vendredi 16 août 2013

Le climat incestuel (suite)

Comme vous êtes nombreux à avoir lu le premier article sur ce sujet, je voulais revenir sur quelques exemples.

En effet, je vous ai présenté un type de climat incestuel et je ne voudrai pas que certain(e)s croient que le climat incestuel ce n'est que ce type de situation. Ce qui reviendrait à nier la souffrance d'autres victimes ou à donner raison à d'autres agresseurs, dans les deux cas c'est inadmissible.

Je veux surtout que vous compreniez que le climat incestuel consiste à placer l'enfant dans une situation de sexualité fantasmée par le parent incestueux mais aussi par l'enfant. Vous l'avez bien compris, certains parents ne se rendent même pas compte qu'ils créent se type de climat, même si quelque part cela répond à un besoin de le mettre en place. Rationnellement, ils pensent que le climat est normal.

Lorsque j'écris aussi fantasmé par l'enfant, c'est justement parce que parfois le(s) parents(s) pensent que cela n'aura aucun impact sur leur enfant. Or l'enfant, dans cette situation, perçoit une situation sexualisée. Quant-est-il vraiment ? Peu importe. Car ce qui importe c'est le regard de l'enfant, puisque cela le gène et gène sa construction psychique.

Maintenant il existe des situations plus explicites où le parent incestuel sait ce qu'il fait. Mais attention, jamais il ne touchera à son enfant.  D'ailleurs si on lui demande, il est outré qu'on puisse seulement y penser. 

Ainsi dans les familles incestuelles (et de manière très évidente dans les familles incestueuses), l'enfant concerné prend la place du parent qui n'est pas incestuel. Ainsi il devient le compagnon ou la compagne de parent abusif. Le parent non abusif est relégué à un rôle infantile ou infantilisé. L'enfant devient adulé et tout puissant. Ce dont il profite bien parfois ne soyons pas dupe.

Prenons ainsi l'exemple d'une jeune fille. Je vais changer des trucs parce que ce serait vraiment trop reconnaissable... Son père est un footballer reconnu. Pour tout le monde c'est un type super, un héros, un mec en qui on a confiance avec une vie sociale bien développée.

Chez lui, c'est un obsédé sexuel. Sa compagne ne pouvant le satisfaire, il a opté depuis longtemps pour les revues porno hard et les films hard à tout heure du jour et de la nuit. Il laisse trainer ses revues à la vue de tout le monde y compris de sa fille. La télé reste allumée jour et nuit sur les films porno. Sa fille n'a pas le droit de regarder. Mais quand papa n'est pas là, elle est comme tous les gosses, elle allume la télé. Et elle tombe sur la chaîne porno. Qu'elle regarde. Après tout lorsqu'on a 6 ans, c'est plutôt marrant. En fait non ce n'est pas marrant ces nanas qui sont violées mais consentante, qui disent non mais finissent par gémir de plaisir, ses gros plans sur des nichons, des organes génitaux, des pénétrations... Elle y apprend que ça ne sert à rien de dire non et que les nanas s'est faire pour subir. Et puis sous le canapé, il y a les revues qu'elle trouve ouvertes et qu'elle peut feuilleter... Ah tous ses gros plans super hard, c'est cool.

Le week end, elle aime partir avec son père au foot. Après le match, tout le monde à la douche. Bien sur, on ne la savonne pas je vous rassure. Les mecs se foutent juste à poil devant elle, le père y compris, ils font des blagues salaces, elle rentre dans leur douche (même s'il n'y a pas d'attouchement)... Quelques coéquipiers s'étonnent, mais non répond le père, elle s'en fout, ça la fait marrer et puis c'est pas important. Après tout ça, on va au bistrot, on traîne la petite, on raconte des blagues, les dernières nanas qu'on s'est tiré en détail. On oublie la gamine là qui n'arrive pas à hauteur du comptoir.

