le parent incestueux, alors qui suis-je ?
Le travail psychothérapeutique va consister à se rendre compte des méandres du climat incestuel, de prendre de conscience des impacts, de fixer des limites corporels et psychiques afin de devenir soi.



 "Le souffle au coeur" de Louis Malle












14 commentaires:

  1. L'article est très intéressant mais il y a des choses qui m'échappent, qu'est ce que tu veux dire par "la somatisation", et par "le psychisme est poreux"?
    "Les autres adultes peuvent facilement devenir intrusif" ça veut dire que la personne peut se laisser abuser ou frapper et pas réagir du tout?

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    1. somatisation : les émotions sont exprimées via le corps (affection, maladie, refus de son sexe...)

      psychisme poreux : le psychisme est sans cesse influencé. Dans les cas de traumas, la psychée de la personne abusée s'atomise et la personnalité de l'agresseur s'introjecte.

      Intrusif : ne pas réagir non, mais ne pas réagir de façon adaptée oui. Je ne pensais pas aux violences physiques mais bien aux violences psychiques avec par exemple une impossibilité de dire "non" ou le fait de se sentir obligé de répondre aux questions personnelles.

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    2. Ok, merci.
      J'aime bien le nouveau fond du site il est sympa :)

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  2. c'est très bien résumé.
    Pour ce qui est "intrusif", ça me fait penser aussi qu'au commencement de la vie sexuelle (rapports sexuels), c'est vécu comme "une violation de domicile". Le psychique n'est pas en phase avec les envies corporels... et dire "non" à son partenaire pour quelque chose qui est tout à fait normal, ce n'est pas vraiment possible. (je mélange peut-être les termes...)

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    1. La première relation sexuelle si elle est une intrusion pour la femme dans le fait que quelque chose entre en elle, si elle est consentante, a envie ce n'est en rien une "violation" de l'intimité.
      Mais pour les garçons la première fois est stressante aussi, n'oublions pas l'image du vagin denté !

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    2. Dire non est normal mais pas toujours possible psychiquement.

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    3. aurais-tu une explication simple du mot "psychique" ? c'est un peu confus du coup pour moi...car je pensais que psychique et psychologie, voire mental, étaient la même chose à quelque chose près; ou juste liés... donc, si tu dis non "mentalement", ce n'est pas ton psychique qui parle ?
      aussi, d'où vient cette image du vagin denté ??

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    4. Oh la ne mélangeons pas tout. Il est vrai que je n'écris pas ici des articles scientifiques alors je ne fais pas trop gaffe à mon vocabulaire.
      La psychée ou le psychisme sont quelque chose d'immatériel dont nous n'avons pas conscience. C'est ce qui nous fait vivre, c'est ce qui fait que nous sommes ce que nous sommes avec notre personnalité mais aussi les composantes de cette personnalité. La pensée est le résultat du travail du psychisme. Le psychisme ont pourrait représenté ça comme un espèce de nuage translucide qui mélange plein de trucs, nos souvenirs, notre éducation, nos valeurs, nos émotions, les consignes, les censures.... Et une fois tout cela mélangé cela donne lieu à des pensées conscientes. Conscientes car tu t'entends penser, de même que lorsque tu me lis tu entends une voix (que tu m'attribues mais qui est la tienne) qui "parle" ce que tu lis. Tout ça c'est conscient et c'est du mental. La psychée c'est tout ce qui se passe avant la pensée, c'est l'insconscient. La psychée s'exprime via la pensée, via la parole (des fois on dit des trucs plus vite qu'on ne les a penser..), via le corps... Et le corps et la parole et la pensée ont un impact sur la psychée. C'est en feedback continuel. D'où la notion de cognitivo-comportemental. Le tout étant de faire réussir à faire exprimer ce qui est inconscient dans le conscient pour pouvoir le verbaliser. Car toute notre psychée n'est pas exprimée dans une pensée, il y a des choses cachées, même à notre conscience ! C'est magique un peu, c'est fantastique. Le travail sur le psychisme relève parfois de techniques ou procédures qui paraissent irrationnelles !

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    5. je suis assez curieuse, mais fainéante pour aller chercher les définitions sur le net... mais il faut dire que tes explications sont toujours très claires et illustrées, ce qui fait que l'on comprend vite et que ton blog est si intéressant. Pour tout cela, un grand merci !!!
      notion de la psychée bien intégrée :-)

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  3. ...Merci... beaucoup, vraiment beaucoup...!

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  4. coucou, je souhaiterais avoir ta lumière sur un point : hier soir, dans le film américain que je regardais, le père dit bonjour à sa fille adulte en l'embrassant sur la bouche. Est-ce que c'est notre différence culturelle qui fait que cela me choque ? ou est-ce anormal ?? Car ce n'est pas la première fois que je vois ça dans les films américains, autant les mères que les pères avec leurs jeunes adultes.

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    1. En effet c'est culturel, les nord américains comme les Russes s'embrassaient sur la bouche pour se saluer, dans le cercle familial et cela quelque soit le sexe.

      Les américains en sont revenus et cela a été interdit au moins dans les séries et films car cela est considéré comme incestueux désormais (la psychanalyse est passé par là). Quant aux Russes, ils viennent de l'interdire il y a quelques jours, non pas parce que c'est incestuel, mais parce que cela favoriserait les tendances à l'homosexualité !

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    2. merci pour ces explications !

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  5. Très bon site. BRAVO !!! Pourvu qu'il perdure.

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