lundi 4 novembre 2013

Les scarifications, souffrances physiques, souffrances psychiques ?

(L'affichage Blogger ratatouille sérieusement pour l'instant. Dès que ça refonctionne je repasse en affichage dynamique)


Après un article -polémique- sur les tatouages dans lequel le faisais un rapide topo sur les études montrant que cette pratique était liée soit à un passage initiatique mais surtout chez nos amis les tatoués au besoin d'ornementer leur corps afin qu'il soit considéré comme plus agréable ce qui venait nourrir l'estime de Soi, voici l'occasion de nous pencher sur les dernières 'révélations' relatives à une autre pratique corporelle, les scarifications.

Les techniques de scarification existent depuis au moins aussi longtemps que celles du tatouage. Il s'agit là de ne plus écrire sur son corps pour l'orner et le cacher, mais de modifier l'aspect du corps en enlevant la peau originelle pour la remplacer par une peau présentant un aspect et une texture différentes. On enlève donc des lambeaux plus ou moins grands de peau dans une forme plus ou moins complexe, on complique la cicatrisation par des techniques abrasives ou acides afin que la cicatrisation se fasse le plus mal possible. Il s'agit alors d'obtenir une "chéloïde" c'est à dire une cicatrice en excroissance qui permet de mettre le "dessin" en "relief".

 Scarification tribal avec signifiant de statut matrimonial


Scarification pendant/après.


 
Scarification après cicatrisation


Les scarifications ont pratiquement disparu des pratiques en Afrique, en effet, les scarifications servaient soit à écrire l'histoire de l'individu sur son corps avec un usage social, soit à exprimer le fait qu'on était prêt(e) à se marier, soit à marquer un statut social particulier. Or beaucoup de personnes ont eu envie de ne plus se fondre dans la masse sociale et on rejeté cette pratique. 

A l'inverse dans nos pays occidentaux, cette pratique au départ marginale a su toucher un public surtout jeune (- de 25 ans) montrant une forte envie de se démarquer du reste de la population (comme pour le piercing en son temps).

Mais malgré l'évidente évolution esthétique des scarifications occidentales (les dessins sont de plus en plus complexes et le scarificateurs n'est plus un apprenti mais un vrai dessinateur), les motivations réelles du recours à cette pratique masque une réalité : un mal-être psychique somatisé.

Bien sur, j'en vois déjà qui hurle devant leur écran, prêt(e)s à me laisser un commentaire rageur. Il n'empêche que les dernières études qui se sont penchés sur une population de scarifiés laissent songeurs. Les entretiens menés en grand nombre auprès d'une population des moins de 25 ans scarifié font apparaître un besoin d'exprimer par le corps une souffrance psychique. Le corps sert à exprimer puis à évacuer, au travers des souffrances qu'il subit à son tour, ce qui ne peut être dit.

Car n'ayez aucun doute, se faire scarifier, se faire enlever au scalpel des lambeaux de peau n'a rien d'une sinécure. C'est douloureux, plus ou moins bien sur, selon les endroits et selon chacun, mais douloureux sûrement. De même la "cicatrisation" se fait dans la douleur. En effet, à moins d'être diabétique, nos peaux occidentales ont tendance à bien cicatriser et à faire de jolies cicatrices roses mais plates. Aussi, nos peaux sont obligées de subir des rajout de souffrance pour que chéloïde se fasse. Les nombreux forums vous expliquent comment mettre du jus de citron ou de la crême à raser sur les chairs à vif afin de retarder la cicatrisation et d'obtenir la plus belle chéloïde boursouflée et rouge possible. C'est douloureux aussi. Certains diraient qu'il faut souffrir pour être beau/belle... mouais, le but est surtout de souffrir.

La peau sert physiologiquement à protéger les organes vitaux des agressions extérieures mais elle sert aussi psychologiquement à délimiter les limites intérieures/extérieures.

Ici on attaque la peau, le corps. On pèle le corps, on arrache la peau à coups de scalpel et parfois à coups de rasoir. Le jeune adulte face à une impossibilité d'expression de sa souffrance et d'action sur l'origine de cette souffrance passe par la douleur physique. 

Après cette souffrance, le scarifié va mieux, il se sent exister, il se sent vivant, les tensions internes sont apaisées. Pour ne pas s'effondrer psychologiquement, le jeune se raccroche à la sensation douloureuse, sensation qui lui rappelle que sa peau est là. Les mots ne sont pas possibles ou pas suffisants, alors il faut passer par le corps pour "parler". La limite entre soi et l'autre est floue, la scarification permet de la renforcer pendant quelques temps. 

On pourrait faire le lien avec les rites initiatiques, mais il n'en n'est rien. Mais ici pas de vision ni de reconnaissance sociale, rien qui apporte la cohésion de groupe. C'est une expérience isolée et esseulée qui ne se transmet pas. Le soulagement n'est que provisoire. Le scarifié s'est mis en danger, a bravé la mort et a eu le sentiment de (re)prendre le contrôle sur son corps et sur sa vie... dans son coin. Il n'a pas changé de statut, il ne s'est pas intégré au groupe, il n'a pas grandi. La scarification est un essai de se défaire de sa peau, d'un soi insupportable. La plaie intérieure est extériorisée. 

Le jeune adulte se livre à une épreuve personnelle pour compenser le manque d'écoute auquel la Société le confronte. On est loin de la complétude obtenue par le tatouage.


8 commentaires:

  1. j'imagine déjà la souffrance que cela a causé!!

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  2. Alors la scarification a la même fonction que l'automutilation avec un but esthétique en plus?

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  3. J'attendais cette question !
    Le but esthétique est secondaire. Il y a 15 ans, il s'agissait juste de se faire enlever/arracher des bouts de peau. Aujourd'hui l'aspect esthétique s'est infiltré et -comme pour les tatouages- inscrit dans le corps un message supplémentaire.
    Mais dans l'automutilation il s'agit de faire baisser rapidement une tension ou faire disparaître une "pensée inadéquate". Le corps est "rayé" mais la personne qui s'automutile garde son corps et reste en contact avec lui. Dans les scarifications il s'agit au contraire de se débarrasser de son corps via sa peau. Il s'agit d'un changement de peau, la personne mue/se mue.

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  4. Zut c'est pas drôle si tu l'attendais ^^
    Merci pour la réponse. Donc si j'ai bien compris dans les deux cas le but est de faire mal au corps mais pour l'automutilation il s'agit de faire avec son corps et les scarifications il s'agit de le changer?

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    1. Oui sur la forme (et donc sur le corps) ! Mais dans l'automutilation le corps n'est que le véhicule informatif sur le mal-être (il montre aussi aux autres).

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  5. Ok. Mais en générale c'est caché l'automutilation, les autres ne savent pas, donc comment cela peut-il montrer aux autres?

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  6. et quand tu divorces tu fais comment avec la scarification de statut matrimonial ? ;o))

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    1. Tu coupes le sein ! Divorcer non mais et puis quoi encore, pourquoi pas donner le droit de vote aux femmes 8-O ! lol

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