mercredi 9 octobre 2013

La maltraitance

Il m'a été suggéré de vous parler de la maltraitance.
Je devrais dire "des" maltraitances.

En fait c'est un sujet difficile car large.
En effet si on sait où fini la maltraitance -avec la mort- difficile de savoir où et quand elle commence.

Pour certaines personnes, les maltraitances commencent avant la naissance.
Pour d'autres en fin de vie, lorsque la maladie ou la faiblesse physique s'installent.

Mais qu'est-ce qu'une "maltraitance" ?
Il faudrait partir du concept opposé de "bientraitance". Mais qu'est-ce que "bien traiter" quelqu'un ? Existe-t-il un manuel qui soit capable de nous dire, voila ça c'est bien, ça c'est mal. Parce que les notions de mal et de bien-traitances ramènent à cette dichotomie morale : le bien et le mal.

Or le bien et le mal, ce sont des concepts flous. 
On peut écrire tout ce qu'on veut dans les livres, on peut raconter tout ce qu'on veut dans les histoires, on peut faire croire tout ce qu'on veut dans les religions.... le bien et le mal restent des concepts abstraits et totalement individuels.

Ce qui est mal pour vous est peut être bien pour moi.
A l'inverse ce qui est bien pour vous est peut être mal pour moi.

En vertu de quoi, comment définir ce qu'est la maltraitance ?
Je l'ai dis, nous considérons socialement que tuer quelqu'un est de la maltraitance envers cette personne. C'est un concept encore une fois socialement acceptable juste parce que cela a été édicté ("tu ne tueras pas"), toujours avec cette idée derrière la tête de "comme ça tu ne me tueras pas moi". Parce que sur le principe tuer quelqu'un ben bof quoi. On le voit bien chez les sociopathes, lorsque les règles sociales ne sont pas intégrées et appliquées, c'est chacun pour soi et l'autre n'a pas de valeur (soi pas trop non plus d'ailleurs). On nous a inculqué que tuer ce n'est pas bien, du coup dans une dispute ce n'est pas la première chose à laquelle on pense et même si parfois à 3h du matin l'envie de vous débarrasser de votre voisin vous submerge, vous ne passerez pas à l'acte, parce que vous ne savez pas trop comment faire, parce que vous savez que vous allez culpabiliser, parce que vous pensez à ses gosses, parce que vous avez peur de finir en tôle et parce que tout compte fait une main invisible freine votre propre main...

Mais tout le monde n'a pas intégré ces données.
Tout le monde n'a pas bénéficié d'une éducation cadrante. 
Tout le monde n'a pas été socialisé.
Tout le monde n'accepte pas les règles sociales.
Et tout le monde considère que les règles sociales ne sont applicables à fond que pour certaines personnes mais que pour soi on peut se permettre quelques aménagements.
Et puis il y en a aussi qui dans certaines circonstances seront soit aptes à dépasser les normes soit seront dépassés par leur instinct ou leurs problématiques personnelles.

Bref, ça fait du monde qui peut être maltraitant.
On l'est tous au moins une fois dans sa vie. Quelque part lorsque vous dites "non" à votre gamin, vous êtes maltraitant. Vous le frustrez, il est triste ou en colère, il n'a pas eu ce qu'il voulait et vous avez beau lui expliquer pour ne pas trop le blesser narcissiquement, n'empêche qu'il n'a pas eu ou fait ce qu'il voulait. Méchant que vous êtes !
Pourtant ce type de comportement à l'égard de votre enfant est parfaitement accepté socialement et même conseillé psychologiquement s'entend. Donc pour avancer, grandir, il faudrait faire un peu mal à l'autre. 

Ne croyez pas que la maltraitance ce n'est que violences et souffrances, vous avez déjà vu sur ce blog que les parents hyper bienveillants étaient tout aussi maltraitants que ceux désignés par la vindict populaire. La violence n'est souvent pas visible.

Les maltraitances peuvent s'établir sur plusieurs niveaux.
On parle en général des maltraitances psychologiques et physiques. 
Physique, on voit ce que c'est, sans même qu'on puisse imaginer jusqu'où cela peut aller (l'être humain est très imaginatif lorsqu'il s'agit de faire mal).
Psychologique, ça se complique. Ca se complique surtout parce que parfois la personne maltraitante ne se rend même pas compte qu'elle l'est. Ca fait tellement partie de son mode de fonctionnement habituel, ça s'est immiscé tellement en douceur dans sa personnalité et dans ses comportements, qu'elle est persuadée d'être "normale" et que c'est l'autre qui décidément ne comprend rien et interprête tout de travers.

Il existe souvent des catalyseurs qui accroissent les comportements violents. Une discours perçu comme une attaque personnel, une remise en question de sa propre place au sein de la famille (un mariage, une naissance), la déception face à un idéal qui n'arrive pas....

