lundi 2 septembre 2013

Couple : effet miroir ou complémentarité ?

Il y a quelques temps une patiente vient me voir parce qu'elle était amoureuse de deux hommes et qu'elle ne savait lequel choisir pour construire son couple.

Cela faisait quelques mois qu'elle vivait un temps avec l'autre et un temps avec l'un. Bref, une espèce de "garde alternée"qui lui convenait plutôt bien mais qui était marquée par une culpabilité évidente de ne pas réussir à choisir entre l'un ou l'autre.

D'autant que chacun d'eux en était arrivé à lui proposer de s'installer en couple. Le dilemme était total.

Elle décida donc de s'installer avec Michel tout en mettant en attente Jonas.
Mais pendant qu'elle était avec Michel, elle pensait à Jonas. Et lorsqu'elle était avec Jonas, elle pensait à Michel.

En fait, la psychothérapie lui permis de mettre en mots ce qu'elle trouvait de positif comme de négatif chez l'un et chez l'autre sans censure. Le poids de chacun était donc dans la balance. Michel ou Jonas ? Jonas ou Michel ?

Il me fallut bien lui faire constater alors que le mode de fonctionnement de chacun d'eux était différent.

Ainsi avec Jonas, c'était un fonctionnement "complémentaire" qui prédominait. Ils n'aimaient pas exactement les mêmes choses tout en se retrouvant sur certains points. L'intérêt était que chacun faisait découvrir à l'autre de nouvelles choses. Ainsi ils aimaient tous les deux le théâtre et y allaient avec joie. Elle aimait faire les expos, ce qui le gonflait, mais il l'accompagnait avec plaisir tout en reconnaissant que c'était souvent intéressant. Il aimait les concerts de rock, ce n'était pas sa musique préférée mais elle y allait avec plaisir et admettait que parfois c'était sympa. Elle était inorganisée, il savait planifier. Elle était tête en l'air, il était prévoyant. Il était dépensier, elle tenait les comptes. Bref, ils se tempéraient s'évitant de basculer d'un extrême à l'autre.

Avec Michel, c'était un fonctionnement à "effet miroir" -ce que certains appelleront "fusionnel"- qui était en place. Ainsi il fallait bien reconnaître que ma patiente se retrouvait chez Michel. Ce qu'elle aimait bien chez c'était ce qu'elle aimait bien chez elle. Et ce qu'elle n'aimait pas chez lui c'était ce qu'elle n'aimait pas chez elle. Le problème c'est que du coup, ça se cumulait. Elle tête en l'air, lui tête en l'air, ils en étaient arrivés au point qu'ils rataient leur train parce qu'ils faisaient les boutiques chacun comptant sur l'autre pour lui dire qu'il fallait y aller. Pour l'argent ils étaient radins sur les mêmes choses et dépensiers sur les mêmes. Ils aimaient tous les deux visiter les expos, du coup ils y passaient leur temps. Pas de concert, pas de ciné, pas de théâtre.

Cette prise de conscience lui permis de comprendre plusieurs choses :

1. Il ne s'agissait pas de choisir entre Michel et Jonas, entre deux corps, mais bien d'opter pour le mode de fonctionnement qui lui convenait le mieux

2. L'effet de complémentarité est une solution de facilité. En effet, pas de besoin de changer ou de se remettre en question, l'autre est toujours là pour pallier à vos défauts et vous palliez aux défauts de l'autre. L'intérêt aussi c'est que ce mode de fonctionnement pousse à l'ouverture d'esprit et à l'adaptation.

3. L'effet miroir est compliqué à gérer :
  • soit on ne change rien et le couple se "spécialise" autant dans ses plus que dans ses moins.  L'un et l'autre ne sont plus qu'un (ou l'autre, ce qui revient au même).
Pourquoi pas ? Mais à ce moment, il faut accepter chez l'autre ce qu'on l'oblige à accepter de soi.