A la maison, maman est au courant. Mais elle n'ose rien dire. Et puis sa fille ça n'a pas l'air de trop la géner. Et puis la maman, pendant que son mari fait ça, elle au moins elle est tranquille parce que d'après ce qu'en sait la petite fille, papa il demande des choses que maman n'aime pas. 

A la maison la petite qui grandit prend le pouvoir. Elle domine sa mère, commande à la maison. Se comporte comme une vraie petite femme. Elle devient exigeante, si elle n'a pas ce qu'elle veut, elle dira à tout le monde comment il est papa à la maison.

Ca va durer des années.
Et je ne vous dit pas dans quel état j'ai récupéré cette patiente, mais elle se sentait salie, avilie à l'intérieur comme à l'extérieur. Enfant elle s'était vu à la place de ses femmes et elle avait l'impression que c'était elle qui s'était fait pénétrer, même par son père. Elle imaginait des scènes de sexe entre son père et sa mère... Son enfance a été hyper sexualisée, le père l'a placé sur un plan de femme adulte et de compagne. Il ne s'est jamais rien passé physiquement avec personne, mais le climat n'était plus incestuel il était incestueux. 


Un autre exemple.
Jean est né dans une famille où sa mère était dépressive. La dépression l'avait rendu triste, mais en même temps elle utilisait cette dépression pour faire tourner le monde autour d'elle. Il ne fallait rien lui demander, ne jamais la contrarier... sinon tout était bon pour exercer un vrai chantage affectif et menacer au suicide. Alors tout le monde faisait gaffe, on marchait sur des oeufs, on cédait à tous ses caprices.

Le père de Jean a alors baissé les bras. Il rentrait de plus en plus tard de son travail, avait beaucoup de déplacements et son temps libre était réservé à son engagement associatif (et à sa maîtresse). Jean s'est retrouvé seul avec sa mère. 

Il est devenu son confident.
Elle lui racontait ses malheurs, ses souffrances. Elle lui racontait aussi combien son mari était nul au lit avec force détails, comment elle ne prenait pas de plaisir. Elle espérait que lui ne serait pas comme cela. Petit Jean faisait la sieste dans les bras de sa mère, puis l'éloignement du père se mettant en place, Jean fini par dormir souvent la nuit dans le lit parental. Sa mère se blottissait contre lui. Sa mère si chaude, si douce, sa bonne odeur. Mais si angoissante aussi.

Lorsque le père revenait le week end, il ne comprenait pas pourquoi Jean n'obéissait plus et pourquoi sa femme était si déplaisante. Mais il a fini par comprendre qu'il n'avait plus sa place. Jean avait pris la place du mari auprès de sa mère. Il était le fils, le confident, le compagnon. Jean pouvait tout obtenir de sa mère. Puis Jean a grandit, il a commencé à sortir le soir. Sa mère faisait des crises de jalousie. Elle lui demandait comment il pouvait la laisser seule. Comment il pouvait préférer ses amis à sa mère. Elle se mettait en concurrence avec les amiEs qu'il pouvait fréquenter.
Mais Jean a quand même perdu sa virginité... a plus de 30 ans et il est parti de chez maman à 35 ans...


Voila, il existe bien sûr d'autres situations incestuelles, l'imagination humaine est sans fin.

Vous remarquerez que dans toutes ses situations, il y a un parent qui devient absent même uniquement psychologiquement. Si cette "absence" ne déclenche pas le climat elle l'installe et lui permet de perdurer.

La difficulté du climat incestuel c'est qu'il peut difficilement être prouvé et que les sanctions sont rares. Dans le cas de la jeune fille ci-dessus, un signalement à l'ASE aurait permis une AEMO ou sans doute un placement de l'enfant et une condamnation du père... Mais ça reste rare car les preuves sont minces et reposent sur un sentiment, une sensation, une émotion...