Si l'on considère la maltraitance sur enfant, ne nous y trompons pas. La maltraitance ne démarre pas brutalement à la naissance ou lors d'un changement de partenaire qui n'accepte pas l'enfant déjà né. C'est déjà là. Sauf que cela s'exprimait "en douce" par des pensées rejetantes ou agressives d'abord. Par des comportements non verbaux ensuite. Puis par du visible : des comportements mais aussi des paroles insultantes, humiliantes, dévalorisantes. Puis enfin le passage à l'acte de plus en plus violent.

Dans tout acte violent, ce n'est pas la personne elle-même qui est visée souvent, mais ce qu'elle représente. L'enfant cela peut être un rappel de sa propre enfance, la projection non voulue dans le monde des adultes, la mise en place de contraintes considérées comme inacceptables, le rappel d'une liaison mal finie. La personne violente peut devenir le parent qui a été violent avec elle et l'enfant devient elle, ce qu'elle était lorsqu'elle était petite. On rejoue la scène, cela tourne en boucle.

Qu'on ne vienne pas me dire, mais le ou la pauvre, avec ce vécu ! Tss tss, trop facile. Si les abus et violences subies peuvent expliquer la violence, ils ne justifient pas la violence. Pas plus que l'influence prétendument subie de l'entourage. Si influence il y a, l'incapacité à s'opposer démontre que le mode de fonctionnement est immature et que donc, oui, il existe un trouble quelque part qui encore une fois ne justifie pas le recours à la maltraitance.

Et puis, faut il le rappeler, je pense même qu'il faut le marteler, si nous parlons de la mère, l'instinct maternel n'existe pas. Non les mères n'aiment pas leur enfant lorsqu'il nait, ce qui est en place c'est un jeu d'hormones qui tend à pousser l'humain à s'occuper du nouveau né en vue de faire perdurer l'espèce. Pas d'amour là dedans. L'amour cela se construit. Si l'enfant est désiré, s'il nait dans une relation d'amour, s'il est prêt à être accueillit, oui l'amour peut apparaître. Mais ce n'est pas une obligation ce n'est ni même un instinct.

Maintenant il n'y a pas que les femmes... un beau père peut être maltraitant parce que dans sa jalousie l'enfant symbolise la relation de sa compagne avec son ex. L'enfant maintient le lien avec la vie antérieure.

Pour l'enfant la maltraitance peut faire partie de la vie. Si cela a commencé tôt, il pense que c'est normal. Il le vit mal pourtant, traîne en rentrant de l'école, hésite avant de franchir le seuil du logement, se prépare mentalement et psychologiquement aux cris, se terre dans sa chambre ou dans son lit. Il ne sait jamais quand ça tombe ni même bien pourquoi. Des fois la consigne est claire, il a compris qu'il y a des choses à ne pas faire ou à faire, des fois ce n'est pas clair et tout peut donner lieu à explosion. C'est le plus destructeur car il est impossible d'anticiper, les insultes et les coups pleuvent au hasard, sans raison apparente. Il n'y a pas de sortie possible. Ne rien dire c'est s'exposer à pire car l'indifférence rend l'autre fou qui se dit qu'on peut y aller encore plus fort car ça ne fait rien, supplier rend l'autre fort, fort de son pouvoir. Supplie moi encore, je ne te crois pas car je peux frapper encore plus fort.

Contre toute attente, les enfants battus "passent" sur les coups. Devenus grands, ils les ont accepté et même intégré. Mais la violence psychologiques, les privations, les frustrations méchantes, les phrases à double sens, les humiliations, leurs peurs... tout cela laisse des traces non apparentes mais qui impacte toute la vie. Les patient(e)s sont souvent étonnés de voir à quel point leurs choix adultes sont conditionnés à ce qu'ils ont vécu enfant.

Mais l'enfant battu n'est pas un enfant vivant. C'est un survivant. Il est mort une fois, deux fois, peut être plus. Puis il est revenu. A chaque fois plus fort et plus faible à la fois.

Il y a de nombreux types de maltraitance et bien des publics sont concernés et tout lieu, même institutionnel, peut donner lieu à des maltraitances. D'ailleurs les endroits où les personnes en situation de faiblesse sont nombreuses sont susceptibles d'attirer des personnels qui apprécient d'en tirer partie.




7 commentaires:

  1. Existe t'il des cas de "résilience" de personnes maltraitantes?
    C'est à dire qu'après la constatation des faits et éventuellement sanctions, éloignement de la victime, prise en charge psy, etc.. la personne maltraitante pourrait etre amenée à considérer ses actes avec une autre grille de lecture, un peu comme quand vous expliquez qu'un enfant victime d'inceste ne le comprends parfois que beaucoup plus tard et qu'alors ça devient traumatisant.
    Et si oui, que se passe(rait) t'il alors? repentance, culpabilisation, retrouvaille avec le maltraité?
    et la victime, comment pourrait elle réagir?
    Millerole

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  2. Merci pour cet article...
    Kirikou