  • soit on ne supporte pas les "défauts" de l'autre et là il faut se demander pourquoi on ne le supporte pas chez l'autre alors qu'on lui demande de les supporter chez soi. Cela veut dire aussi que si on ne les supporte pas chez l'autre en fait on ne les supporte pas chez soi. L'effet miroir permet donc de révéler ce que nous sommes.
Deux solutions s'offrent dans cette situation:
    • soit on décide de changer l'autre. Ce qui revient à dire qu'il ne nous convient pas. Alors pourquoi l'avoir choisi, être avec ou rester avec ? 
    • soit on décide de changer parce les "défauts" de l'autre étant ce que nous aimons le moins chez nous, ils nous sont enfin révélés et on décide de changer pour s'aimer soi. Par contre, l'effet miroir ne fonctionnant plus, l'autre peut ne pas apprécier le changement de fonctionnement (parce que lui aussi est en effet miroir) et il existe un risque pour qu'il vous jette.

Il n'y a pas de meilleur mode de fonctionnement que l'autre, chacun à ses avantages et ses inconvénients. Le tout c'est de trouver le mode qui vous convient et d'être -comme toujours- conscient des processus en jeu. Car cela doit rester un choix de vie et pas un "truc" inconscient qui vient vous aider à régler une problématique diverse.




11 commentaires:

  1. Est-ce que, quand on entretient une relation avec deux personnes (2 hommes, 2 femmes ou 1 homme et 1 femme) il y en a toujours un qui fait effet miroir et un qui complémente ?

    Et est-ce qu'il y a un entre-deux entre l'effet miroir et la complémentarité ?

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    1. oui nous avons tendance à coller un fonctionnement qui 'marche' un peu partout. Toutefois dans une relation on peut passer d'un mode miroir à un mode complémentaire et inversement. Les gens évoluent, changent et s'adaptent (ou pas !)

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    2. J'ai oublié : en effet il existe des modes relationnels mixtes mais toujours avec une tendance dominante.

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  2. l'image est étrange...
    je pensais que le terme fusionnel était plus profond que l'effet miroir, en somme, c'est vivre avec et en l'autre, sans défauts car non perçus en tant que tels.

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  3. Fusionnel c'est un joli mot pour dire que chacun disparait en l'autre, c'est comme si on disait que 2 jumeaux semblables même dans leurs comportements n'existaient pas dans leur individualité. Mais ce n'est pas le cas, chacun continue d'exister en regardant l'autre. Les défauts sont perçus si si. Les patients le disent très bien d'ailleurs. Mais ils sont surtout perçus chez l'autre comme un défaut et pas chez soi.

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  4. belle histoire, mais on ne nous raconte pas la fin...alors qui a t-elle choisi ? Michel ou Jonas...? la facilité ou la complication...? changer l'autre ou se changer soi...?

    ;-)

    Christian

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    1. Je m'étonnais que personne n'ai posé cette intéressante question.
      Et bien je ne le dirai pas na.

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    2. pffff!!! même pas drôle la psy !!!

      Christian

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  5. Très bien écrit !!
    A ce propos, j'ai rédigé un article sur les défauts les plus reprochés aux hommes dans le couple ! Si vous pouviez me donner votre avis à ce sujet, voicimon article par Rakabulle

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  6. Et bien je vous dirai que si je suis d'accord avec ce que vous écrivez en fait cela reflète le mal-être de beaucoup de femmes : le besoin d'un père ! Ce que vous décrivez c'est le profil de femmes "insecure" qui n'ont pas trouvé chez leur père le regard valorisant leur permettant d'être une adulte qui s'auto-suffit. En fait je vais vous dire, la femme que vous décrivez, fuyez là ! Très très loin !

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  7. Est il possible d'avoir des conseils pour faire évoluer les femmes insecures que vous décrivez? Plutôt que de les fuire, peut on guérir, grandir?

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