Peau d'âne, ou l'histoire d'une jeune fille qui fait tout pour échapper à son père qui veut se la taper...


9 commentaires:

  1. J'ai été invitée chez une amie, mariée, un enfant de 5 ans à l'époque, et j'avais l'impression que son mari n'était pas le père, mais plutôt le frère de son enfant. Ils se chamaillaient comme des enfants, et elle réagissait comme une mère avec ses enfants.

    Elle m'a raconté que son fils dormait dans son lit jusqu'à 9 ans. Il n'avait pas de chambre bien à lieu, devait laisser son lit pour des invités, parfois pendant des semaines, n'avait pas de place pour ses jouets, pas de bureau, mais un gros congélateur avec les provisions dans sa chambre, c'était un peu un lieu de passage.

    Plus tard, elle me disait que son mari frappait parfois son fils à outrance. L'enfant me racontait que sa mère le frappait.

    Une fois, en le ramenant de l'école, elle a dit à l'enfant (en ma présence) "J'ai acheté des oeufs, comme ça je n'ai pas besoin de couper les tiens pour les manger"...

    Est-ce de ce type de climat que l'on parle?

    Par contre, il y avait peu de références sexuelles, pas de nudité dans ce ménage...

    Plus tard, elle a divorcé parce que son mari a commencé à boire, et je ne sais pas trop ce qu'ils sont devenus...

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    1. oui et non, mais on est surtout dans la maltraitance avec castration psychologique.
      L'enfant n'a pas le droit d'exister, il n'a pas de place dans la famille sauf lorsqu'il est dans le lit de sa mère. Et là mais il n'a pas le droit d'être un garçon. La mère aurait certainement souhaité une fille et semble présenter une homosexualité latente puissante et une fille aurait certainement permis la mise en place de la perversion pédophilique, les aspects sexuels sont donc bien présents.
      Les hommes, en tant qu'être masculin, et adultes n'ont pas de place dans sa vie. Je n'ose imaginer les dégâts qu'elle a du faire sur son enfant.
      "Manger ses oeufs" c'est mettre les organes génitaux du garçon dans la bouche de la mère et véhicule l'image du vagin denté qui coupe le pénis. A part maman, les femmes seront perçues comme dangereuses.

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    2. L'enfant était "un accident". Elle était très satisfaite de la vie sexuelle avec le père, mais elle ne voulait pas d'enfant, il est venu, elle l'a gardé, après elle était quand même très heureuse d'en avoir un, à 40 ans. Elle s'est mariée pour plein d'aspects pratiques, mais en fait, elle ne voulait pas épouser le père de l'enfant et elle ne voulait pas que l'on sache qu'elle avait une affaire avec lui.

      Lui était très passif, il fait ce qu'on lui dit de faire, elle es très dominante...

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    3. J'ai des doutes quant à sa satisfaction avec son compagnon à moins d'une relation de domination sexuelle. Quant à l'accidente j'y crois encore moins, c'est au premier abord le type de femme qui organise, planifie et contrôle tout. Vous l'avez dit tout avait un aspect pratique. La sexualité ne visait qu'à enfanter, le père était un simple géniteur. Ce qui était un accident c'est d'avoir eu un garçon et pas une fille et ça elle n'a pas pu le prévoir.

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    4. au fait, elle était très heureuse et fière d'avoir un garçon, et ne voulait jamais de fille. Bien sûr, d'après ses dires, je ne peux pas lire ses pensées...

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  2. Ben tiens, lorsqu'on menace son gamin de lui bouffer les testicules s'il n'est pas sage on adore les garçons... Ce qui revient d'ailleurs à dire que pour le punir elle le transforme en fille, comme si les filles étaient inférieures aux garçons. Elle a un sacré compte à régler avec les mecs.

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  3. c'est peut-être dû à sa culture... elle provient d'un pays arabe...