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  3. Mais la personne maltraitante est persuadée qu'elle va bien ! Elle constate les faits, il ne faut pas croire qu'elle ne sait pas qu'elle fait du mal, dans la majorité des cas, elle le sait très bien, elle sait que c'est interdit par la loi (et par la morale à un autre niveau), elle connaît la grille de lecture. Elle ne va donc pas en thérapie et lorsqu'elle est prise en charge, soit on a une structure psychopathique ou sociopathique et la personne n'est pas accessible de toute façon à la prise en charge, soit on a une autre structure (transfert générationnel par exemple) et dans ce cas il y a une prise de conscience possible avec culpabilisation, remords... qui ne changent rien à la vie de la victime. Les retrouvailles dépendent de la volonté de la victime non ? Mais de toute façon, la thérapie aide à passer au-dessus de tout cela car le passé ne pouvant être changé, culpabiliser n'aide personne. Le but d'est d'arriver à comprendre pourquoi et comment s'est arrivé et s'assurer que ça n'arrivera plus. La victime fait ce qu'elle veut. Elle a accepter l'idée que c'est arrivé, elle n'a aucune obligation de faire comme si de rien n'était ni même de pardonner. Ca ce sont des trucs de moralité. Chacun se débarrasse à sa façon de son passé.

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  4. J'aime beaucoup l'illustration de cet article .
    L'auteur(e) ?
    C'est une aquarelle ?

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  5. bien qu'il soit difficile de savoir quand commence la maltraitance, de ton point de vu, à quel fréquence peut-on parler d'enfant battu ? si je te dis que mes parents nous ont élevées à la gifle, fessée et martinet (+ louche en bois suivi d'une louche en fer après l'avoir cassé sur mon derrière), est-ce qu'il s'agit d'une éducation stricte ? ou de maltraitance, donc enfant battu ? à savoir qu'il n'y a jamais eu de traces physiques ni de coups sans raison (enfin, toujours une bêtise qui "justifiait" le geste), même si c'était assez régulier. Puis plus rien à partir de 12-13 ans, laissant place à la violence psycho.

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  6. Je n'ai pas de réponse. Selon le droit dès la première claque, dès le premier coup on est présence de maltraitance physique. Maintenant, le droit et la psycho ne sont pas toujours d'accord. Chaque personne réagit différemment et je dirai que les coups ne sont pas toujours portés de la même façon. Oui, ça paraît bizarre écrit comme ça, mais un coup fort donné avec toute une force d'adulte dans une volonté de faire mal n'a rien à voir avec une tape donnée en se contrôlant. Mais ça reste un coup. Mais ça n'aura pas le même impact psychologique du tout.
    La gifle fait partie de ce type de registre. Mais la gifle a une connotation particulière car elle vise le visage, le regard surtout. Une tape sur la fesse fait peu mal (j'ai dit tape pas fessée) et est plus symbolique qu'autre chose. Donc c'est d'abord une notion de force employée.
    Par contre tout ce qui nécessite le recours à un instrument (arme par destination) est une violence stricte. En effet, il y a une vraie volonté de faire mal en considérant que la force dont nous disposons adulte n'est pas suffisante pour "corriger" un enfant. Le prolongement, comme dans tout type de levier, sert à multiplier la force donc a multiplier d'autant l'impact.
    Le recours à la violence physique n'est pas le bon système, même si je sais que certains gamins poussent leurs parents à bout (on se demandera pourquoi) et les testent sans cesse pour voir si même dans ces situations leurs parents continuent à les aimer. Certains parents maltraitants aiment leurs enfants, c'est juste qu'ils considèrent que les enfants doivent être "dressés" pour devenir de "bons" enfants et adultes.
    Dans tous les cas le but est de se demander pourquoi un enfant peut nous mettre dans un tel état, au point que non seulement il faille le punir mais lui faire très mal. Rien ne justifie le recours à le violence et encore plus lorsqu'elle est volontaire et planifiée (le fait d'avoir un martinet à disposition montre la planification).
    J'imagine que vers 12 ans vous êtes devenus suffisamment grand pour planquer le martinet, retenir la main ou même vous défendre, voire même parler ! Il a fallut passer à autre chose.

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  7. oui, tu imagines bien, nous avions planqué le martinet plus d'une fois, jusqu'à lui couper les lanières ! (d'où l'utilisation de la louche parfois). Elle nous disait de nous estimer heureuses de ne pas subir les mêmes corrections qu'elle recevait de son père : la tête coincée entre les jambes et fessées cul nu (bûcheron, j'imagine la force qu'il avait!). Je suppose qu'à 12 ans, un autre facteur est entré en jeu : son père a été accidenté et est resté 3 ans à l'hosto, conscient dans un corps entièrement paralysé. On a passé toutes nos vacances scolaires chez sa mère et elle nous obligeait à aller le voir au moins une fois par semaine, et ce, jusqu'à son décès. Une autre forme de violence quoi !
    par rapport à un passage de ton article, je pense aussi que la violence peut commencer avant la naissance puisque aucune de nous 3 n'avons été désirées à la base, se rejetant l'un l'autre la faute de la graine qui avait germé.

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