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  4. Dans les commentaires de l’article précédent, les lecteurs semblent sceptiques quant à la possibilité d’inceste sans le côté physique, et qu’il puisse y avoir le même impact qu’il y ait attouchement/pénétration ou pas. Pourtant, tu as tout à fait raison (faut-il le vivre pour le croire vraiment ?...). Dans mon vécu, je suis restée des années avec l’idée qu’il m’était arrivé quelques choses pendant ma jeunesse. Avec ma mémoire d’éléphant, je ne comprenais pas qu’une chose aussi importante puisse m’échapper. Il s’était forcément passé quelque chose pour que je présente des troubles de viol aussi important… Puis, à l’âge adulte, en psychothérapie, en analysant un peu « ma famille », il en est ressorti ceci :
    - Le climat était incestuel (père qui faisait comme la caricature des pervers en ouvrant son peignoir de bain pour montrer son attirail, il faisait « pouet pouet » sur nos seins en développement, sieste avec lui jusqu’à 10 ans, les parents qui baisaient dans la même pièce où nous étions censées faire la sieste ; ma mère possède dans ses tiroirs une vieille photo où nous sommes toutes les 3 (3,7 et 9 ans) dans le bain avec le père ; rivalité mère/fille excessive, au point que la mère couche avec nos ex et copains…)
    - Ma mémoire n’est peut-être pas défaillante, hypothèse que je n’ai pas forcément subi mais j’ai pu être témoin de quelques choses (et figure-toi qu’une langue s’est dénouée parmi mes sœurs il y a quelques mois…)
    - Les troubles à l’âge adulte : une certaine obsession du sexe et paradoxalement une peur terrible des rapports homme/femme (même embrasser, c’est pour dire), la peur des hommes en général (on m’abordait, je fuyais), un sentiment d’être sali au plus profond de moi-même à chaque rapport sexuel, suivi de la culpabilité et de la honte, etc.
    Le climat incestuel est assez vicieux, il crée de la souffrance mais on ne sait pas le pourquoi on souffre, jusqu’à ce qu’on nous explique que tout ce qui est vécu, n’est pas normal. Alors qu’un inceste physique, c’est concret, on souffre mais on sait pourquoi.
    Et je confirme encore une chose : deux parents inlassablement absents psychologiquement + le père souvent absent physiquement. Et effectivement, on ne s’en remet pas à 100%, car il y a toujours des doutes qui subsistent, l’incertitude aussi des sentiments que l’on a pour ces gens.

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  5. J'ai aussi une question concernant le climat incestuel : il y'a eu des violences physiues et psychologiques avérés chez moi (fin ma famille quoi), mais surtout, mon frère ne supporte pas que ma mère le touche depuis qu'il a ... six-sept ans. Il dit qu'il s'est senti objetifié, 'violée psychologiquement par elle'. J'avoue, avoir moi-même ressenti ce genre de sentiment, celui d'être 'un pénis par procuration', d'être fusionnersnas pouvoir dire non (sauf que moi, j'avais tellement besoin d'affection que ... voià x>>). Mon père aussi, passait son temps à faire des blagues dégueulasses avec une mine réjouie de nous voir dégoûté et il se promenait souvent tout nue devant nous avec des airs fanfarons, et il s'intérésser .. beaucoup à notre sexualité( un jour, il a obligé mon frère a lui montré son sexe, même si mon frère se posait des questions, il n'avait pas à l'obliger...); Et ma mère passait son temps à avoir des propos hautement puritains, tout en donnant l'impression d'avoir une 'relation sexuée psychogiquement' avec mon frère et moi.
    Mais, surtout! Mon frère a fait des rêves incestueux, pendnt son adolescence, qui l'ont conduits à tomber en dépression, phobie d'impusions, phobie sociale et scolaire, hospitalisation à réptition etc. Et j'avoue avoir, comme lui, du mal avec le contact de ma mère, parce que je ne le sens pas 'sain'. Ca correspond à ce genre de truc...?

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